jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201065 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | DOSSOU-GBETE-KINDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Dossou-Gbete, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande tendant à l'octroi d'une pension militaire de réversion ;
2°) de condamner l'administration à lui verser une pension militaire de réversion à compter du décès de son mari, assortie des intérêts au taux légal ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- M. B est bien décédé le 11 septembre 2007 comme constaté par le docteur F ; l'acte n° 882 de l'année 2007 est l'unique acte conforme qui fait foi ; l'acte de décès n° 1082 de l'année 2008 a été établi en méconnaissance de la date exacte de son décès ;
- elle ne connaît pas exactement la date de naissance de ses parents ; le duplicata de son acte de naissance n° 098/93 du 4 mars 1993 n'a mentionné nulle part les dates de naissance de ses parents ; l'acte de naissance n° 011/020 est établi par méconnaissance de son premier acte de naissance qui lui a permis de se faire délivrer une carte nationale d'identité.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- compte tenu des anomalies constatées s'agissant de la date de décès de M. B ainsi que sur la date de naissance des parents de Mme C, l'administration ne peut octroyer à cette dernière de pension de réversion sur la base des pièces produites ;
- si la demande était accueillie, il y aurait lieu de faire application des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010, notamment son article 211 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- et les conclusions de M. Pipart, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. H B, ressortissant tchadien, a été rayé des contrôles de l'armée active le 16 juin 1965 et a obtenu le bénéfice d'une pension militaire de retraite proportionnelle. Il serait décédé le 11 septembre 2008. Mme A C a demandé, le 12 février 2020, le bénéfice d'une pension de réversion du chef de ce militaire décédé. Elle sollicite l'annulation de la décision du 19 novembre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite, rendu applicable à Mme E, ayant cause d'un militaire, par l'article L. 47 du même code : " Le droit à pension de veuve est subordonné à la condition : / a) () / Nonobstant les conditions d'antériorité prévues ci-dessus, le droit à pension de veuve est reconnu : / 1° Si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage ; / 2° Ou si le mariage, antérieur ou postérieur à la cessation de l'activité, a duré au moins quatre années ".
3. Aux termes de l'article 47 du code civil français : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.
4. Aux termes de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010 de finances pour 2011, applicable aux demandes de pension de réversion : " I. - () les pensions civiles et militaires de retraite et les retraites du combattant servies aux ressortissants des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France sont calculées dans les conditions prévues aux paragraphes suivants. () / V. - Les demandes de pensions présentées en application du présent article sont instruites dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et par le code des pensions civiles et militaires de retraite. () / VIII. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment les mesures d'information des bénéficiaires ainsi que les modalités de présentation et d'instruction des demandes mentionnées aux III, IV et V./ () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 30 décembre 2010, pris pour l'application des dispositions de cet article 211 : " Un arrêté conjoint des ministres chargés de la défense, des affaires étrangères, des anciens combattants et du budget énumère les pièces justificatives à produire à l'appui de toute demande visée à l'article 1er ". L'annexe 3 de l'arrêté du 30 décembre 2010 pris pour l'application de ce décret cite, parmi les pièces exigées pour une demande de pension d'un ayant cause, " - l'acte de décès du militaire ou du fonctionnaire dont le demandeur est l'ayant cause ; / () - l'acte de naissance du demandeur mentionnant la filiation ; / () - l'acte de mariage mentionnant la date de transcription sur les registres d'état civil ; ".
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le ministre des armées a rejeté la demande de pension de réversion présentées par Mme C parce qu'il a relevé une incohérence dans l'acte de naissance de celle-ci et qu'il a constaté que deux actes de décès du militaire différents avaient été produits.
6. Il résulte de l'instruction que l'acte de naissance n° 011/020 de Mme A C, établi le 21 janvier 2020 par la transcription d'un jugement supplétif, précise qu'elle est née vers 1935 et que son père et sa mère sont respectivement nés vers 1927 et 1926. Si, ainsi que le fait valoir le ministre, il est très peu probable que ses parents aient été âgés de 8 ans et 9 ans lors de sa naissance, Mme C fait valoir qu'elle ignorait la date de naissance de ses derniers lorsqu'elle a fait établir le jugement supplétif qui a permis l'établissement de son état civil. Par ailleurs, il est exact que deux actes de décès de M. B ont été présentés à l'administration par la requérante pour l'instruction de sa demande, à savoir une copie de l'acte n° 1082/2008 délivrée le 26 novembre 2019, qui mentionne un décès survenu le 11 septembre 2008 à N'Djaména, constaté par le docteur G et une copie de l'acte n° 882/2007 délivrée le 24 octobre 2007 qui précisait que le décès de M. B était survenu le 11 septembre 2007 à N'Djaména, constaté par le docteur F. Si la déclaration de sincérité produite par la requérante, établie le 4 juillet 2022 devant Me A. Soungui Ahmed, notaire qui atteste que le second acte est le seul valable, n'est pas de nature à lever tout ambigüité sur ce sujet, l'administration ne conteste pas que M. B est décédé, qu'elle a mis fin au versement de la pension dont il était titulaire, et que cet événement ouvre la possibilité de liquider une pension de réversion au profit de sa veuve. En outre, la requérante a produit au dossier la copie de son acte de mariage dressé le 3 décembre 2019 par le centre d'état civil principal de N'Djamena sur la base de l'acte n°0129/1958 qui atteste qu'elle a épousé M. B le 15 mars 1958. Or, l'administration ne conteste ni le caractère probant de cet acte, ni la réalité de ce mariage, dont la mention figure également sur le livret retraçant l'état général des services du militaire. Dans ces conditions, le doute existant sur la date de naissance des parents de Mme C et l'incertitude résultant de la production de deux actes de décès divergents n'étaient pas de nature à justifier le rejet de la demande présentée par la requérante.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 novembre 2021 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de réversion de la pension militaire de M. H B.
Sur les conclusions tendant au versement de la pension :
8. En l'absence d'autres motifs soulevés par la ministre des armées pour servir de fondement à sa décision de rejet ou d'autres motifs résultant de l'instruction, Mme C est fondée à demander le bénéfice du versement d'une pension de réversion du chef de M. B.
9. Mme C a déposé sa demande de pension de réversion le 12 février 2020. Aux termes des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Lorsque, par suite du fait personnel du pensionné, la demande de liquidation ou de révision de la pension est déposée postérieurement à l'expiration de la quatrième année qui suit celle de l'entrée en jouissance normale de la pension, le titulaire ne peut prétendre qu'aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle la demande a été déposée et aux quatre années antérieures ". Par application de ces dispositions, la requérante est en droit de prétendre à la liquidation de sa pension de réversion, ainsi qu'aux arrérages afférents à l'année 2020 au cours de laquelle sa demande a été déposée et aux quatre années antérieures, c'est-à-dire à compter du 1er janvier 2016. Il y a lieu, par suite, de prescrire à l'Etat de lui verser ces arrérages, augmentés des intérêts au taux légal, ainsi qu'elle le demande.
Sur les frais de l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 novembre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de pension de Mme C est annulée.
Article 2 : Le ministre des armées procédera à la liquidation de la pension de réversion de Mme C ainsi qu'au versement des arrérages correspondant à compter du 1er janvier 2016, augmentés des intérêts au taux légal.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre des armées et des anciens combattants.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
I. D La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier en chef
Signé
S. GAGNAIRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026