mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201085 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mai 2022, Mme A C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire de réversion et d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa demande.
Elle soutient qu'il y avait une erreur de date dans l'acte de mariage qui a été rectifiée en 2017 après avoir effectué sa demande de pension à l'administration.
Par une lettre du 6 mai 2022, le tribunal a invité Mme C à régulariser sa requête dans le délai d'un mois, en justifiant de son élection de domicile sur l'un des territoires mentionnés à l'article R. 431-8 du code de justice administrative.
Par une lettre du 23 mai 2022, Mme C a élu domicile chez M. D et Mme F à Chessy.
La requête a été communiquée au ministre des armées et des anciens combattants qui n'a pas produit d'observation.
Par ordonnance du 8 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010, notamment son article 211 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- les conclusions de M. Henry, rapporteur public ;
- et les observations de Mme B, représentant le ministre des armées et des anciens combattants.
Considérant ce qui suit :
1. Le soldat Ali Sadif, ressortissant marocain, a bénéficié d'une pension militaire de retraite proportionnelle. Il est décédé le 8 septembre 1993. Mme A C a demandé, le 11 juillet 2017, le bénéfice d'une pension de réversion du chef de ce militaire décédé. Elle sollicite l'annulation de la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite, rendu applicable à Mme C, ayant cause d'un militaire, par l'article L. 47 du même code : " Le droit à pension de veuve est subordonné à la condition : / a) () / Nonobstant les conditions d'antériorité prévues ci-dessus, le droit à pension de veuve est reconnu : / 1° Si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage ; / 2° Ou si le mariage, antérieur ou postérieur à la cessation de l'activité, a duré au moins quatre années ".
3. Aux termes de l'article 47 du code civil français : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.
4. Aux termes de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010 de finances pour 2011, applicable aux demandes de pension de réversion : " I. - () les pensions civiles et militaires de retraite et les retraites du combattant servies aux ressortissants des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France sont calculées dans les conditions prévues aux paragraphes suivants. () / V. - Les demandes de pensions présentées en application du présent article sont instruites dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et par le code des pensions civiles et militaires de retraite. () / VIII. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment les mesures d'information des bénéficiaires ainsi que les modalités de présentation et d'instruction des demandes mentionnées aux III, IV et V./ () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 30 décembre 2010, pris pour l'application des dispositions de cet article 211 : " Un arrêté conjoint des ministres chargés de la défense, des affaires étrangères, des anciens combattants et du budget énumère les pièces justificatives à produire à l'appui de toute demande visée à l'article 1er ". L'annexe 3 de l'arrêté du 30 décembre 2010 pris pour l'application de ce décret cite, parmi les pièces exigées pour une demande de pension d'un ayant cause, " l'acte de mariage mentionnant la date de transcription sur les registres d'état-civil ".
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que la ministre des armées a rejeté la demande de pension de réversion présentées par Mme C parce qu'elle a relevé une incohérence entre la date de naissance de l'intéressée mentionnée sur sa carte nationale d'identité, à savoir l'année 1945, et celle mentionnée sur l'acte de mariage n°897, folio 55, dressé le 17 juin 1986.
6. Toutefois, à l'appui de son recours, Mme C produit un acte de rectification établi par le tribunal de première instance d'Azilal le 19 septembre 2017 indiquant qu'une erreur a été commise dans l'acte de mariage et que la requérante est née en 1945 et non en 1925. Dans ces conditions, et alors que l'administration ne conteste pas le caractère probant de cet acte de rectification, le doute existant sur la date de naissance Mme C n'est pas de nature à justifier le rejet de la demande présentée par cette dernière.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 24 janvier 2022 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de réversion de la pension militaire d'Ali Sadif.
8. En l'absence d'autres motifs soulevés par la ministre des armées pour servir de fondement à sa décision de rejet ou d'autres motifs résultant de l'instruction, il y a lieu de constater que Mme C a droit au versement d'une pension de réversion.
9. Mme C a déposé sa demande de pension de réversion le 11 juillet 2017. Aux termes des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Lorsque, par suite du fait personnel du pensionné, la demande de liquidation ou de révision de la pension est déposée postérieurement à l'expiration de la quatrième année qui suit celle de l'entrée en jouissance normale de la pension, le titulaire ne peut prétendre qu'aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle la demande a été déposée et aux quatre années antérieures ". Par application de ces dispositions, la requérante est en droit de prétendre à la liquidation de sa pension de réversion, ainsi qu'aux arrérages afférents à l'année 2017 au cours de laquelle sa demande a été déposée et aux quatre années antérieures, c'est-à-dire à compter du 1er janvier 2013. Il y a lieu, par suite, de prescrire à l'Etat de lui verser ces arrérages.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 janvier 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de pension de Mme C est annulée.
Article 2 : Le ministre des armées et des anciens combattants procédera à la liquidation de la pension de réversion de Mme C ainsi qu'au versement des arrérages correspondant à compter du 1er janvier 2013.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre des armées et des anciens combattants.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
I. E Le greffier en chef,
Signé
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier en chef
Signé
S. GAGNAIRE
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