jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201103 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 mai 2022, 31 juillet 2023 et 9 août 2023, Mme D C et M. G E, représentés par la SCP Denizeau Gaborit Tekhedmit et Associés, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), au titre de la solidarité nationale, à leur verser la somme de 555 657,16 euros en réparation de leurs préjudices consécutifs au décès de leur compagnon et père, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 mai 2022 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 500 euros à leur verser chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le décès de M. F E est imputable à un accident médical non fautif ouvrant droit à une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, dès lors que ce dommage remplit les trois conditions d'avoir été causé par un acte de soins, d'être anormal au regard tant de l'état de santé existant de M. E que de son évolution prévisible, et de présenter un caractère de gravité au sens de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique ;
- une autre expertise est inutile dès lors que le rapport d'expertise du Docteur A, opposable à l'ONIAM, est exempt de lacunes ;
- ils sont fondés à obtenir une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, en application du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, pour un montant total de 555 657,16 euros, réparti comme suit :
* concernant l'action successorale, en leur allouant les sommes de :
o 450 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire subi par M. F E ;
o 50 000 euros au titre des souffrances qu'il a endurées ;
o 50 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;
* concernant les préjudices personnels de Mme C, en lui octroyant les sommes de :
o 30 000 euros au titre de son préjudice moral ;
o 389 574,93 euros au titre de son préjudice économique ;
* concernant les préjudices personnels de M. G E, en lui octroyant la somme de 25 000 euros au titre de son préjudice moral ;
* concernant les préjudices personnels de Mme C et M. G E, en leur accordant la somme de 9 132,23 euros au titre des frais d'obsèques.
Par un mémoire en intervention enregistré le 6 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Vienne, conclut qu'elle n'entend pas intervenir à l'instance en soutenant que M. E a été pris en charge au titre du risque maladie.
Par des mémoires enregistrés le 28 juillet 2022 et le 22 novembre 2023, l'ONIAM, représenté par la SELARL Birot Ravaut et Associés, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers soit appelé en la cause et le tribunal sursoie à statuer le temps qu'une nouvelle expertise médicale qu'il aura ordonnée soit menée, dont la provision à valoir sur les frais d'expertise sera mise à la charge des consorts H, et à ce que les dépens soient réservés.
Il soutient que :
- à titre principal, il doit être mis hors de cause en raison de l'absence de lien de causalité direct et certain entre le décès de M. F E et un acte de prévention, de diagnostic ou de soins ;
- il n'y a pas lieu d'écarter des débats les conclusions de la première expertise, effectuée par le Docteur B, d'après lesquelles la cause de l'arrêt cardiorespiratoire de M. F E est indéterminée, de sorte que faute d'autopsie, le lien de causalité entre la chimiothérapie subie par M. E et son décès n'est pas établi ;
- à titre subsidiaire, une nouvelle expertise, ordonnée par le juge, est nécessaire, d'abord pour assurer le contradictoire à son égard, les deux expertises du dossier, réalisées dans un cadre amiable et en dehors de sa présence, ne lui étant pas opposables, ensuite en raison de ce que les conclusions du Docteur A, qui ne sont corroborées par aucune pièce du dossier, sont en outre contredites par celles du Docteur B et révèlent le caractère lacunaire de son rapport d'expertise tant sur la cause du dommage, qui pourrait justifier la mise en jeu de la responsabilité du CHU de Poitiers, que sur son caractère anormal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,
- les observations de Me Chabouty, représentant Mme C et M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. F E, dont une épistaxis (saignements de nez) depuis trois mois avait justifié une cautérisation effectuée par un médecin oto-rhino-laryngologiste (ORL) le 11 avril 2019, a consulté son médecin généraliste en février 2020 en raison de l'apparition d'un ganglion cervical. Devant l'augmentation du volume de ce ganglion, M. E a consulté le 15 mai 2020 un médecin ORL de la polyclinique de Poitiers, qui a fait pratiquer une biopsie le 22 mai suivant, laquelle a révélé l'existence d'un cancer indifférencié du cavum. M. E a été pris en charge au CHU de Poitiers pour débuter une chimiothérapie, dont la première cure a eu lieu du 1er au 7 juillet 2020. M. E a développé très rapidement une mucite importante, justifiant son hospitalisation à partir du 9 juillet 2020 au pôle cancérologie du CHU de Poitiers. Après son transfert en médecine interne le 10 juillet 2020 pour la fin de semaine, M. E a présenté d'importantes diarrhées accompagnées de fièvre dès le 11 juillet 2020. Retrouvé en arrêt cardiorespiratoire le matin du 15 juillet 2020 par l'équipe médicale, il est décédé le même jour. Mme C, sa compagne, et M. G E, son fils, ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales de la région Poitou-Charentes, qui a diligenté une première expertise, qui s'est déroulée le 23 novembre 2020, puis une seconde expertise, à la demande des requérants, qui s'est tenue le 24 septembre 2021. Le premier médecin, le docteur B, a rendu son rapport le 28 novembre 2020, et le second, le docteur A, l'a déposé le 26 septembre 2021. Par leur requête, Mme C et M. G E demandent l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du décès de M. F E en raison d'un accident médical non fautif, au titre de la solidarité nationale, pour un montant total de 555 657,16 euros.
Sur l'opposabilité de l'expertise amiable du 24 septembre 2021 à l'ONIAM :
2. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que la première expertise diligentée par la CCI de Poitou-Charentes dans le cadre de la procédure amiable, qui a donné lieu à l'établissement du rapport du 28 novembre 2020, ne s'est pas déroulée dans des conditions sereines, ainsi que l'a relevé la CCI dans son avis du 7 janvier 2021, par lequel elle s'est prononcée en faveur d'une nouvelle expertise par un médecin ORL. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient l'ONIAM, il y a lieu de prendre en considération, dans la présente instance, les motifs et conclusions de la seconde expertise, qui s'est tenue le 24 septembre 2021.
4. D'autre part, bien que l'ONIAM soutienne que la seconde expertise ne lui est pas opposable faute d'avoir été invité aux opérations d'expertise, il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que le contenu de la seconde expertise, aux termes de laquelle l'expert a estimé que l'arrêt cardiorespiratoire de M. F E avait été causé par la première cure de chimiothérapie qu'il a subie entre le 1er et le 7 juillet 2020, notamment par l'administration du 5 Fluorouracile possédant une toxicité cardiaque, sans qu'aucune faute n'ait été commise lors de sa prise en charge au CHU de Poitiers ni précédemment, pouvait être pris en compte, à titre d'élément d'information, s'il était corroboré par d'autres éléments du dossier. A cet égard, les requérants produisent un article paru dans une revue scientifique selon lequel le 5 Fluorouracile présente une toxicité cardiaque " reportée pour la première fois en 1969 ", de nombreux cas de toxicité cardiaque ayant été décrits depuis lors. Ce risque de toxicité cardiaque, potentiellement létal, est majoré, d'après la même étude, lorsque le 5 Fluorouracile est administré en association à d'autres chimiothérapies, le plus souvent avec l'association de Platines, comme en l'espèce, où le protocole de chimiothérapie de M. E comportait du cis platine. Dans ces conditions, et alors que cette étude corrobore le risque de toxicité cardiaque pouvant être à l'origine d'un décès, relevé par l'expert, la seconde expertise, soumise au contradictoire dans la présente instance, peut être prise en compte en tant qu'élément d'information, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'ONIAM n'ait pas été invité à participer aux opérations de l'expertise considérée.
Sur la prise en charge du dommage au titre de la solidarité nationale :
5. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 % () ". Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état, et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
6. D'une part, il résulte de l'instruction qu'aucune faute dans la prise en charge médicale de M. F E, qu'il s'agisse de la cautérisation effectuée en 2019, rien ne permettant d'affirmer que la lésion était déjà existante à cette époque, ou de la mise en œuvre de la chimiothérapie en juillet 2020, ne peut être reprochée aux équipes médicales. Lorsque le cancer de M. E a été diagnostiqué par la biopsie réalisée le 22 mai 2020, le protocole de soins a été mis en place conformément au plan cancer, la chimiothérapie ayant été effectuée conformément aux règles de l'art. Si l'ONIAM soutient qu'une expertise judiciaire est nécessaire pour écarter avec certitude toute responsabilité du CHU de Poitiers et des médecins étant intervenus antérieurement dans le cadre du suivi des affections ORL dont souffrait M. E, il résulte toutefois des deux expertises produites, concordantes, détaillées et affirmatives sur ce point, qu'aucune faute médicale n'a été commise au cours des différentes prises en charge de ce patient. En outre, il n'y avait aucune autre alternative thérapeutique au traitement du cancer du cavum de M. E que la chimiothérapie à base de taxotère, cis platine et 5 Fluorouracile mise en œuvre du 1er au 7 juillet 2020. Enfin, en dépit de l'avis de la CCI du 2 décembre 2021 qui a estimé que l'hypothèse de l'accident médical non fautif ne pouvait être confirmée en l'absence d'autopsie, le décès de M. F E est survenu à la suite d'un arrêt cardiorespiratoire le 15 juillet 2020 constaté en début de matinée par une infirmière, alors qu'il était hospitalisé depuis le 9 juillet 2020, soit deux jours seulement après la fin de sa première cure de chimiothérapie, pour une mucite sévère l'empêchant de s'alimenter par la voie naturelle. Il ressort du rapport d'expertise du 26 septembre 2021, et n'est pas contesté, que la mucite dont il souffrait était une conséquence, comme les diarrhées, de l'administration du taxotère utilisé dans la chimiothérapie. Or, les diarrhées majorent le risque de déshydratation alors que le cis platine que M. E a reçu dans le cadre de sa chimiothérapie possède une toxicité rénale nécessitant une hyper hydratation. Dans cet état affaibli, et alors que M. E a dû également prendre une antibiothérapie à base d'Acyclovir pour traiter un virus Epstein-Barr (EBV) qu'il avait contracté, le risque de toxicité cardiaque associé à l'administration du 5 Fluorouracile s'est, ainsi que le relève l'expert, réalisé par la survenue d'un infarctus " au petit matin ". Dans ces conditions, le décès de M. F E a pour origine la première cure de chimiothérapie qu'il a subie, qui constitue un accident médical non fautif.
7. D'autre part, la dégradation de l'état de santé de M. F E imputable à l'acte de soin pratiqué a abouti à son décès. Par suite, le dommage excède le seuil de gravité fixé à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
8. Enfin, la condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de la seconde expertise, que si M. F E était atteint d'un cancer du cavum dont l'évolution aurait entraîné son décès en l'absence de traitement à plus ou moins court terme, il avait toutefois 40 à 50 % de chance de survivre deux ans et demi, compte tenu de la masse cervicale cancéreuse de plus de 40 mm au moment de sa prise en charge, l'expert ayant d'ailleurs estimé que le dommage subi était " tout à fait anormal en regard de l'évolution prévisible ". Au surplus, il a également relevé qu'il était " très rare " qu'un patient décède lors de sa chimiothérapie, sans qu'une étude chiffrée ne puisse le confirmer. Il en résulte que l'accident médical non fautif dont a été victime M. F E a abrégé son espérance de vie alors que le cancer dont il était atteint ne l'exposait pas à une mort imminente. Dans ces conditions, les conséquences de l'acte médical à l'origine du dommage subi doivent être regardées comme anormales, tant au regard de l'état de santé antérieur de M. E qui justifiait l'opération que de l'évolution de celui-ci.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme C et M. G E, en tant qu'ayants-droits, pour l'une de son concubin, et pour l'autre de son père, et que victimes indirectes de son décès, sont fondés à demander à l'ONIAM, au titre de la solidarité nationale, l'indemnisation des préjudices qui ont résulté de cet accident médical.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de M. F E :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
11. Il résulte du rapport d'expertise que M. F E a subi un déficit fonctionnel temporaire total pour la période du 1er au 15 juillet 2020, pendant une période de quinze jours. Sur la base d'une somme de 500 euros par mois pour un déficit temporaire total, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant à 250 euros l'indemnité le réparant.
S'agissant des souffrances endurées :
12. Le médecin expert a évalué les souffrances endurées par M. F E à 6 sur une échelle de 1 à 7. Compte tenu de la mucite sévère dont était atteint M. E pendant plusieurs jours qui l'a empêché de se nourrir, des diarrhées qu'il a subies et de son affaiblissement général qui s'en est suivi, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant l'indemnité le réparant à la somme de 26 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
13. Il résulte de l'instruction que M. F E a subi un préjudice esthétique temporaire, en raison de la dégradation brutale de son état de santé, évalué par l'expert à 6 sur une échelle de 1 à 7, qui sera justement réparé, compte tenu de la rapidité avec laquelle cette dégradation a eu lieu, en lui allouant une somme de 10 000 euros.
14. Il résulte de ce qui précède que la réparation des préjudices personnellement subis par M. F E, en tant que victime directe, dans les suites de sa première cure de chimiothérapie du 1er au 7 juillet 2020, doit être fixée à la somme totale de 36 250 euros.
En ce qui concerne les préjudices de Mme C et de M. G E :
S'agissant du préjudice moral :
15. Mme C demande une indemnité de 30 000 euros au titre de son préjudice moral, et M. G E une indemnité de 25 000 euros au même titre. Il résulte de l'instruction que Mme C était la compagne de M. F E depuis de longues années lors de son décès, et que leur fils, M. G E, déjà majeur à cette date, vivait encore au foyer de ses parents. Il sera fait une juste appréciation de leur préjudice moral en allouant à Mme C une somme de 23 000 euros et à M. G E une somme de 15 000 euros.
S'agissant des frais d'obsèques :
16. En troisième lieu, Mme C est fondée à demander le remboursement des frais de pompes funèbres, qui se sont élevés à 4 654 euros, comprenant les soins de conservation, les frais de transport du corps, de mise en bière, de cérémonie et les frais d'inhumation, ainsi que les frais annexes liés à l'achat et la gravure d'un monument en granit pour un montant de 3 360 euros. En revanche, les dépenses liés aux démarches administratives, aux faire-parts et aux articles funéraires ne sont pas de nature à relever d'une prise en charge au titre de la solidarité nationale. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce poste de préjudice en fixant à 8 014 euros le montant le réparant.
S'agissant du préjudice économique de Mme C :
17. Il résulte de l'instruction qu'en 2019, dernière année avant son décès, M. F E, âgé de cinquante-quatre et charpentier couvreur, a perçu des revenus annuels de 20 661 euros, alors que sa concubine, âgée de quarante-six ans, a perçu des revenus annuels de 17 462 euros. Dans ces conditions, les revenus annuels du foyer avant le décès de M. E peuvent être fixés à la somme de 38 123 euros. La part d'autoconsommation du défunt peut être fixée, à l'instar de ce que propose l'ONIAM et en l'absence d'élément produit par Mme C justifiant une évaluation inférieure, à un taux de 20 %, le revenu disponible annuel pour Mme C s'élevant ainsi, avant le décès de son mari, à 30 498,40 euros. Le préjudice annuel de la famille s'élève ainsi à 13 036,40 euros. Pour les deux années suivant le décès de M. F E, le préjudice de la famille peut être fixé à 26 072,80 euros, dont 22 161,88 euros au titre du préjudice de Mme C, correspondant à 85 % du préjudice annuel de la famille, et 3 910,92 euros au titre du préjudice de M. G E, correspondant à 15 % de ce même préjudice. Pour la période du 16 juillet 2022 à la date du présent jugement, au début de laquelle M. G E, ayant atteint l'âge de vingt-cinq ans, est réputé avoir quitté le logement, le préjudice de la famille correspondant à celui de Mme C, peut être évalué à la somme de 31 219,28 euros. Pour la période future, il convient d'appliquer à la perte annuelle de revenus de 13 036,40 euros l'euro de rente viagère du barème de capitalisation de la Gazette du Palais 2022 pour un homme de cinquante-cinq ans, soit 26,87. Le préjudice futur de Mme C s'élève ainsi à 350 288,07 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice économique subi par Mme C au titre de la perte de revenus à compter de la date du décès de M. F E en fixant à 403 669,23 euros, sous déduction de la rente de conjoint versée par la mutuelle BTP Prévoyance, l'indemnité à laquelle elle a droit.
18. Il résulte de tout ce qui précède que l'ONIAM devra verser, en réparation des préjudices qu'ils ont personnellement subis des suites de l'accident médical dont M. F E a été victime, des sommes de 434 683,23 euros à Mme C et de 18 910,92 euros à M. G E.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
19. D'une part, Mme C et M. G E ont droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité totale de 489 844,15 euros à compter de la date d'enregistrement de leur requête, le 3 mai 2022.
20. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois lors de l'enregistrement de la présente requête, le 3 mai 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 3 mai 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que l'ONIAM demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 600 euros au titre des frais exposés par Mme C et M. G E et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser la somme de 36 250 euros aux ayants droit de M. F E, en réparation des préjudices subis à la suite de l'accident médical qui a entrainé son décès.
Article 2 : L'ONIAM versera à Mme C la somme de 434 683,23 euros en réparation de ses préjudices propres.
Article 3 : L'ONIAM versera à M. G E la somme de 18 910,92 euros en réparation de ses préjudices propres.
Article 4 : L'ONIAM versera à Mme C et à M. G E la somme globale de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. G E, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et à l'ONIAM.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Tiberghien, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026