mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201229 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS TEN FRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, Me Humeau, liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Ayala communication, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle la SASU Ayala communication a été assujettie au titre de son exercice clos le 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été réclamés pour la période du 30 juillet 2015 au 31 décembre 2016, ainsi que la décharge des pénalités dont ces impositions ont été assorties ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la société a bien auto-liquidé la TVA sur les prestations de services intracommunautaires dont elle a bénéficié, de sorte que l'administration ne pouvait lui notifier un rappel de taxe de 3 273 euros à ce titre ;
- les factures établies par les sociétés Ropa bureau service, Ma pub et France métal ne se rapportent pas à des opérations fictives ; la société n'avait pas connaissance des manœuvres frauduleuses de ses fournisseurs ; l'administration ne pouvait donc lui notifier un rappel de taxe de 24 627 euros au titre de la TVA mentionnée sur ces factures ;
- le véhicule Hyundai Santa Fe pris en crédit-bail par la société pouvant être converti en véhicule " dérivé VP " et ce véhicule étant affecté à la gérante de la société pour ses déplacements professionnels, il ne peut être regardé comme constituant un véhicule conçu pour transporter des personnes au sens des dispositions du 6° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts, telles qu'interprétées par les réponses ministérielle n° 549 publiée au Journal officiel de l'Assemblée nationale le 8 mars 2005 et n° 581 publiée Journal officiel de l'Assemblée nationale d'avril 2010, de sorte que l'administration ne pouvait lui notifier un rappel de TVA de 1 417 euros au titre des dépenses engagées pour l'entretien de ce véhicule ;
- la gérante de la société exerçait en partie son activité professionnelle à son domicile, de sorte que les dépenses liées aux déplacements entre ce domicile, situé dans les Alpes-Maritimes, et le siège de la société, situé en Charente-Maritime, ont été exposées pour les besoins des opérations imposables de la société et dans l'intérêt de son exploitation ; l'administration ne pouvait donc lui notifier à ce titre un rappel de TVA de 539 euros et un rehaussement d'impôt sur les sociétés de 10 092 euros ; elle entend se prévaloir sur ce point de la réponse ministérielle au député Ollivro du 7 mai 1969 qui admet la déductibilité des frais de voyage et de déplacement dans la mesure où ils correspondent à des dépenses professionnelles effectives ;
- dans la mesure où le contrat de bail des locaux du siège social de la société mentionne un loyer toutes taxes comprises, ce loyer doit être regardé comme étant grevé de la TVA ; en outre, il n'appartient pas au destinataire d'une facture de s'assurer si son émetteur est assujetti à la TVA ; dans ces conditions, l'administration n'était pas fondée à notifier à la société un rappel de TVA de 2 720 euros au titre des loyers des locaux de son siège et de ceux de Carros ;
- une simple analyse des pièces et des charges comptabilisées dans les comptes de la société aurait permis de justifier la déductibilité des charges payées par la gérante pour le compte de la société et ayant conduit à ce que son compte courant d'associé soit crédité à due concurrence ; l'administration n'était donc pas fondée à notifier à la société un rehaussement d'impôt sur les sociétés de 29 728 euros à ce titre ;
- contrairement à ce que son bailleur a indiqué à l'administration, la location des locaux dont la société disposait à Carros n'a pris fin qu'au 31 janvier 2017 ; l'administration n'était donc pas fondée à lui notifier un rehaussement au titre des loyers des mois d'août à décembre 2016, qui ont bien été payés ;
- la majoration de 40 % qui lui a été appliquée sur le fondement des dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts est injustifiée, en l'absence d'intention d'éluder l'impôt ;
- l'application de l'amende pour factures de complaisance prévue par les dispositions du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts est injustifiée dès lors qu'elle n'avait pas connaissance des manœuvres frauduleuses de ses fournisseurs.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge de l'amende prévue par les dispositions du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts, la SASU Ayala communication ayant été placée en liquidation judiciaire par un jugement du tribunal de commerce de Saintes du 5 mai 2022 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henry,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Ayala communication, dont l'associée-gérante était Mme B, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration lui a notamment notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des rehaussements d'impôt sur les sociétés au titre de son exercice clos le 31 décembre 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour la période du 30 juillet 2015 au 31 décembre 2016. La société a été placée en liquidation judiciaire par un jugement du tribunal de commerce de Saintes du 5 mai 2022. Me Humeau, liquidateur judiciaire de la société, doit être regardé comme demandant au tribunal la réduction de ces impositions supplémentaires et la décharge des pénalités dont elles ont été assorties.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Si l'administration fiscale fait valoir qu'en raison du placement en liquidation judiciaire de la SASU Ayala communication par un jugement du tribunal de commerce de Saintes du 5 mai 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles portent sur l'amende prévue par les dispositions du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts, cette amende ne figure pas au nombre des pénalités mentionnées à l'article 1756 du code général des impôts qui doivent être remises en cas de liquidation judiciaire et l'administration n'établit pas, ni même allègue, avoir accordé à la société un dégrèvement portant sur cette amende. Il y a, dès lors, toujours lieu de statuer sur les conclusions tendant à sa décharge.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la TVA :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : a) Le siège de son activité économique (). " L'article 283 du même code énonce : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables (). 2. Lorsque les prestations mentionnées au 1° de l'article 259 sont fournies par un assujetti qui n'est pas établi en France, la taxe doit être acquittée par le preneur ".
4. Il résulte de l'instruction que la SASU Ayala communication a enregistré dans sa comptabilité de l'année 2016 diverses prestations de services intracommunautaires qui lui ont été facturées par un assujetti qui n'est pas établi en France et qu'à la clôture de l'exercice, le compte " TVA due intracommunautaire " présentait un crédit de 3 273,29 euros, signifiant que la société n'avait pas acquitté la taxe dont elle était redevable en application des dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, l'administration lui a notifié un rappel de TVA de 3 273 euros. Si le requérant fait valoir que la société a bien acquitté cette taxe, il se borne à produire une copie des déclarations de chiffre d'affaires établies par la société pour les mois de septembre à décembre 2016, sur lesquelles n'apparait pas la taxe due au titre des livraisons intracommunautaires et qui, dès lors, ne remettent pas en cause les constatations réalisées par l'administration à partir de la propre comptabilité de la société.
5. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui n'est pas le fournisseur réel de la marchandise ou de la prestation effectivement livrée ou exécutée. Dans le cas où l'auteur de la facture est régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés, assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et se présente comme tel à ses clients, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y est mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture de complaisance et que le contribuable le savait ou ne pouvait l'ignorer. Si l'administration apporte des éléments suffisants en ce sens, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur cette opération, sans qu'il ne puisse être exigé de lui des vérifications qui ne lui incombent pas.
6. Il résulte de l'instruction que l'administration a refusé la déductibilité de la TVA mentionnée sur trois factures d'immobilisations au motif qu'il s'agissait de factures de complaisance. S'agissant de la première facture, l'administration a relevé, d'une part, que le nom de la société qui l'a délivrée ne correspond à aucune société immatriculée, que le SIRET mentionné sur la facture correspond à une entreprise individuelle de conseil au nom de M. A et que l'adresse de la société correspond à celle d'un établissement secondaire d'une société présidée par M. C et, d'autre part, après avoir exercé son droit de communication auprès de l'établissement tenant le compte bancaire de la SASU Ayala communication, que cette facture a donné lieu à plusieurs paiements, l'un par chèque signé par Mme B, gérante de la société, libellé au nom de M. A, les autres par virements sur des comptes personnels de M. A et de Mme B elle-même, qui a ainsi perçu 9 500 euros. S'agissant de la deuxième facture, l'administration a relevé, d'une part, après avoir exercé son droit de communication auprès de la société qui l'avait prétendument émise, que celle-ci a indiqué n'avoir adressé aucune facture à la SASU Ayala communication et, d'autre part, que le montant de la facture n'avait été que partiellement réglé, par des virements réalisés sur le compte bancaire personnel, à nouveau, de M. A. S'agissant enfin de la troisième facture, l'administration a, là aussi, relevé, après exercice de son droit de communication auprès de la société qui l'avait prétendument émise, que la facture n'avait en réalité pas été établie par cette société et que son paiement avait donné lieu à plusieurs virements sur un compte ouvert au nom de M. C. En définitive, les trois factures en cause, dont l'une émanait d'une entreprise qui n'était pas inscrite au registre du commerce et des sociétés et les deux autres n'ont pas été réellement émises par les sociétés dont elles indiquent pourtant émaner, ont donné lieu à des paiements fractionnés au profit de trois mêmes personnes physiques, dont l'une est la gérante de la SASU Ayala communication. Dans ces conditions, l'administration a apporté des éléments suffisants pour établir qu'il s'agit de factures de complaisances. Ainsi, le requérant, qui se borne à soutenir, sans autre précision et contre toute vraisemblance, que la société n'avait pas connaissance de ce qu'il s'agissait de factures de complaisance, n'est pas fondé à contester la remise en cause par l'administration du caractère déductible de la TVA mentionnée sur ces trois factures.
7. En troisième lieu, d'une part, il résulte des dispositions des 6° et 10° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts que la TVA mentionnée sur les factures relatives à des dépenses d'entretien de véhicules conçus pour transporter des personnes est affectée d'un coefficient d'admission nul et ne peut, dès lors, donner lieu à aucune déduction. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration a refusé d'admettre la déductibilité de la TVA mentionnée sur les factures d'entretien du véhicule Hyundai Santa Fe pris en crédit-bail par la SASU Ayala communication, véhicule de type SUV doté de sept places, immatriculé dans la catégorie des voitures particulières et qui, comme l'indique le requérant lui-même, ne servait qu'aux déplacements de la gérante.
8. D'autre part, le requérant se prévaut, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de deux réponses ministérielles dont il soutient qu'elles admettent la déductibilité de la TVA pour les dépenses relatives à des véhicules dits " dérivés VP ", c'est-à-dire des voitures particulières dont les sièges arrière et les points d'ancrages des ceintures de sécurité correspondantes ont été retirés afin de les transformer en véhicules utilitaires. Toutefois, en se bornant à soutenir que le véhicule de la société aurait pu faire l'objet d'une telle transformation, le requérant confirme que tel n'a pas été le cas et ne conteste pas que le véhicule était immatriculé dans la catégorie des voitures particulières et était doté de sept places.
9. En quatrième lieu, il résulte de l'article 271 du code général des impôts que seule la TVA grevant les biens et services utilisés pour les besoins des opérations imposables de l'assujetti ouvre droit à déduction. En outre, les dispositions des 1° et 5° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II à ce code prévoient un coefficient de déduction nul, d'une part, lorsque le bien ou le service est utilisé à plus de 90 % à des fins étrangères à l'entreprise et, d'autre part, pour les prestations de transport de personnes et les prestations accessoires à ce transport.
10. D'une part, il résulte de l'instruction que la SASU Ayala communication a pris en charge des dépenses de transport et des prestations accessoires à ce transport, à savoir des billets d'avion, des frais de stationnement aux aéroports de Nice et de Bordeaux et des frais de péage, correspondant aux trajets réalisés par sa gérante entre son domicile, situé dans les Alpes-Maritimes, et le siège de la société, implanté en Charente-Maritime. De telles dépenses sont affectées d'un coefficient de déduction nul en vertu des dispositions du 5° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts. En tout état de cause, elles ne peuvent être regardées, en l'espèce, comme exposées pour les besoins des opérations imposables de la société et utilisées à 90 % au plus à des fins non-étrangères à l'entreprise, dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que la société exerçait effectivement dans le département des Alpes-Maritimes ou aux alentours une activité qui pût justifier qu'elle prenne en charge les déplacements de sa gérante entre ce département, où était établi le domicile de cette dernière, et le siège de la société.
11. D'autre part, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir sur ce point de la réponse ministérielle au député Ollivro du 7 mai 1969 qui ne concerne pas la taxe sur la valeur ajoutée mais la déductibilité des charges du résultat imposable et qui, au demeurant, se borne à recommander aux services fiscaux de ne pas refuser la déduction des frais exposés au seul motif qu'ils ne sont pas assortis de documents formant preuve certaine, ce qui n'est pas le motif du chef de rectification concerné.
12. En dernier lieu, il résulte des dispositions du a du 1 du II de l'article 271 du code général des impôts que la TVA dont les redevables peuvent opérer la réduction est celle figurant sur les factures qui leur sont remises.
13. Il résulte de l'instruction que l'administration a rappelé la TVA que la SASU Ayala communication a déduit au titre les loyers qu'elle versait pour la location des locaux de son siège social et de locaux situés à Carros. D'une part, le requérant ne conteste pas que ni le bail portant sur les locaux de Carros, ni aucun document tenant lieu de facture ne mentionnait le paiement de la TVA pour les loyers versés pour ces locaux. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, la seule circonstance que le bail portant sur les locaux du siège de la société mentionnait un loyer toutes taxes comprises ne permettait pas de considérer qu'implicitement, le loyer fixé comprenait de la TVA et le requérant ne soutient pas que les quittances de loyer qui étaient remises à la société ou tout autre document tenant lieu de facture mentionnaient le paiement d'une telle taxe. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à contester les rappels qui ont été réclamés à la société à ce titre.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander la réduction des rappels de TVA qui ont été réclamés à la SASU Ayala communication.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
15. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée.
16. En premier lieu, le requérant n'est pas fondé à contester la réintégration dans le résultat de l'exercice 2016 de la SASU Ayala communication des dépenses relatives aux trajets de la gérante entre son domicile et le siège de la société qui, ainsi qu'il a été dit au point 10 ci-dessus, ne peuvent être regardées comme ayant été exposées dans l'intérêt de l'exploitation.
17. Il n'est pas non plus fondé à se prévaloir sur ce point de la réponse ministérielle au député Ollivro du 7 mai 1969 qui ne comporte pas une interprétation différente de celle qui résulte de la loi.
18. En deuxième lieu, l'administration a réintégré au résultat de la société une somme de 29 728 euros correspondant à diverses sommes portées au crédit du compte courant de l'associé-gérante en contrepartie de charges prétendument exposées par celle-ci pour le compte de la société. Si le requérant conteste cette rectification, il se borne, tout en confirmant que la société n'avait présenté au vérificateur aucune justification sur la nature et l'origine de ces sommes, à soutenir que " une simple analyse des pièces et des charges comptabilisées dans les comptes de la société aurait permis de justifier de la déductibilité de ces charges ", sans produire aucune pièce à l'appui de ses allégations. Au regard des règles gouvernant la charge de la preuve telles que rappelées ci-dessus, un tel moyen ne peut, à l'évidence, qu'être écarté.
19. En dernier lieu, l'administration a réintégré au résultat de la société une somme de 1 125 euros correspondant aux loyers des locaux de Carros des mois d'août à décembre 2016, après avoir relevé, d'une part, que la propriétaire des locaux, auprès de laquelle l'administration a exercé son droit de communication, avait déclaré que " le locataire a quitté les lieux en juillet 2016 " et, d'autre part, que la société n'était pas en mesure de produire des quittances de loyer. Il résulte toutefois des échanges de courriels entre les représentants de la propriétaire et la gérante de la société, transmis à l'appui de la requête, que la SASU Ayala communication n'a libéré ces locaux qu'en janvier 2017. Il ressort également de ces échanges que la société était en conflit avec la propriétaire et il ne résulte pas de l'instruction que celle-ci aurait transmis à l'administration fiscale un quelconque document pour établir qu'il aurait été mis fin au bail en juillet 2016. Par ailleurs, le requérant soutient que la société n'était pas en mesure de fournir des quittances de loyer au vérificateur dans la mesure où la propriétaire ne lui en avait pas délivré. Enfin, l'administration ne conteste pas que la société s'est effectivement acquittée des paiements correspondants à ces loyers. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que c'est à tort que la somme de 1 125 euros a été réintégrée au résultat de la SASU Ayala communication.
20. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'en matière d'impôt sur les sociétés, le requérant est seulement fondé à solliciter la réduction des bases d'imposition de la SASU Ayala communication à concurrence de la somme de 1 125 euros.
Sur les pénalités :
21. En premier lieu, l'administration fiscale a assorti de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré prévue par les dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts les rappels de TVA mentionnés au point 13 du présent jugement portant sur la déduction par la société de la taxe relative à la location des locaux de son siège et de ceux de Carros, ainsi que les rappels, non contestés dans le cadre présente instance, relatifs à la TVA figurant sur des factures, émises par la société elle-même pour le compte de ses fournisseurs, relatives à des locations d'emplacements publicitaires. Dans la mesure, d'une part, où la société a déduit de la taxe ne figurant ni sur les contrats ni sur les quittances de loyer des locaux qu'elle avait pris à bail et, d'autre part, qu'elle ne pouvait ignorer, compte tenu de son secteur d'activité, que les locations d'emplacements publicitaires pour lesquelles elle a elle-même édité les factures ne pouvaient légalement être soumises à la TVA, ou à tout le moins qu'elle ne pouvait faire figurer la taxe sur ces factures sans s'être préalablement assurée de la soumission de ces opérations à la TVA, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du manquement délibéré de la société à ses obligations fiscales.
22. En second lieu, aux termes de l'article 1737 du code général des impôts : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom ; () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut mettre l'amende ainsi prévue à la charge de la personne qui a délivré la facture ou à la charge de la personne destinataire de la facture si elle établit que la personne concernée a soit travesti ou dissimulé l'identité, l'adresse ou les éléments d'identification de son client ou de son fournisseur, soit accepté l'utilisation, en toute connaissance de cause, d'une identité fictive ou d'un prête-nom. En revanche, cet article ne sanctionne pas le seul paiement effectué au profit de tiers, bénéficiaires effectifs des sommes mentionnées sur une facture qui émane bien de l'entreprise qui a fourni les prestations.
23. Contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que, non seulement le paiement des trois factures en cause a été effectué au profit de tiers, mais également que ces factures n'émanaient pas des personnes ayant réellement fourni les prestations correspondantes, ce que, au regard des circonstances rappelées au même point 6, la SASU Ayala communication a accepté en toute connaissance de cause. C'est donc à bon droit que l'administration a infligé à la société, en application des dispositions citées au point précédent, une amende de 65 460 euros représentant 50 % des sommes versées au titre de ces trois factures.
24. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander la décharge des pénalités mises à la charge de la SASU Ayala communication.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui ne peut être regardé comme étant la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La base de l'impôt sur les sociétés fixée à la SASU Ayala communication au titre de l'année 2016 est réduite d'une somme de 1 125 euros.
Article 2 : La SASU Ayala communication est déchargée de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016 correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 1er.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Me Humeau, liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée unipersonnelle Ayala communication, et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction de contrôle spécialisée Sud-Ouest.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Leloup, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. HENRY
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026