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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201285

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201285

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201285
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mai 2022 et le 7 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Maurel, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 44 309 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition suivie par l'administration fiscale est entachée d'une irrégularité substantielle dès lors que la proposition de rectification qui lui a été initialement adressée ne mentionnait pas la possibilité de formuler un recours hiérarchique en application de l'article L. 54C du livre de procédures fiscales de sorte qu'elle a été privée de cette garantie ; elle entend se prévaloir sur ce point du paragraphe n°480 du bulletin officiel des impôts BOI-CF-PGR-30-10 ;

- la procédure d'imposition est également irrégulière en ce que, postérieurement au dégrèvement prononcé par l'administration fiscale, il appartenait à cette dernière de lui adresser, dans le délai de reprise, une nouvelle proposition de rectification mentionnant expressément cette possibilité et non de procéder à la régularisation de ce vice dans l'avis de dégrèvement ; si cette formalité procédurale avait été respectée, la nouvelle proposition de rectification aurait été tardive car présentée au-delà du délai de reprise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, le directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Raveneau,

- et les conclusions de M. Pipart, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'une vérification de comptabilité de la société à responsabilité limitée (SARL) BTP SERVICES PLUS, Mme A B, gérante et associée de cette société en 2015, a fait l'objet d'une rectification d'imposition sur le revenu au titre de l'année 2015. Celle-ci a été portée à sa connaissance par une proposition de rectification datée du 10 décembre 2018. Le 17 janvier 2020, les droits et pénalités correspondants ont été mis en recouvrement. Toutefois, par un avis de dégrèvement en date du 10 mars 2021, l'administration fiscale a, compte-tenu de l'absence d'indication de la possibilité offerte à l'intéressée d'exercer un recours hiérarchique, décidé de procéder au dégrèvement d'office des impositions supplémentaires mises à la charge de la requérante et informé cette dernière de la possibilité de former un recours hiérarchique dans un délai de 30 jours. L'intéressée n'ayant formé aucun recours hiérarchique, les droits et pénalités correspondants ont, de nouveau, été mis en recouvrement le 31 décembre 2021. Mme B demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 44 309 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, applicable à compter du 12 août 2018 : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai ".

3. L'administration fiscale n'est tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions que les délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais de recours administratifs préalables obligatoires. Aucune disposition législative ou réglementaire, avant comme après l'entrée en vigueur des dispositions de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, le 12 août 2018, n'impose à l'administration fiscale de faire mention dans la proposition de rectification, de la possibilité de former un recours hiérarchique. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure suivie par l'administration fiscale était irrégulière en ce que la proposition de rectification qui lui a été adressée ne mentionnait pas la possibilité de former un recours hiérarchique.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / (). Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". Aux termes de l'article L. 169 du même livre dans sa version applicable au litige : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Enfin l'article L. 189 du même livre dispose que : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".

5. Il résulte des dispositions du livre des procédures fiscales relatives tant à la procédure de redressement contradictoire qu'aux procédures d'imposition d'office qu'après avoir prononcé le dégrèvement d'une imposition, l'administration ne peut établir, sur les mêmes bases, une nouvelle imposition sans avoir préalablement informé le contribuable de la persistance de son intention de l'imposer. De plus, si aucune disposition du code général des impôts ne fait obstacle à ce que l'administration, après avoir reconnu, à la suite notamment d'une réclamation contentieuse du contribuable, l'irrégularité de la procédure de redressement suivie, reprenne cette procédure dans la seule mesure nécessaire à sa régularisation et dans le délai imparti par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, afin de parvenir à la fixation de l'imposition dans des conditions régulières, cette faculté ne lui est cependant ouverte qu'autant qu'elle a expressément constaté l'irrégularité de la première procédure en notifiant le dégrèvement de l'imposition précédente.

6. L'administration fiscale, estimant que la procédure de rectification d'imposition était irrégulière, a procédé, par un courrier du 10 mars 2021 adressé à la requérante, à un dégrèvement d'office de l'intégralité des impositions supplémentaires mises à la charge de cette dernière ainsi que des pénalités correspondantes. Ce courrier précisait que le dégrèvement prononcé n'emportait aucun acquiescement à l'argumentaire de Mme B, que celle-ci disposait d'un délai de 30 jours à réception pour former un recours hiérarchique auprès d'une personne précisément identifiée et qu'un nouvel avis d'imposition lui serait, le cas échéant, adressé après achèvement de la procédure de contrôle. Dans ces conditions, l'administration fiscale n'était pas tenue, après avoir prononcé le dégrèvement des impositions supplémentaires primitivement établies, de reprendre entièrement la procédure et de notifier à Mme B une nouvelle proposition de rectification, qui aurait au demeurant été identique. C'est ainsi sans entacher la procédure d'irrégularité, ni méconnaître les règles de la prescription, qu'elle a émis, le 31 décembre 2021, c'est-à-dire dans le délai de reprise qui avait été interrompu par la proposition de rectification du 10 décembre 2018, un nouvel avis d'imposition.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

7. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. () "

8. Mme B ne saurait se prévaloir du contenu des paragraphes n° 410, n°420, n°430 et n°480 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-CF-PGR-30-10 dès lors que ceux-ci sont relatifs à la procédure d'imposition et n'entrent donc pas dans le champ d'application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales précité.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge en droits et pénalités des suppléments d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Raveneau, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. RAVENEAU

Le président,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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