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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201414

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201414

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201414
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantSCP KPL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2022 et des mémoires enregistrés les 17 octobre 2023 et 24 mai 2024, M. A B, représenté par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 25 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Charente-Maritime a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision l'informant de la révision de ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active et lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 070 euros ;

2°) de le rétablir dans ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active à compter de la date à laquelle le département de la Charente-Maritime a entendu que prenne effet la révision de ses droits consécutive à la perception d'une allocation temporaire d'invalidité ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise de sa dette ;

4°) de condamner le département de la Charente-Maritime à lui verser une somme de 1 500 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 décembre 2023, en réparation du préjudice moral qu'il a subi ;

5°) de mettre à la charge du département de la Charente-Maritime la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision du 25 février 2022 ;

- la décision du 25 février 2022 est insuffisamment motivée dès lors qu'elle est insuffisamment précise quant à la période sur laquelle porte l'indu en litige ;

- l'allocation temporaire d'invalidité ne saurait être assimilée à un revenu soumis à l'obligation de déclaration ;

- il se trouve en situation de précarité et sa bonne foi est reconnue par le département de la Charente-Maritime ;

- le département de la Charente-Maritime a commis une illégalité fautive en procédant à des retenues sur ses prestations sociales postérieurement à l'introduction de ses recours administratif et contentieux ;

- cette faute est à l'origine d'un préjudice moral dont il demande la réparation à hauteur de 1 500 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 septembre 2022 et 28 décembre 2023, le département de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime qui n'a pas produit d'observations.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- et les observations de Me Kolenc-Le Bloch, représentant M. B, ainsi que celles de M. B, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA), a fait l'objet d'un contrôle de sa situation, à l'issue duquel la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Charente-Maritime lui a notifié, par courrier du 30 septembre 2021, la révision du montant de ses droits ainsi qu'un indu d'un montant de 2 070 euros. Par un recours administratif préalable obligatoire du 29 novembre 2021, M. B a contesté cette décision. Par une décision du 25 février 2022, le département de la Charente-Maritime a confirmé le bien-fondé de l'indu. Par sa requête, M. B sollicite, à titre principal, l'annulation de cette décision et le rétablissement dans ses droits antérieurs au bénéfice du RSA, à titre subsidiaire, la remise de sa dette. Il sollicite également la condamnation du département de la Charente-Maritime à l'indemniser du préjudice moral qu'il estime avoir subi à raison des retenues effectuées illégalement sur ses prestations sociales.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme Dominique Rabelle, vice-présidente du département de la Charente-Maritime, auteure de la décision du 25 février 2022 confirmant le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active en litige, bénéficiait, en application d'un arrêté du 6 août 2021, régulièrement publié au bulletin officiel des actes du département du 31 août 2021, d'une délégation de fonctions de la présidente du conseil départemental de la Charente-Maritime, notamment dans le domaine de l'insertion et de l'action sociale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 25 février 2022 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

5. La décision du 25 février 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental de la Charente-Maritime a rejeté le recours de M. B vise les articles R. 262-6 et R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, précise que l'indu est fondé sur l'absence de déclaration de l'allocation temporaire d'invalidité perçue par M. B et en précise le montant. Si elle ne mentionne pas expressément la période en litige, elle se réfère sur ce point au courrier qui a été adressé au requérant le 30 septembre 2021 lui notifiant l'indu litigieux, lequel indique que l'indu a été calculé à partir du 1er février 2020. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / () / 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". L'article R. 262-11 de ce code énumère une liste limitative de catégories de ressources dont il n'est pas tenu compte pour l'application de l'article R. 262-6. En outre, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

7. L'allocation temporaire d'invalidité perçue par M. B ne figure pas au nombre des ressources, limitativement énumérées à l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, qui ne sont pas prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active. Il en résulte qu'en vertu des dispositions citées au point précédent, cette allocation doit être déclarée pour être prise en compte dans le calcul des ressources en vue de la détermination du montant de l'allocation de revenu de solidarité active à servir.

8. Si M. B fait valoir que cette allocation, qui ne constitue pas un revenu, mais vient compenser un déficit fonctionnel, bénéficie d'une exonération d'impôt totale, une telle exonération qui relève d'une législation distincte, est toutefois sans influence tant sur les obligations déclaratives de l'allocataire au titre du revenu de solidarité active, que sur l'application des dispositions de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, cette allocation devait être prise en compte dans le calcul des ressources du requérant pour la détermination du montant de l'allocation de revenu de solidarité active, de sorte que M. B n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu en litige, ni à soutenir que la décision litigieuse porterait atteinte au principe d'égalité.

Sur les conclusions à fin de remise :

9. Il appartient au juge administratif de se prononcer sur une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation sociale en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée cette remise. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

10. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prestation sociale ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

11. Il résulte de l'instruction que et le département de la Charente-Maritime ne remet pas en cause la bonne foi de M. B. Il peut donc prétendre à une remise gracieuse totale ou partielle en fonction de sa situation de précarité. Toutefois, M. B ne produit aucun élément permettant d'apprécier sa situation financière actuelle. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise de sa dette.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active [] /Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif [] /A défaut, l'organisme mentionné au premier alinéa peut également, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues au titre de l'allocation mentionnée à l'article L. 168-8 du code de la sécurité sociale, des prestations familiales et de la prime d'activité mentionnées, respectivement, aux articles L. 511-1 et L. 841-1 du code de la sécurité sociale, au titre des prestations mentionnées au titre II du livre VIII du même code ainsi qu'au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation [] ".

13. En adoptant les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, citées au point 12, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

14. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que M. B a adressé le 24 novembre 2021 au département de la Charente-Maritime un recours administratif préalable obligatoire, reçu le 29 novembre 2021, dirigé contre la décision du 30 septembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime lui a notifié un indu de revenu de solidarité active. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la retenue effectuée sur ses prestations sociales le 1er novembre 2021 l'a été en méconnaissance de l'effet suspensif institué par les dispositions précitées.

15. D'autre part, si M. B soutient que la caisse d'allocations familiales a procédé en méconnaissance de l'effet suspensif institué par les dispositions précitées à d'autres retenues postérieurement à l'introduction de la requête par laquelle il sollicite l'annulation de la décision précitée du 30 septembre 2021, enregistrée au greffe du tribunal le 14 juin 2022 et communiquée au département de la Charente-Maritime le 17 juin 2022 et à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime le 17 février 2023, il ne le justifie pas et se prévaut seulement d'une ordonnance n°23003712 du 31 janvier 2024 par laquelle le juge des référés a retenu le caractère illégal des retenues en cause. Toutefois, cette décision est seulement revêtue de l'autorité de la chose ordonnée et ne s'impose pas au juge du fond. Au surplus, il résulte de l'instruction que cette ordonnance fait l'objet d'un pourvoi en cassation. Dans ces circonstances, M. B n'établit pas l'illégalité des retenues qui auraient été effectuées sur ses prestations sociales postérieurement à l'introduction de sa requête.

16. Il résulte de ce qui précède, que M. B n'établissant pas l'illégalité des retenues effectuées sur ses prestations sociales, les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi à raison de cette illégalité fautive ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Le département de la Charente-Maritime n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SCP KPL Avocats et au département de la Charente-Maritime.

Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

G. DUMONTLa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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