mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201498 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS TEN FRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 juin 2022 et le 25 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Aide, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- contrairement à ce que soutient le service, les conclusions augmentant le quantum de la demande, à la suite notamment d'une nouvelle réclamation contentieuse, sont recevables ;
- les dispositions du e) du 1° du I de l'article 31 du code général des impôts prévoient la déductibilité des revenus fonciers des frais de procédure versés à un tiers pour la gestion des immeubles ; à titre principal, les intérêts d'emprunt complémentaires d'un montant de 3 720,34 euros, versés au dossier sont par conséquent déductibles de ses revenus fonciers en tant que frais de gestion, dès lors qu'ils résultent d'un litige qui concerne les conditions des financements consentis par les banques qui, au titre de leurs garanties et sûretés, peuvent affecter la propriété des immeubles en question et le revenu foncier correspondant ; elle est fondée à se prévaloir sur ce point des énonciations du paragraphe n°90 de la documentation administrative portant la référence BOI-RFPI-BASE-20-10 du 6 juillet 2016 ;
- à titre subsidiaire, la jurisprudence du Conseil d'Etat reconnaît que les frais d'emprunt peuvent être déduits au même titre que les intérêts d'emprunt ; sur ce point, elle est fondée à se prévaloir des énonciations du paragraphe n°190 de la documentation administrative portant la référence BOI-RFPI-BASE-20-80 du 1er septembre 2017 ; dès lors, les intérêts sont déductibles en tant que frais d'emprunt car ils ont été engagés en vue de la conservation des immeubles loués, qui sont à l'origine des revenus fonciers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à la décharge des impositions au titre des années 2017 et 2018 sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;
- les conclusions de la requérante ne sont recevables qu'à hauteur des montants demandés dans sa réclamation préalable ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
- et les observations de Me Aide, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est propriétaire d'un bien situé 101, rue du Planty à Buxerolles (Vienne), composé de 7 appartements, qu'elle donne en location. Par une réclamation du 23 mars 2022, rejetée par le service le 21 avril 2022, elle a sollicité la déduction de ses revenus fonciers d'intérêts complémentaires ainsi que de frais de gestion liés à des frais d'avocats et d'huissiers de justice au titre des années 2017 à 2020. Mme B demande la décharge des impositions résultant de ces frais et intérêts d'emprunt au titre des années précitées.
Sur la recevabilité des conclusions :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ".
3. L'impôt sur le revenu auquel Mme B a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 a été mis en recouvrement respectivement le 31 juillet 2018 pour l'année 2017 et le 9 juillet 2019 pour l'année 2018. En application des dispositions précitées de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, le délai de réclamation contre ces impositions expirait le 31 décembre 2020 et le 31 décembre 2021. La déclaration que Mme B a présentée, le 23 mars 2022, est ainsi, en tout état de cause, tardive en tant qu'elle vise la réduction de ses déficits fonciers pour ces deux années.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 200-2 du code général des impôts : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable qui a demandé dans sa réclamation à l'administration la réduction des impositions n'est pas recevable à présenter devant le juge administratif des conclusions qui excèdent les limites de cette demande.
5. Dans sa réclamation du 23 mars 2022, Mme B a demandé la déduction de charges supplémentaires de ses revenus fonciers à hauteur de 8 368 euros pour les revenus de l'année 2019 et de 6 983 euros pour ses revenus de l'année 2020. La requérante n'est, par suite, pas recevable à demander devant le juge de l'impôt la déduction de ces mêmes charges à hauteur de 8 706 euros pour ses revenus de l'année 2019 et de 9 008 euros pour les revenus 2020.
Sur le surplus des conclusions :
6. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " 1. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : 1° Pour les propriétés urbaines : () e) Les frais de gestion, fixés à 20 euros par local, majorés, lorsque ces dépenses ont effectivement supportées par le propriétaire, des frais de rémunération de gardes et concierges, des frais de procédure et des frais de rémunération, honoraire et commission versés à un tiers pour la gestion des immeubles ".
7. Les dépenses mentionnées au I de l'article 31 précité du code général des impôts ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où, notamment, les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu foncier. Il appartient au contribuable de justifier de la réalité de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.
8. Pour justifier de la déductibilité des frais d'huissier et d'avocat qu'elle a engagés, Mme B verse aux débats le jugement de la cour d'appel de Poitiers du 19 mai 2020, relatif à son litige avec la banque Société générale, ainsi que le jugement du tribunal judiciaire de Poitiers du 10 mai 2022, relatif à son litige avec la banque Crédit foncier de France, ainsi que des factures d'huissiers de justice et d'avocat en lien direct avec lesdits litiges. Il résulte de l'instruction que ces deux contentieux, qui portaient sur des problèmes de remboursement des emprunts contractés en vue d'acquérir les biens immobiliers à l'origine des impositions litigieuses, ont abouti à des demandes de saisie-attribution et de remboursement intégral du capital restant dû des emprunts concernés. Au regard de leur objet, les frais liés à ces procédures judiciaires avaient pour finalité la conservation du revenu foncier de la requérante, dès lors qu'ils portaient sur le remboursement de l'emprunt ayant servi à l'acquisition des biens mis en location générant les loyers perçus par la requérante. Dans ces conditions, Mme B est fondée à solliciter la correction de ses revenus fonciers au titre des années 2019 et 2020 dans la limite de 8 368 euros pour les revenus de l'année 2019 et de 6 983 euros pour les revenus de l'année 2020, ainsi que la décharge de l'imposition sur le revenu en découlant au titre de l'année 2020.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les bases des revenus fonciers de Mme B au titre de l'année 2019 et 2020 sont
réduites, respectivement, de 8 368 euros pour l'année 2019 et de 6 983 euros pour l'année 2020.
Article 2 : Mme B est déchargée de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 1er.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
R. PIPART
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026