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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201545

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201545

jeudi 20 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201545
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantLOCTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2022 et le 10 juin 2024, la communauté d'agglomération de Saintes, venant aux droits de la communauté de communes du Pays Santon, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner in solidum la société Legrand Bâtisseurs et son assureur, la SA Axa France IARD, la L C, la L Mandon et Fils et leur assureur, la D, M. A E et son assureur, la mutuelle des architectes français (J), la L I et son assureur, la K et la SAS B F, venant aux droits de la société Norisko, ainsi que son assureur, la société XL Insurance Company SE, venant aux droits de la SA Axa Corporate Solutions assurance à lui verser une somme totale de 180 370,63 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre des principes régissant la responsabilité décennale des constructeurs et à raison des désordres affectant le centre aquatique " Aquarelle ", somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 juin 2022 et avec capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de ces sociétés la somme de 3 000 euros, in solidum, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité décennale des entrepreneurs titulaires des lots n° 2, 8 et 9 et de leurs assureurs est engagée au titre du défaut d'exécution à l'origine des désordres affectant le centre aquatique " Aquarelle " et présentant un risque pour la sécurité de ses usagers ;

- la responsabilité décennale des maîtres d'œuvres, M. A E et la L I, est engagée au titre des vices des conception, du défaut de surveillance des travaux et du manquement à leur devoir de conseil en raison des désordres affectant ce centre aquatique ;

- la responsabilité décennale du contrôleur technique, la SAS B F, est engagée au titre de son contrôle de conception et d'exécution insuffisant, à raison des désordres affectant ce centre ;

- elle est fondée à demander la condamnation de ces derniers à lui verser une somme de 180 380,63 euros, à raison du coût des travaux nécessaires à la réfection de ces désordres ainsi que des frais annexes à ces travaux, sans qu'il n'y ait lieu de déduire la somme de 122 070,87 euros, prévue par le protocole d'indemnisation proposé par la société Balcia Insurance SE, qu'elle n'a jamais signé, ainsi que la somme de 23 752,08 euros réglée par cette dernière aux sociétés SARETEC et Etudes Quantum, dont elle ne demande pas l'indemnisation.

Par cinq mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2022, le 4 septembre 2023, le 8 novembre 2023, le 18 janvier 2024 et le 4 octobre 2024, la société Legrand Bâtisseur, représentée par Me Sabouret, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions formées à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation des demandes de la communauté d'agglomération de Saintes à la somme de 40 690,29 euros, au rejet des conclusions de la société Balcia Insurance SE et d'appel en garantie formées à son encontre et à ce que la condamnation des intervenants aux opérations de construction soit prononcée in solidum, ou à ce qu'elle soit répartie de manière égalitaire entre les responsables, et que les sociétés C, Mandon et Fils, I, B H et M. E soient condamnés à la relever et à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) à ce que la société AXA France IARD soit condamnée à la relever et la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, en application de son contrat d'assurance, et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de Saintes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction judiciaire est seule compétente pour prononcer une condamnation à son encontre et il appartient seulement à la juridiction administrative de fixer le montant des créances à son encontre ;

- les demandes de la communauté d'agglomération de Saintes et de Balcia Insurance SE formulées à son encontre sont irrecevables, en l'absence de dépôt d'une déclaration de créance auprès du mandataire judiciaire chargé de sa procédure de redressement judiciaire, et il appartenait aux requérantes de saisir le juge judiciaire préalablement afin qu'il statue sur la recevabilité de cette créance ;

- M. E et la société I ont commis une faute au titre de leur surveillance dans l'exécution des travaux, contribuant à la réalisation du dommage ;

- la responsabilité de la société Mandon et Fils est engagée à raison des désordres en litige, qui ont affecté le carrelage, dont elle était responsable et avait agréé la pose sur le support proposé ;

- le contrôleur technique n'a pas assuré sa mission concernant le contrôle des vérifications techniques nécessaires pour l'exécution des travaux, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 125-19 du code de la construction et de l'habitation, faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les prétentions indemnitaires de la communauté d'agglomération de Saintes doivent être réduites de 42 231,40 euros, correspondant au préfinancement apporté par la société Balcia Insurance et de 122 070,87 euros, correspondant à la somme qu'elle a déjà perçu de la part de celle-ci au titre de l'assurance dommage ouvrage ; pour le surplus la communauté d'agglomération ne justifie pas de l'engagement de dépenses excédant celles retenues par la société Saretec au titre des opérations d'expertise amiable et il y a lieu d'évaluer son préjudice à 40 690,29 euros, sans intérêts de retard ;

- la compagnie Balcia Insurance SE ne justifie pas de sa subrogation.

Par des mémoires enregistrés le 19 septembre 2022 et le 8 novembre 2023, la SAS B F et XL Insurance Company SE, représentées par Me Loctin, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) A titre principal, au rejet des conclusions dirigées à leur encontre ;

2°) A titre subsidiaire, à ce que les sommes mises à leur charge n'excèdent pas 5% des condamnations prononcées, à ce que la société Legrand Bâtisseurs, la SA Axa France IARD, la L C, la L Mandon et Fils, la D, la J, la L I, la K et M. E soient condamnés, in solidum, à les relever et à les garantir intégralement de toute condamnation qui pourrait être prononcée à leur encontre ;

3) A ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de Saintes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les conclusions dirigées contre XL Insurance Company SE sont formulées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- il appartient à la communauté d'agglomération de Saintes de justifier qu'elle n'a pas été indemnisée par son assureur, sans quoi elle est dépourvue de qualité à agir et ses demandes sont irrecevables, dans la mesure de cette indemnisation ;

- le contrôleur technique n'a commis aucun manquement dans l'exercice de ses missions et les désordres litigieux ne lui sont ainsi pas imputables, de sorte que sa responsabilité ne peut être engagée ;

- les désordres ne sont pas imputables à une action conjuguée et indissociable des participants et il n'y a donc pas lieu de prononcer une condamnation in solidum ;

- la compagnie Balcia Insurance SE ne peut être indemnisée qu'à hauteur de la subrogation dont elle justifie.

Par des mémoires enregistrés le 2 août 2023, le 9 août 2023, le 6 décembre 2023 et le 28 juin 2024, les sociétés D, C et Mandon et Fils, représentées par Me Loubeyre, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) A titre principal, au rejet des conclusions dirigées à leur encontre, à ce que les sociétés C et Mandon et Fils soient mises hors de cause et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de Saintes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) A titre subsidiaire, à la condamnation des sociétés Legrand Bâtisseurs, Axa France IARD, J, I, Acte IARD et à celle de M. E à les relever et les garantir intégralement de toute condamnation qui pourrait être prononcée à leur encontre et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de ces sociétés au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les conclusions dirigées contre la D sont formulées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- les désordres sont imputables à la Société Legrand Bâtisseurs, titulaire du lot n° 2 et au groupement de maîtrise d'œuvre, dont les membres n'ont émis aucune observation sur le ferraillage mis en place par la titulaire du lot, manquant ainsi à leur obligation de surveillance ;

- les prétentions indemnitaires de la communauté d'agglomération de Saintes doivent être réduites de 42 231,40 euros, correspondant au préfinancement apporté par la société Balcia Insurance SE et la communauté d'agglomération ne justifie pas de l'engagement de dépenses excédant celles retenues par la société Saretec au titre des opérations d'expertise amiable ;

- ils n'ont commis aucune faute et les appels en garantie de la Société Legrand Bâtisseurs à leur encontre ne peuvent qu'être rejetés.

Par des mémoires enregistrés le 2 octobre 2023 et le 1er décembre 2023, la société Balcia Insurance SE, représentée par Me Belotvetskaya, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à la condamnation in solidum, de M. E, de la société B F, de la société Legrand Bâtisseurs, de la société I IARD, des sociétés J, XL Insurance Company SE, ACTE IARD et Axa France IARD à lui verser une somme de 42 231,40 euros au titre des sommes qu'elle a préfinancées pour le compte de la communauté d'agglomération de Saintes, au rejet des conclusions formulées à son encontre et à la condamnation des parties perdantes à lui verser la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle agit au titre de sa subrogation dans les droits de la communauté d'agglomération de Saintes, intervenue en application de l'article L. 121-12 du code des assurances, et justifie d'avoir engagé la somme de 42 231,40 euros pour le compte de cette dernière, de sorte qu'elle est fondée à demander la condamnation de ces sociétés sur le fondement des principes régissant la garantie décennale des constructeurs.

Par un mémoire enregistré le 7 juin 2024, les sociétés I et Acte IARD, représentées par Me Meyrand concluent à ce que la part de responsabilité de la société I soit limitée à 20%, à ce que l'indemnisation versée à la communauté d'agglomération de Saintes soit limitée à 40 690,29 euros, et au rejet du surplus des conclusions dirigées à leur encontre.

Elles soutiennent que :

- les conclusions dirigées contre la société Acte IARD sont formulées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- les responsabilités de chaque intervenant étant précisément identifiables, les conclusions aux fins de condamnation in solidum doivent être rejetées ;

- il y a lieu de limiter la responsabilité de la société I à 20%, en raison d'un défaut de surveillance des travaux et d'un manquement à son devoir de conseil ;

- la communauté d'agglomération de Saintes a déjà été indemnisée à hauteur de 122 070,87 euros par Balcia Insurance SE, qui a également pris en charge 20 432,52 euros au titre de divers frais liés aux désordres en cause ;

- il appartient à Balcia Insurance SE de justifier de sa subrogation.

Par des mémoires enregistrés le 10 juin 2024 et le 17 juillet 2024, M. A E et la mutuelle des architectes français (J), représentés par Me Le Lain, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) A titre principal, au rejet des conclusions formulées à leur encontre et à la mise hors de cause de M. E ;

2°) A titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation de la communauté d'agglomération de Saintes soit limitée à 40 690,29 euros, au rejet des autres demandes formulées à l'encontre de M. E, et à la condamnation des sociétés Legrand Bâtisseurs, Axa France IARD, I, Acte IARD, C, Mandon et Fils et D à relever M. E et à le garantir intégralement de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre ;

3°) A titre encore plus subsidiaire, à ce que l'indemnisation de la communauté d'agglomération de Saintes soit limitée à 40 690,29 euros, à ce que celle de Balcia Insurance SE soit limitée à 30 733,60 euros, et à la condamnation des sociétés Legrand Bâtisseurs, Axa France IARD, I, Acte IARD, C, Mandon et Fils et D à relever M. E et à le garantir intégralement de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre ;

4°) En tout état de cause, au rejet des appels en garantie formulés à leur encontre, et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la communauté d'agglomération de Saintes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les conclusions dirigées contre la société J sont formées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- les désordres litigieux sont imputables aux seules sociétés Legrand Bâtisseurs et I ;

- il y a lieu de faire application d'un coefficient de vétusté, qui doit être évalué à 40% ;

- le montant des demandes de la communauté d'agglomération de Saintes n'est pas justifié et il y a lieu de déduire la somme de 42 231,40 euros, Balcia Insurance SE ayant préfinancé celle-ci ;

- la société Balcia Insurance SE n'apporte aucun élément de nature à établir le paiement d'indemnités à la communauté d'agglomération de Saintes, et elle ne justifie ainsi pas d'être subrogée dans les droits de cette dernière ; les montants dont elle se prévaut ne sont pas plus justifiés.

Par un mémoire, enregistré le 27 septembre 2024, la société Axa France IARD, représentée par Me Dora, conclut au rejet des conclusions formulées à son encontre, ou subsidiairement, à la limitation de la part de responsabilité de la société Legrand Bâtisseurs à 75% de la somme de 138 139,23 euros, au rejet des conclusions aux fins de condamnation in solidum et de celles de la société Balcia Insurance SE.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre elle sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;

- la somme demandée par la communauté d'agglomération de Saintes doit être limitée à 138 139,23 euros, Balcia Insurance SE l'ayant indemnisée à hauteur de 42 231,40 euros au titre de l'assurance dommages ouvrages ;

- Balcia Insurance SE ne justifie pas de sa subrogation et ses conclusions ne peuvent donc qu'être rejetées.

L'instruction a été close le 28 octobre 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code des assurances ;

- le code des marchés publics ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tiberghien,

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,

- les observations de Me Kolenc pour la communauté d'agglomération de Saintes, de Me Labaudre, substituant Me Loctin, pour les sociétés B F et XL Insurance Company, celles de Me Sabouret pour la société Legrand Bâtisseurs, celles de Me Bernardeau, substituant Me Loubeyre pour les sociétés C, Mandon et Fils et D et celles de Me Barriquault, substituant Me Le Lain pour M. E et la J.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté d'agglomération de Saintes, venant aux droits de la communauté de communes du Pays Santon a engagé les travaux de construction du centre aquatique " Aquarelle " sur le territoire de la commune de Saintes. Les missions de maîtrise d'œuvre ont été attribuées au groupement conjoint composé de la L I, de la L ABC Decibel et de M. A E, mandataire non solidaire de ce groupement, par un marché public du 10 mars 2008. Les lots n° 2, n° 8 et n° 9 du marché public de travaux, relatifs respectivement aux travaux de " Gros Œuvre maçonnerie ", " d'étanchéité des piscines " et de " chappes et carrelages " ont été attribués à la société Legrand Bâtisseurs, à la L C et à la L Mandon et Fils, par des actes d'engagement du 8 juin 2010, la société Norisko, aux droits desquels vient la société B F étant quant à elle chargée des missions de contrôle technique par un marché public du 8 juillet 2008. Par des procès-verbaux des 23 juillet 2013, et 13 décembre 2012, la réception des lots n° 2, 8 et 9 a été prononcée sans réserves à compter du 22 juin 2012.

2. A la suite de l'apparition de décollements au droit du joint entre l'accueil et l'espace détente du centre aquatique en 2018, la communauté d'agglomération de Saintes a saisi son assureur dommages ouvrage, la société Balcia Insurance SE, qui a fait réaliser une expertise amiable et le rapport définitif, établi par la société Saretec France a été remis le 19 avril 2021. La communauté d'agglomération de Saintes demande au tribunal de condamner in solidum la société Legrand Bâtisseurs et son assureur, la SA Axa France IARD, la L C, la L Mandon et Fils et leur assureur, la D, M. A E et son assureur, la mutuelle des architectes français, la L I et son assureur, la K et la société B F, venant aux droits de la société Norisko, ainsi que son assureur, la société XL Insurance Company SE, venant aux droits de la SA Axa Corporate Solutions assurance à lui verser une somme totale de 180 370,63 euros toutes taxes comprises (TTC) en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi à raison des désordres affectant ce centre aquatique.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

3. En premier lieu, l'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime mais se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative. Par suite, les conclusions dirigées contre les sociétés AXA France IARD, D, XL Insurance Company SE, Acte IARD et la mutuelle des architectes français, qu'il s'agisse de celles aux fins de condamnation ou d'appel en garantie, qui tendent uniquement à obtenir le paiement des sommes dues par ces sociétés au titre de leurs obligations de droit privé, relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire et sont ainsi portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

4. En premier lieu, l'article L. 622-21 du code de commerce, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " I.- Le jugement d'ouverture interrompt ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance n'est pas mentionnée au I de l'article L. 622-17 et tendant : 1° A la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent ; 2° A la résolution d'un contrat pour défaut de paiement d'une somme d'argent () ". L'article L. 622-22 du même code dispose que : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 625-3, les instances en cours sont interrompues jusqu'à ce que le créancier poursuivant ait procédé à la déclaration de sa créance. Elles sont alors reprises de plein droit, le mandataire judiciaire et, le cas échéant, l'administrateur ou le commissaire à l'exécution du plan nommé en application de l'article L. 626-25 dûment appelés, mais tendent uniquement à la constatation des créances et à la fixation de leur montant. Le débiteur, partie à l'instance, informe le créancier poursuivant de l'ouverture de la procédure dans les dix jours de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 622-24 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Enfin aux termes de l'article L. 622-26 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " A défaut de déclaration dans les délais prévus à l'article L. 622-24, les créanciers ne sont pas admis dans les répartitions et les dividendes à moins que le juge-commissaire ne les relève de leur forclusion s'ils établissent que leur défaillance n'est pas due à leur fait ou qu'elle est due à une omission du débiteur lors de l'établissement de la liste prévue au deuxième alinéa de l'article L. 622-6. Ils ne peuvent alors concourir que pour les distributions postérieures à leur demande. Les créances non déclarées régulièrement dans ces délais sont inopposables au débiteur pendant l'exécution du plan et après cette exécution lorsque les engagements énoncés dans le plan ou décidés par le tribunal ont été tenus. Pendant l'exécution du plan, elles sont également inopposables aux personnes physiques coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie. () ".

5. Si les dispositions citées au point précédent fixent le principe de la suspension ou de l'interdiction, à compter du jugement d'ouverture de la procédure de sauvegarde, de toute action en justice tendant au paiement d'une somme d'argent de la part de tous les créanciers autres que ceux détenteurs d'une créance postérieure privilégiée, elles ne comportent aucune dérogation aux dispositions régissant les compétences respectives des juridictions administratives et judiciaires. La circonstance que la collectivité publique dont l'action devant le juge administratif tend à faire reconnaître et évaluer ses droits à la suite des désordres constatés dans un ouvrage construit pour elle par une entreprise admise ultérieurement à la procédure de redressement judiciaire, n'aurait pas déclaré sa créance éventuelle dans le délai fixé par la loi et n'aurait pas demandé à être relevée de la forclusion est sans influence sur la compétence du juge administratif pour se prononcer sur ces conclusions dès lors qu'elles ne sont elles-mêmes entachées d'aucune irrecevabilité au regard des dispositions dont l'appréciation relève de la juridiction administrative, et ce, sans préjudice des suites que la procédure judiciaire est susceptible d'avoir sur l'extinction de cette créance. Il résulte également de ce qui précède que si les dispositions législatives précitées réservent à l'autorité judiciaire la détermination des modalités de règlement des créances sur les entreprises en état de liquidation judiciaire, il appartient au juge administratif d'examiner si la collectivité publique a droit à réparation et de fixer le montant des indemnités qui lui sont dues à ce titre par l'entreprise défaillante ou son liquidateur, sans préjudice des suites que la procédure judiciaire est susceptible d'avoir sur le recouvrement de cette créance.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la société Legrand Bâtisseurs n'est pas fondée à se prévaloir de son placement en procédure de redressement judiciaire et de l'absence de déclaration des créances à son encontre pour soutenir que les conclusions tendant à sa condamnation sont irrecevables. Par ailleurs, l'ouverture d'une telle procédure ne s'oppose pas à ce que cette société soit condamnée au titre de la présente instance, et a pour seule incidence d'affecter, le cas échéant, les modalités de recouvrement de la créance mise à sa charge. Il s'ensuit que les fins de non-recevoir opposées par la société Legrand Bâtisseurs ne peuvent qu'être écartées.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ". Et aux termes de l'annexe II à l'article A243-1 du code des assurances : " () c) En tout état de cause, l'assuré qui a fait connaître à l'assureur qu'il n'acquiesce pas aux propositions de règlement dont il a été saisi, s'il estime ne pas devoir cependant différer l'exécution des travaux de réparation, reçoit sur sa demande, de l'assureur, sans préjudice des décisions éventuelles de justice à intervenir sur le fond, une avance au moins égale aux trois quarts du montant de l'indemnité qui lui a été notifié selon les modalités définies en a. Cette avance, forfaitaire et non revalorisable, et à valoir sur le montant définitif de l'indemnité qui sera mise à la charge de l'assureur, est versée en une seule fois, dans un délai maximum de quinze jours courant à compter de la réception, par l'assureur, de la demande de l'assuré. () ".

8. Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions législatives de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré, même à titre provisionnel, en exécution des stipulations d'un contrat d'assurance. En revanche, l'application de ces dispositions n'implique pas que le paiement ait été fait entre les mains de l'assuré lui-même. Enfin, l'assureur peut apporter la preuve de sa subrogation jusqu'à la date de la clôture de l'instruction.

9. En l'espèce, Balcia Insurance SE justifie, par la production de la police d'assurance dommage ouvrage conclue avec la communauté d'agglomération de Saintes en vue de la construction du centre aquatique, des factures et devis afférents aux dépenses engagées et d'un tableau récapitulatif des paiements effectués, d'avoir versé une somme totale de 15 959,32 euros au titre des investigations et recherches nécessaires à l'identification des désordres et l'évaluation des travaux de reprise nécessaires. Elle justifie également d'avoir engagé la somme de 20 749,08 euros au titre des frais de réalisation des opérations d'expertise amiable, réalisées au bénéfice de son assuré en application de la police d'assurance précitée. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité pour agir de la compagnie Balcia Insurance SE ne peut qu'être écartée.

10. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la compagnie Balcia Insurance SE ait versé à la communauté d'agglomération de Saintes une indemnité relative à la totalité des travaux de reprise dont elle demande l'indemnisation. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir de la communauté d'agglomération de Saintes ne peut qu'être écartée.

Sur la responsabilité décennale des constructeurs :

11. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.

En ce qui concerne la nature des désordres :

12. Il résulte de l'instruction que le décollement du carrelage d'environ 1,5 cm au droit du joint de dilation entre l'accueil et l'espace de détention entraine un risque de chute et de blessures des usagers du centre aquatique, et rend ainsi impropre à sa destination le centre aquatique " Aquarelle ". Dans ces conditions, et en l'absence de toute contestation sur ce point, ce désordre doit être regardé comme présentant un caractère décennal. Il est, par suite, de nature à engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement des principes régissant cette responsabilité décennale.

En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :

13. Le décollement du carrelage au droit du joint de dilatation découle, aux termes du rapport d'expertise amiable établi par le cabinet Saretec, dont les constatations ne sont pas contestées sur ce point, de la pose à un mauvais emplacement d'un goujon par rapport aux plans, entrainant une surcharge de poids sur ce dernier, de l'absence de pose de deux filants de 10 mm le long du joint de dilatation, réduisant la résistance à la flexion du complexe composé de la dalle de compression et des prédalles, et enfin de l'absence de pose d'un goujon à son emplacement théorique. Ainsi, ces désordres résultent, selon l'expert, d'une mise en œuvre inadaptée des armatures métalliques en nez de plancher des prédalles et des goujons au droit de ce joint de dilatation.

14. En premier lieu, il résulte de l'instruction que ces désordres résultent d'une réalisation inadaptée de la mission de gros œuvre, assurée par la société Legrand Bâtisseurs, qui était chargée de la pose de goujons et filants en cause. Il s'ensuit que ces désordres lui sont imputables.

15. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'intervention tendant à la mise en œuvre de prédalles par des goujons et du ferraillage au droit d'un joint de dilatation, constitue une intervention très délicate, et nécessairement contrôlée. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que la L I était chargée, au moins partiellement, des missions EXE, DET et OPC concernant le lot " Gros Œuvre " en qualité de maître d'œuvre " tous corps d'état ", la survenance de ce désordre lui est également imputable.

16. En troisième lieu, il résulte de l'acte d'engagement du marché public de maîtrise d'œuvre du 10 mars 2008 signé par le mandataire de la communauté d'agglomération de Saintes et par le mandataire non solidaire du groupement de maîtrise d'œuvre, M. E, que le groupement présente un caractère conjoint. Dès lors, les membres de ce groupement ne sont susceptibles de voir leur responsabilité engagée qu'à raison des missions dont ils ont la charge à titre personnel. Il ressort des termes de l'article 4 de cet acte d'engagement que M. E dispose d'un compte ouvert pour les prestations " Architecte Mandataire " et que la L I dispose quant à elle d'un compte ouvert pour les prestations " bet TCE () + OPC ". Toutefois, il résulte également des annexes 1 à 4, relatives à la répartition des honoraires entre co-traitants, que si la L I est le co-traitant percevant l'essentiel de la rémunération pour les missions EXE (études d'exécution) et OPC (ordonnancement, coordination et pilotage du chantier) à hauteur respectivement de 93% concernant le lot structure et la mission EXE, 80% pour la mission EXE relative au détail quantitatif des autres lots et 93% pour la mission OPC, M. E perçoit également une rémunération de respectivement 5%, 20%, et 7% concernant celles-ci. Par ailleurs, M. E perçoit, s'agissant de la mission DET (direction de l'exécution des contrats de travaux), 65% de la rémunération du groupement, et la société Gruet 34% de celle-ci. Dans ces conditions, et à défaut de tout document plus précis auquel serait partie le maître d'ouvrage de nature à démontrer que M. E ne serait pas intervenu dans les missions en cause, pour lesquelles il était rémunéré, s'agissant du lot n° 2, ce dernier n'est pas fondé à soutenir qu'il ne serait pas intervenu dans le cadre du suivi de l'exécution du lot n° 2 " Gros Œuvre ", au seul motif que le rapport d'expertise d'amiable ne retiendrait pas que ces désordres lui seraient imputables. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que ces éléments de mission ne peuvent être regardés comme étrangers aux désordres, ainsi qu'il a été exposé aux points 14 et 15 du présent jugement. Par suite, la survenance de ceux-ci doit également être regardée comme étant imputable à M. E, en sa qualité de membre du groupement de maîtrise d'œuvre.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 111-23 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " Le contrôleur technique a pour mission de contribuer à la prévention des différents aléas techniques susceptibles d'être rencontrés dans la réalisation des ouvrages. Il intervient à la demande du maître de l'ouvrage et donne son avis à ce dernier sur les problèmes d'ordre technique. Cet avis porte notamment sur les problèmes qui concernent la solidité de l'ouvrage et la sécurité des personnes ". Aux termes de l'article L. 111-24 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le contrôleur technique est soumis, dans les limites de la mission à lui confiée par le maître de l'ouvrage à la présomption de responsabilité édictée par les articles 1792, 1792-1 et 1792-2 du code civil, reproduits aux articles L. 111-13 à L. 111-15, qui se prescrit dans les conditions prévues à l'article 2270 du même code reproduit à l'article L. 111-20. / Le contrôleur technique n'est tenu vis-à-vis des constructeurs à supporter la réparation de dommages qu'à concurrence de la part de responsabilité susceptible d'être mise à sa charge dans les limites des missions définies par le contrat le liant au maître d'ouvrage ". Il résulte de ces dispositions que l'obligation de garantie décennale s'impose non seulement aux maîtres d'œuvre et aux entrepreneurs, mais également au contrôleur technique lié par contrat au maître de l'ouvrage dans la limite de la mission qui lui a été confiée.

18. Il résulte des termes de l'acte d'engagement relatif au marché de contrôle technique conclu avec la société Norisko, aux droits de laquelle vient la société B F, que celle-ci était chargée des missions SEI et L, relatives au contrôle des conditions de sécurité des personnes dans les établissements recevant du public et à la solidité de l'ouvrage. Toutefois, l'expert désigné au stade de l'expertise amiable a considéré que les désordres n'étaient pas imputables à celle-ci au regard de sa mission " de contrôles épisodiques ". Par ailleurs, il résulte de l'instruction que cette dernière société ne pouvait les déceler par les seules investigations auxquelles elle était contractuellement tenue. Dans ces conditions, la survenance des désordres litigieux ne lui est pas imputable.

19. En cinquième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'intervention de la L C, chargée du lot " étanchéité ", serait intervenue d'une quelconque manière au titre des travaux de gros œuvre dont les désordres litigieux résultent. Par ailleurs, la société Mandon et Fils, en charge du lot " Chappes et carrelages ", s'est bornée à poser ces derniers sur le support, réalisé par la société Legrand Bâtisseurs, et la survenance des désordres litigieux ne lui est ainsi aucunement imputable.

20. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération de Saintes est seulement fondée à rechercher la responsabilité décennale de la société Legrand Bâtisseurs, de la L Gruet Ingéniérie et de M. A E. Leur intervention ayant contribué à la réalisation d'un unique dommage, elle est également fondée à demander leur condamnation in solidum.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les dépenses prises en charge par la compagnie Balcia Isurance SE :

21. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que la compagnie Balcia Insurance SE justifie d'avoir versé, en application du contrat d'assurance la liant à la communauté d'agglomération de Saintes, une somme totale de 36 708,4 euros TTC, au titre des frais d'expertise amiable, dont cette dernière ne demande pas l'indemnisation, et au titre des diverses dépenses d'investigations réalisées afin d'identifier l'origine des désordres et les travaux de reprise nécessaires, dont elle ne demande, pas plus, dans le dernier état de ses écritures, l'indemnisation, s'agissant des dépenses prises en charge par la compagnie Balcia.

22. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que cette société ait versé à la communauté d'agglomération de Saintes l'avance prévue par les dispositions de l'annexe II à l'article A243-1 du code des assurances précitées, d'un montant de 122 070,87 euros, et il n'y a ainsi pas lieu de déduire cette somme de l'indemnité à laquelle la communauté d'agglomération de Saintes peut prétendre.

En ce qui concerne les préjudices de la communauté d'agglomération de Saintes :

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée :

23. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée vise à compenser la TVA acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la TVA grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.

24. En l'absence d'élément de nature à remettre en cause la présomption de non-assujettissement de la communauté d'agglomération de Saintes à la TVA, le montant de l'indemnité à laquelle elle peut prétendre inclut cette taxe, d'un taux de 20%, et non de 3,596%, ainsi qu'il a été relevé concernant certaines dépenses durant les opérations d'expertise amiable.

S'agissant des dépenses engagées au titre des mesures conservatoires :

25. Il résulte de l'instruction que les désordres ont impliqué la réalisation de travaux de sécurisation, tendant à la stabilisation et la sécurisation du dallage affecté, et la réalisation d'un étaiement supplémentaire. Si la communauté d'agglomération de Saintes demande la somme de 3 542,4 euros au titre de ces frais, elle ne justifie pas d'avoir exposé des dépenses supplémentaires présentant un lien direct et certain avec les désordres par rapport à celles retenues au titre de l'expertise amiable, pour un montant total de 1 843,2 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice de la communauté d'agglomération de Saintes en l'évaluant à la somme de 1 843,2 euros TTC.

S'agissant des travaux de reprise :

26. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les désordres litigieux nécessitent la dépose et la repose avec modifications de la centrale de traitement d'air, la mise en place de poutres métalliques de renforts en sous-face, le flocage coupe-feu de pièces métalliques, la remise en état du joint de dilatation, des carrelages en périphérie de celui-ci, et la reprise des carreaux au droit du joint de fractionnement, pour un montant total, tel qu'évalué par l'expert à la somme de 131 327,65 euros hors taxe, et 136 050,19 euros en retenant un taux de TVA à 3,596%.

27. La communauté d'agglomération de Saintes demande quant à elle, une somme de 132 381,53 euros hors taxe, après la prise en compte de certaines dépenses supplémentaires qu'elle allègue avoir exposé en raison de la durée des opérations d'expertise et des conditions de réalisation des travaux et la localisation des désordres. Toutefois, elle ne justifie pas de la majoration de ce préjudice, à défaut pour elle de produire tout élément circonstancié relatif aux dépenses supplémentaires exposées ou des justificatifs afférents. En revanche, la communauté d'agglomération de Saintes est fondée, ainsi qu'il a été dit au point 24 du présent jugement, à demander que cette condamnation soit prononcée TTC, avec une TVA au taux de 20% en ce qui concerne les dépenses dont elle demande l'indemnisation. Dès lors, il y a lieu de retenir les sommes de 64 979,20 euros au titre des travaux réalisés par Hervé Thermique, tel qu'évalués par l'expert économiste, de 42 824 euros pour les frais liés à l'intervention de la société Freyssinet, tels que demandés par la communauté d'agglomération de Saintes, et de 11 767,95 euros, tels qu'évalués par l'expert économiste, s'agissant de l'intervention de la société Mandon et Fils, soit un montant total hors taxe de 119 571,15 euros hors taxe, et de 143 485,38 euros TTC.

28. En deuxième lieu, la vétusté d'un bâtiment qui peut donner lieu, lorsque la responsabilité contractuelle ou décennale des entrepreneurs, architectes et contrôleurs techniques est recherchée à l'occasion de désordres affectant un ouvrage, à un abattement affectant l'indemnité allouée au titre de la réparation des désordres, doit être appréciée au regard de la longévité des ouvrages et de l'étendue de la période séparant la réception définitive des travaux et la date d'apparition des désordres litigieux.

29. Il résulte de l'instruction que les désordres litigieux sont apparus au cours de l'année 2018 et que la communauté d'agglomération de Saintes a effectué une déclaration de sinistre portant sur ces derniers le 28 juin 2018, soit six ans après la réception des travaux, intervenue le 22 juin 2012. Compte tenu de la longévité de l'ouvrage, il y a lieu de fixer à 10% l'abattement pour vétusté.

30. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité due à la communauté d'agglomération de Saintes au titre des travaux de reprise s'élève à la somme de 129 136,84 euros TTC.

S'agissant des investigations techniques :

31. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprises nécessitent l'engagement d'un coordonnateur SPS et d'un contrôleur technique, et que ces frais ont été évalués, sur la base des devis fournis par la société B au titre de l'expertise amiable, à la somme totale de 4 824 euros TTC. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice de la communauté d'agglomération de Saintes en lui allouant cette somme.

S'agissant des travaux de sécurisation du centre aquatique durant les travaux de reprise :

32. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise amiable que les travaux de reprise des désordres entrainent des frais de gardiennage de nuit du centre aquatique, en raison de la nécessité de maintenir une aération correcte de la piscine durant le déplacement et la modification de la centrale de traitement d'air. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice de la communauté d'agglomération de Saintes en l'évaluant à la somme de 15 151,28 euros TTC.

33. Il résulte de ce qui précède que la communauté d'agglomération de Saintes est fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés Legrand Bâtisseurs, I et de M. E, à lui verser la somme totale de 150 955,32 euros TTC au titre des principes régissant la responsabilité décennale des constructeurs.

En ce qui concerne les préjudices de la compagnie Balcia :

S'agissant des frais des frais d'investigation et d'études :

34. Balcia Insurance SE justifie, par la production de la police d'assurance dommage ouvrage, des devis ou factures afférents et des preuves de paiement de ces dépenses, d'avoir versé une somme totale de 15 959,32 euros TTC au titre des travaux de reprise et des investigations relatives à la définition de ces derniers. Il résulte de l'instruction que ces frais, réglés directement aux prestataires pour le bénéfice de son assurée, l'ont été en application de la police d'assurance précitée. En revanche, elle ne justifie pas d'avoir dépensé la somme de 2 520 euros au titre de ces frais, dont elle demande également l'indemnisation. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice en lui allouant la somme de 15 959,32 euros TTC.

S'agissant des frais d'expertise amiable :

35. Balcia Insurance SE demande l'indemnisation des frais d'expertise amiable qu'elle a engagé, pour un montant total de 23 752,08 euros. Cette expertise présente un caractère utile, dès lors qu'elle vise à identifier l'origine des désordres en litige et d'évaluer les travaux de reprise nécessaires. Balcia Insurance SE justifie d'avoir exposé, au titre de ces opérations, engagées au bénéfice de son assurée et en application du contrat d'assurance les liant, de dépenses à hauteur de 20 749,08 euros TTC par la production des factures et preuves de paiement afférentes. En revanche, elle ne justifie pas de s'être acquittée de la somme de 3 003 euros au titre de ces opérations, à défaut de produire les preuves de paiement afférentes. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation de son préjudice en lui allouant la somme de 20 749,08 euros.

36. Il résulte de ce que Balcia Insurance SE est fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés Legrand Bâtisseurs, I et de M. E, à lui verser la somme totale de 36 708,4 euros TTC au titre des principes régissant la responsabilité décennale des constructeurs.

Sur les intérêts et la capitalisation :

37. La communauté d'agglomération de Saintes a droit aux intérêts légaux sur la somme de 150 955,32 euros TTC à compter du 22 juin 2022, date d'introduction de sa requête.

38. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois le 10 juin 2024. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date.

Sur les appels en garantie :

39. Lorsque les co-auteurs d'un dommage ont été condamnés solidairement, celui d'entre eux qui a payé la totalité de l'indemnité ne peut demander que d'autres co-auteurs soient condamnés solidairement à lui en rembourser une partie que dans le cas où le dommage est imputable en partie à une faute commune de ces seuls co-auteurs.

40. Il résulte de l'instruction que les désordres affectant le centre aquatique Aquarelle résultent, en premier lieu, des défauts dans la mise en œuvre des goujons au regard du calepinage des prédalles, notamment de l'oubli d'un d'entre eux, et d'un chaînage non conforme aux plans d'exécution, lié à la pose de deux filants de 10 au lieu de quatre. Ces défauts de mise en œuvre sont principalement imputables à la société Legrand Bâtisseurs. Il résulte également de l'instruction et notamment du rapport du cabinet Saretec, dont les mentions ne sont pas contestées, que les opérations à l'origine des désordres, devaient être " soignée[s] et très contrôlée[s] ", notamment au titre de la mission de surveillance du chantier du groupement de maîtrise d'œuvre, et la survenance des désordres résulte donc, en second lieu, de leur faute au titre de leur mission de surveillance. Si M. E soutient qu'il n'était chargé d'aucune mission de surveillance de l'exécution des travaux au titre du lot n° 2, il ne le démontre pas, eu égard à ce qui été exposé au point 16 du présent jugement.

41. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la survenance des désordres litigieux soit imputable à une faute du contrôleur technique, eu égard aux termes de sa mission, et ainsi que l'a relevé le cabinet Saretec. Par ailleurs, la société Mandon et Fils ne peut être regardée, alors que le dommage ne lui est pas imputable et eu égard à sa mission, comme fautive, et il ne résulte pas de l'instruction que la L C aurait commis une faute au titre de ses missions. Par suite, il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectives de la société Legrand Bâtisseurs, de la société I et de M. A E en les fixant à hauteur, respectivement, de 80%, 15% et 5%.

42. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la société Legrand Bâtisseurs est seulement fondée à demander à être garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 15% par la société I et à hauteur de 5% par M. A E.

43. En deuxième lieu, M. A E est fondé à demander à être garanti des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 80% par la société Legrand Bâtisseurs et à hauteur de 15% par la société I.

44. En dernier lieu, en l'absence de toute condamnation prononcée à leur encontre, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par les sociétés Mandon et Fils, C, mutuelle des architectes français, D, B F et XL Insurance SE.

Sur les frais liés au litige :

45. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération de Saintes et de la société Balcia Insurance SE, qui ne sont pas les parties perdantes au présent litige, les sommes demandées par les sociétés Legrand Bâtisseurs, B F, XL Insurance SE, D, Mandon et Fils, C, mutuelle des architectes de France et par M. E. Pour les mêmes motifs, les demandes dirigées contre les sociétés Axa IARD, XL Insurance Company SE, D, mutuelle des architectes de France, Acte IARD, Mandon et Fils, C et B F doivent également être rejetées.

46. En deuxième lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des sociétés Legrand Bâtisseurs, I et à M. A E la somme de 1 000 euros chacune à verser à la communauté d'agglomération de Saintes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ces dernières le versement, d'une somme de 400 euros chacun à Balcia Insurance SE en application de ces dispositions. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux autres demandées formulées au titre de ces dispositions contre ces sociétés et M. E.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre les sociétés Axa IARD, XL Insurance Company SE, D, mutuelle des architectes de France et Acte IARD sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre.

Article 2 : La société Legrand Bâtisseurs, la L I et M. A E sont condamnés in solidum à verser à la communauté d'agglomération de Saintes la somme de 150 955,32 euros toutes taxes comprises, avec intérêts au taux légal à compter du 22 juin 2022. Les intérêts échus à la date du 10 juin 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : La société Legrand Bâtisseurs, la L I et M. A E sont condamnés in solidum à verser la société Balcia Insurance SE la somme de 36 708,4 euros toutes taxes comprises.

Article 4 : La société Legrand Bâtisseurs est condamnée à garantir M. A E à hauteur de 80% des condamnations visées aux articles 2 et 3 du présent dispositif.

Article 5 : La société I est condamnée à garantir la société Legrand Bâtisseurs, et M. A E à hauteur de 15% des condamnations visées aux articles 2 et 3 du présent dispositif.

Article 6 : M. A E est condamné à garantir la société Legrand Bâtisseurs à hauteur de 5% des sommes visées aux articles 2 et 3 du présent dispositif.

Article 7 : La société Legrand Bâtisseurs, la société I et M. A E verseront la somme de 1 000 euros chacun à la communauté d'agglomération de Saintes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : La société Legrand Bâtisseurs, la société I et M. A E verseront la somme de 400 euros chacun à la société Balcia Insurance SE au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le surplus de conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération de Saintes, à Balcia Insurance SE, à la société Legrand Bâtisseurs, à la L I, à la SAS B F, à la SA Axa France IARD, à la K, à la D, à la L Mandon et Fils, à la L C, à la mutuelle des architectes français, à la société XL Insurance Company SE et à M. A E.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

M. Tiberghien, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

P. TIBERGHIENLe président,

Signé

P. CRISTILLE

Le greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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