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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201634

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201634

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201634
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022 sous le n° 2201634, Mme D F, représentée Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 3 mai 2022 de la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui notifiant un trop perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 294,89 euros au titre de la période de mars 2019 à janvier 2022 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de la Vienne une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de rejet de son recours préalable a été signée par une autorité incompétente ;

- la caisse d'allocations familiales ne l'a pas informée de l'usage du droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- la décision de rejet de son recours préalable a été prise sans que l'avis de la commission de recours amiable ne soit sollicité ce qui l'a privée d'une garantie et a eu une influence sur le sens de la décision ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que les décisions en litige sont insuffisamment motivées en droit et en fait et qu'elle n'a pas pu utilement faire valoir ses observations dans le cadre d'une procédure contradictoire, alors que le rapport d'enquête de l'agent contrôleur, sur lequel le département a fondé l'indu en litige, ne lui a pas été communiqué ;

- l'administration a considéré à tort qu'elle menait une vie de couple stable et continue avec M. A ; la décision est ainsi entachée d'une erreur de droit et d'appréciation ;

- la volonté de frauder n'est pas établie ; sa bonne foi est d'autant plus certaine que les services de la caisse d'allocations familiales et du département étaient tenus à une obligation particulière d'information ;

- elle peut se prévaloir du droit à l'erreur consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration n'établissant pas une situation de fraude, la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée ;

- à titre subsidiaire, sa bonne foi justifie une remise de tout ou partie de la dette restante ou son échelonnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, le département de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

II. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le n° 2201808, Mme D F, représentée Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours préalable formé le 6 mai 2022 contre la décision 3 mai 2022 lui notifiant un indu d'allocation logement pour un montant de 2 173 euros ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de rejet de son recours préalable a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision de récupération de l'indu méconnait les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- la preuve de l'assermentation de l'agent en charge du contrôle n'est pas apportée ;

- la caisse d'allocations familiales ne l'a pas informée de l'usage du droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- la décision de rejet de son recours préalable a été prise sans que l'avis de la commission de recours amiable ne soit sollicité ce qui l'a privée d'une garantie ;

- le décompte de la créance n'est pas produit ;

- l'administration a procédé à des retenues mensuelles sur ses prestations alors que l'indu était contesté ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que les décisions en litige sont insuffisamment motivées en droit et en fait et qu'elle n'a pas pu utilement faire valoir ses observations dans le cadre d'une procédure contradictoire, alors que le rapport d'enquête de l'agent contrôleur sur lequel le département a fondé l'indu en litige ne lui a pas été communiqué ;

- l'administration a considéré à tort qu'elle menait une vie de couple stable et continue avec M. A ;

- à titre subsidiaire : la volonté de frauder n'est pas établie ; elle peut se prévaloir du droit à l'erreur consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration n'établissant pas une situation de fraude, la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée ;

- à titre infiniment subsidiaire : sa bonne foi justifie une remise de tout ou partie de la dette restante ou son échelonnement.

Par un mémoire enregistré le 29 octobre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la décharge accordée à l'intéressée soit limitée à 10% des sommes dues et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

III. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le n° 2201809, Mme D F, représentée Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 228,67 euros au titre de l'année 2019 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 31 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de récupération de l'indu méconnait les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- la caisse d'allocations familiales de l'a pas informée de l'usage du droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles limite la procédure de récupération par prélèvement sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de revenu de solidarité active avec laquelle la prime de Noël ne se confond pas ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que la décision de récupération de l'indu n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- l'administration a considéré à tort qu'elle menait une vie de couple stable et continue avec M. A ;

- à titre subsidiaire : la volonté de frauder n'est pas établie ; elle peut se prévaloir du droit à l'erreur consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration n'établissant pas une situation de fraude, la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée ;

- à titre infiniment subsidiaire : sa bonne foi justifie une remise de tout ou partie de la dette restante ou son échelonnement.

Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la décharge accordée à l'intéressée soit limitée à 10% des sommes dues et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 août 2022.

IV. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le n° 2201810, Mme D F, représentée Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 228,67 euros au titre de l'année 2020 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 31 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de récupération de l'indu méconnait les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- la caisse d'allocations familiales de l'a pas informée de l'usage du droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles limite la procédure de récupération par prélèvement sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de revenu de solidarité active avec laquelle la prime de Noël ne se confond pas ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que la décision de récupération de l'indu n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- l'administration a considéré à tort qu'elle menait une vie de couple stable et continue avec M. A ;

- à titre subsidiaire : la volonté de frauder n'est pas établie ; elle peut se prévaloir du droit à l'erreur consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration n'établissant pas une situation de fraude, la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée ;

- à titre infiniment subsidiaire : sa bonne foi justifie une remise de tout ou partie de la dette restante ou son échelonnement.

Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la décharge accordée à l'intéressée soit limitée à 10% des sommes dues et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 août 2022.

V. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le n° 2201811, Mme D F, représentée Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre du mois de novembre 2020 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 31 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de récupération de l'indu méconnait les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- la caisse d'allocations familiales de l'a pas informée de l'usage du droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles limite la procédure de récupération par prélèvement sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de revenu de solidarité active avec laquelle l'aide exceptionnelle de solidarité ne se confond pas ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que la décision de récupération de l'indu n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- l'administration a considéré à tort qu'elle menait une vie de couple stable et continue avec M. A ;

- à titre subsidiaire : la volonté de frauder n'est pas établie ; elle peut se prévaloir du droit à l'erreur consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration n'établissant pas une situation de fraude, la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée ;

- à titre infiniment subsidiaire : sa bonne foi justifie une remise de tout ou partie de la dette restante ou son échelonnement.

Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la décharge accordée à l'intéressée soit limitée à 10% des sommes dues et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 août 2022.

VI. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022 sous le n° 2201812, Mme D F, représentée Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales a rejeté son recours administratif préalable formé le 6 mai 2022 contre la décision du 3 mai 2022 lui notifiant un trop perçu de prime d'activité d'un montant de 1 204,12 euros au titre de la période de février 2021 à février 2022 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de la Vienne une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de récupération de l'indu méconnait les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique ;

- la preuve de l'assermentation de l'agent en charge du contrôle n'est pas apportée ;

- la caisse d'allocations familiales ne l'a pas informée de l'usage du droit de communication prévu à l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- la décision de rejet de son recours préalable a été prise sans que l'avis de la commission de recours amiable ne soit sollicité ce qui l'a privée d'une garantie et a eu une influence sur le sens de la décision ;

- le décompte de la créance n'est pas produit ;

- l'administration a procédé à des retenues mensuelles sur ses prestations alors que l'indu était contesté ;

- les droits de la défense ont été méconnus dès lors que les décisions en litige sont insuffisamment motivées en droit et en fait et qu'elle n'a pas pu utilement faire valoir ses observations dans le cadre d'une procédure contradictoire alors que le rapport d'enquête de l'agent contrôleur, sur lequel le département a fondé l'indu en litige, ne lui a pas été communiqué ;

- l'administration a considéré à tort qu'elle menait une vie de couple stable et continue avec M. A ;

- à titre subsidiaire : la volonté de frauder n'est pas établie ; elle peut se prévaloir du droit à l'erreur consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration n'établissant pas une situation de fraude, la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée ;

- à titre infiniment subsidiaire : sa bonne foi justifie une remise de tout ou partie de la dette restante ou son échelonnement.

Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la décharge accordée à l'intéressée soit limitée à 10% des sommes dues et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Carré, représentant la caisse d'allocations familiales de la Vienne, qui a repris ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Vienne a notifié à Mme F un trop perçu de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année, d'aide exceptionnelle de solidarité, d'allocation de soutien familial, de prime d'activité et d'allocation logement familiale d'un montant total de 21 565,65 euros au titre de la période de mars 2019 à janvier 2022. Par la requête n° 2201634, Mme F demande l'annulation de la décision du 14 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable en ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 294,89 euros. Par la requête n° 2201808, elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable formé le 6 mai 2022 contre la décision 3 mai 2022 en tant qu'elle lui notifie un indu d'allocation logement familiale pour un montant de 2 173 euros. Par les requêtes n° 2201809 et n° 2201810, Mme F demande l'annulation de la décision du 3 mai 2022 précitée en tant qu'elle lui notifie des indus de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 228,67 euros au titre de l'année 2019 et de 228,67 euros au titre de l'année 2020. Par la requête n° 2201811, elle demande l'annulation de la décision du 3 mai 2022 précitée en tant qu'elle lui notifie un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros au titre du mois de novembre 2020. Par la requête n° 2201812, elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable formé le 6 mai 2022 contre la décision du 3 mai 2022 lui notifiant un trop perçu de prime d'activité d'un montant de 1 204,12 euros.

2. Les requêtes n° 2201634, 2201808, 2201809, 2201810, 2201811, 2201812 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'office du juge :

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide au logement, de prime d'activité, de revenu de solidarité active ou de prime exceptionnelle de fin d'année ou d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

Sur l'indu de revenu de solidarité active :

En ce qui concerne la régularité et le bien-fondé de l'indu :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

6. Il résulte de l'instruction que la décision du 14 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme F a été signée par Mme G E, cheffe du service RSA du département de la Vienne, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du 22 décembre 2021, régulièrement publiée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale prévoit que le droit de communication permet à certains agents des organismes de sécurité sociale d'obtenir, auprès de personnes publiques et privées que l'article L. 114-20 du même code désigne par renvoi au livre des procédures fiscales, sans que le secret professionnel ne s'y oppose, les documents et informations nécessaires à l'exercice des missions de contrôle ou de recouvrement de prestations indûment versées qu'il définit. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale dispose que l'organisme ayant usé de ce droit est tenu d'informer la personne à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, " de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision " et qu'il doit communiquer, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie de ces documents à la personne qui en fait la demande.

8. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête établi le 2 mars 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la requérante a bien été informée lors d'un entretien, de la mise en œuvre du droit de communication dévolu à la caisse mais aussi par un courrier qui lui a été adressé le 21 janvier 2022 dans le cadre de la procédure contradictoire. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige, faute d'information sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; () 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 ; () ". L'article R. 262-60 de ce code dispose que : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; () ". Enfin, l'article R. 262-89 du même code prévoit que : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".

10. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active formées auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. Les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ne font pas obstacle à ce qu'une convention de gestion exclut la consultation de la commission de recours amiable.

11. Il résulte de l'instruction que la convention de gestion en matière de revenu de solidarité active conclue le 1er janvier 2018 entre le département de la Vienne et la caisse d'allocations familiales de la Vienne, applicable au litige, prévoit, en son article 3.2, que le département est compétent pour examiner les recours administratifs préalables obligatoires sans que l'avis préalable de la commission de recours amiable ne soit requis. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine de la commission de recours amiable.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

13. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

14. La décision de rejet du recours administratif préalable du 14 juin 2022 mentionne les dispositions des articles L. 262-3 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles sur lesquelles elle se fonde. Elle indique qu'à l'issue d'un contrôle par un agent assermenté qui a rédigé un rapport d'enquête daté du 2 mars 2022, il a été considéré que Mme F vivait maritalement en couple avec M. A du 1er novembre 2017 au 14 janvier 2022 et non pas en colocation avec ce dernier contrairement à ses déclarations. La décision du 14 juin 2022, qui se substitue à la décision de récupération de l'indu du 3 mai 2022, est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait et a permis à Mme F d'en contester utilement les termes.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction ().

16. Les dispositions du code des relations entre le public et l'administration citées au point précédent, qui fixent des règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne sauraient utilement être invoquées à l'encontre d'une décision de répétition d'indu d'allocation de revenu de solidarité active, dès lors que l'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la communication du rapport de contrôle de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales à l'allocataire. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas bénéficié d'une procédure contradictoire ou que les droits de la défense auraient été méconnus.

17. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 de ce code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-7 de ce code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

18. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

19. Pour prendre la décision de récupération de l'indu en litige, l'administration a considéré que Mme F menait une vie stable et continue avec M. A du 1er novembre 2017 au 14 janvier 2022, dont elle avait indiqué être séparée depuis le mois de juin 2017, et non pas en colocation avec ce dernier contrairement à ses déclarations. Pour l'établir, l'administration s'est fondée sur un rapport d'enquête daté du 2 mars 2022 rédigé par un agent assermenté qui a constaté que les intéressés ont partagé quatre adresses communes différentes pour une colocation alléguée qui a duré plusieurs années, que le loyer et les charges ne sont acquittés que par un seul des deux colocataires allégués, à savoir Mme F, alors que les retraits d'argents effectués par M. A ne permettent pas de combler la moitié des dépenses liées à leur logement commun et, enfin, que le contrat d'assurance du logement n'est souscrit qu'au nom de cette dernière. La requérante n'apporte pas d'élément pour contester sérieusement le constat de cette vie de couple stable et continue. Par suite, le président du conseil départemental de la Vienne a pu, à bon droit, lui réclamer le reversement des sommes indûment perçues au titre du revenu de solidarité active pour l'ensemble de la période concernée.

20. En septième lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le Conseil départemental en recouvrement des sommes indûment payées ".

21. Mme F, qui a délibérément omis de déclarer sa vie maritale, doit être regardée comme ayant réalisé de fausses déclarations au sens de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir de la prescription biennale de l'action en récupération de l'indu de revenu de solidarité active.

22. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction pécuniaire ou consistant à la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invité à le faire par l'administration dans le délai que celui-ci a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 123-2 du même code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. En cas de contestation, la preuve de la mauvaise foi et de la fraude incombe à l'administration ".

23. La décision par laquelle un trop-perçu de prestations est notifiée à l'allocataire, sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, Mme F ne peut utilement invoquer un droit à l'erreur, prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, pour contester l'indu en litige.

En ce qui concerne la demande de remise gracieuse et de délais de paiement :

24. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

25. Mme F sollicite, à titre subsidiaire, la remise totale, à titre gracieux, des sommes qui lui sont réclamées. Toutefois, il résulte de ce qui précède que l'indu en litige en cause trouve sa cause dans de fausses déclarations de situation et de revenus. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge administratif d'octroyer des délais de paiement.

26. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme F doivent être rejetées, y compris par voie de conséquence ses conclusions à fin de décharge et d'injonction.

Sur l'indu d'allocation de logement familiale :

27. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; () ". Aux termes de l'article L. 825-2 du même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées ".

28. La caisse d'allocations familiales de la Vienne ne conteste pas que la commission de recours amiable n'a pas été saisie pour avis avant la naissance de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable formé le 6 mai 2022 par Mme F contre la décision 3 mai 2022 lui notifiant l'indu d'allocation logement familiale en litige. Une telle omission de consultation préalable, qui a privé Mme F d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision en litige.

29. Il résulte de ce qui précède que la décision de rejet implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire du 6 mai 2022 formé par Mme F par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a maintenu à sa charge l'indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 2 173 euros doit être annulé, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres moyens de la requête n° 2201808.

30. Le présent jugement, qui annule pour un vice de procédure la décision en litige implique que Mme F doit être déchargée de l'obligation de payer l'indu d'allocation de logement familiale en litige, sauf à ce que l'administration reprenne régulièrement une nouvelle décision de récupération de l'indu.

31. Le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Vienne de réexaminer la situation de Mme F. Les conclusions à fin d'injonction présentées à ce titre doivent par suite être rejetées.

Sur les indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité :

32. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année et de l'aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

33. La décision du 3 mai 2022 de récupération des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité en litige indique la nature des prestations indument versées, la période concernée et le montant global des sommes réclamées. Elle mentionne qu'il ressort du rapport d'enquête que Mme F n'a pas déclaré sa vie maritale avec M. A. Elle ne comporte toutefois aucune motivation en droit. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision est insuffisamment motivée et méconnait les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 12.

34. Il résulte de ce qui précède que la décision du 3 mai 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne doit être annulée en tant qu'elle notifie à Mme F des indus de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 228,67 euros au titre des années 2019 et 2020 et d'aide exceptionnelle de solidarité de 150 euros au titre de l'année, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres moyens des requêtes n° 2201809, 2101810 et 2101811.

35. Le présent jugement, qui annule pour un vice de forme la décision en litige implique que F soit déchargée de l'obligation de payer les indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité en litige, au titre du mois de novembre 2020, sauf à ce que l'administration reprenne régulièrement une nouvelle décision de récupération de l'indu.

Sur l'indu de prime d'activité :

36. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / () ". Aux termes de l'article R. 847-2 du même code : " Le recours préalable mentionné à l'article L. 845-2 est adressé par la personne concernée à la commission de recours amiable dans le délai prévu à l'article R. 142-1. / La personne concernée peut considérer sa demande comme rejetée dans le délai prévu à l'article R. 142-6, et se pourvoir, le cas échéant, devant le tribunal administratif dans le délai prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative. / () ".

37. Il résulte des dispositions de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale citées ci-dessus que les réclamations dirigées contre une décision relative à la prime d'activité sont examinées par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales. La décision ainsi prise par la commission de recours amiable se substitue à la décision initiale de récupération de l'indu.

38. La caisse d'allocations familiales de la Vienne ne conteste pas que la commission de recours amiable n'a pas été saisie pour avis avant la naissance de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable formé le 6 mai 2022 par Mme F contre la décision 3 mai 2022 lui notifiant l'indu de prime d'activité en litige. Une telle omission de consultation préalable, qui a privé Mme F d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision en litige.

39. Il résulte de ce qui précède que la décision de rejet implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire du 6 mai 2022 formé par Mme F par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a maintenu à sa charge l'indu d'allocation de prime d'activité d'un montant de 1 204,12 euros doit être annulé, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres moyens de la requête n° 2201812.

40. Le présent jugement, qui annule pour un vice de procédure la décision en litige implique que Mme F soit déchargée de l'obligation de payer l'indu de prime d'activité en litige, sauf à ce que l'administration reprenne régulièrement une nouvelle décision de récupération de l'indu.

Sur les frais liés aux instances :

En ce qui concerne la requête n° 2201634 :

41. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mis à la charge du département de la Vienne, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n° 2201634, la somme que Mme F réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

En ce qui concerne les requêtes n° 2201808 et 2201812 :

42. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mis à la charge de Mme F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

43. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne le versement à Me Desfarges, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la somme globale de 1 080 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

En ce qui concerne les requêtes n° 2201809, 2201810 et 22018011 :

44. Il résulte des décrets des 10 décembre 2019 et 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite et du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires susvisés, que les décisions de récupération d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité prises par les caisses d'allocations familiales en matière d'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2021 le sont au nom de l'Etat.

45. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mis à la charge de Mme F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

46. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Desfarges, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la somme globale de 1 080 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2201634 de Mme F est rejetée.

Article 2 : La décision du 3 mai 2022 du directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne est annulée en tant qu'elle notifie à Mme F des indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité.

Article 3 : Les décisions par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a implicitement rejeté les recours administratifs préalables obligatoires formés le 6 mai 2022 par Mme F contre l'indu de prime d'activité et d'allocation de logement familiale mis à sa charge par décision du 3 mai 2022 sont annulées.

Article 4 : Mme F est déchargée de l'obligation de payer les indus de prime exceptionnelle de fin d'année, d'aide exceptionnelle de solidarité, de prime d'activité et d'allocation de logement familiale mentionnées aux articles 2 et 3.

Article 5 : L'Etat et la caisse d'allocations familiales de la Vienne verseront chacun une somme de 1 080 euros à Me Desfarges, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, au département de la Vienne, à la caisse d'allocations familiales de la Vienne, à la ministre du travail et de l'emploi, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et à Me Desfarges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. CLe greffier,

signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, à la ministre du travail et de l'emploi et au préfet de la Vienne en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef

signé

S. GAGNAIRE

2, 2201808, 2201809, 2201810, 2201811, 220181

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