jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201749 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SELARL LELONG DUCLOS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 juillet 2022 et le 10 juin 2024, Mme E A, représentée par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 mai 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 28 mars 2022 lui notifiant un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 5 075 euros au titre de la période de janvier à novembre 2021 ;
2°) de la décharger de la somme de 5 075 euros correspondante ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne ou de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 19 mai 2022 prise sur recours administratif préalable a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a jamais pu présenter des observations écrites ou orales avant que n'intervienne la décision initiale de récupération de l'indu du 28 mars 2022 de sorte qu'elle a été privée d'une garantie ; elle n'a par ailleurs pas été informée de la possibilité de se faire assister par un conseil ou un représentant de son choix tant à l'occasion de la décision du 28 mars 2022 que de celle du 19 mai 2022 ; elle a ainsi été privée d'une garantie tendant à la méconnaissance des droits de la défense ;
- la décision de récupération de l'indu méconnait les dispositions de l'article L. 822-4 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle ne loue ni ne sous-loue en partie ou en totalité à un tiers sa résidence.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, et une pièce complémentaire enregistrée le 23 février 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Lelong qui a repris ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande l'annulation de la décision du 19 mai 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 28 mars 2022 lui notifiant un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 5 075 euros au titre de la période de janvier à novembre 2021.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité de la décision de récupération de l'indu :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur :/ 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement ;/ 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable ". Enfin, l'article R. 825-2 du même code dispose que le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable, par des décisions motivées.
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation qu'en cas de contestation d'une aide personnelle au logement, l'autorité compétente pour statuer en dernier ressort n'est pas la commission de recours amiable, laquelle ne rend qu'un avis, mais le directeur de l'organisme payeur après avis de ladite commission.
7. La décision en litige a été prise le 19 mai 2022 pour la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne par délégation par Mme D B, assistante technique du Pôle juridique, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par une lettre de mission et de délégation du 1er septembre 2017, laquelle n'est soumise à aucune formalité particulière de publication. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions des organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole de salariés ou de non-salariés ordonnant le reversement des prestations sociales indûment perçues sont motivées. Elles indiquent les voies et délais de recours ouverts à l'assuré, ainsi que les conditions et les délais dans lesquels l'assuré peut présenter ses observations écrites ou orales. Dans ce dernier cas, l'assuré peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ". Selon l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ".
9. Il résulte de l'instruction que par une décision du 28 mars 2022, la caisse d'allocations familiales la Vienne a notifié à Mme A l'indu d'aide personnelle au logement en litige, que cette décision indique les voies et délais de recours et que Mme A a exercé un recours administratif préalable obligatoire le 5 avril 2022 à l'occasion duquel elle a pu faire part de ses observations écrites. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante a été privée de la garantie d'une procédure contradictoire ou que les droits de la défense n'auraient pas été respectés, quand bien même la décision du 28 mars 2022 ne précisait pas que l'intéressée avait la possibilité de se faire assister d'un avocat pour présenter ses observations orales.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu :
10. Aux termes des dispositions de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation: " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : 1° Les personnes de nationalité française ; () / II.- Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale. Les sous-locataires, sous les mêmes conditions, peuvent également en bénéficier ". Aux termes de l'article L. 822-4 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ne sont pas dues si le local est loué ou sous-loué en partie à des tiers, sauf s'il s'agit d'une personne âgée ou handicapée adulte qui a passé un contrat conforme aux dispositions de l'article L. 442-1 du code de l'action sociale et des familles ou d'une personne de moins de trente ans. / Pour l'attribution d'une aide personnelle au logement, ces personnes sont assimilées à des locataires, au titre de la partie du logement qu'elles occupent./Toutefois, les conditions fixées à l'article L. 822-3 du présent code s'appliquent également au locataire, au sous-locataire et au propriétaire./ Pour l'attribution d'une aide personnelle au logement, en cas d'intermédiation locative et en cas d'application des dispositions de l'article L. 442-8-1 du présent code prévoyant une sous-location totale du logement, le sous-locataire est assimilé au locataire. ".
11. Il résulte de l'instruction que le logement dans lequel réside Mme A ne lui est loué qu'en partie, la cuisine, le garage et le jardin étant partagés entre le bailleur, propriétaire du logement et la locataire. Dès lors qu'il n'est pas contesté que Mme A ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 822-4 du code de la construction et de l'habitation, elle n'avait ainsi pas droit à percevoir l'aide personnelle au logement en litige, quand bien même elle était locataire du bien et non pas propriétaire. La caisse d'allocations familiales de la Vienne n'a donc pas fait une inexacte application de ces dispositions en considérant que l'aide personnelle au logement qui lui a été versée au titre de la période de janvier à novembre 2021 ne lui était pas due.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision du 19 mai 2022 demandant à Mme A le remboursement d'un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 5 075 euros ne peuvent qu'être rejetées ainsi que celles aux fins de décharge de cette somme.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme A.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. CLa greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026