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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201766

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201766

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201766
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI PICHON - GIREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 19 juillet 2022 et le 13 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Pichon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 avril 2022 par laquelle la rectrice de la région académique Nouvelle-Aquitaine a rejeté sa demande tendant au retrait de la décision du 27 novembre 2019 du président de l'université de La Rochelle lui infligeant une sanction d'exclusion de 6 mois ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 000 euros au titre des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la décision du 27 novembre 2019 n'est pas un jugement ;

- en prenant la décision litigieuse, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- le préjudice moral et la perte de chance subis doivent être réparés à hauteur de 6 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 3 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête de M. B est irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 2020-785 du 26 juin 2020 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Pichon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le président de l'université de la Rochelle a engagé des poursuites contre M. B, alors étudiant en master 2 " droit, économie, gestion - mention gestion " au titre de l'année universitaire 2018-2019, devant la section disciplinaire du conseil académique de l'université, pour des faits de plagiat dans son mémoire de recherche. Par une décision du 27 novembre 2019, cette section disciplinaire a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire pour une durée de six mois. Par une décision du 20 mai 2020, le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche, statuant en formation disciplinaire, a rejeté la demande présentée par M. B tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de cette décision comme étant dépourvue d'objet, son appel contre la sanction infligée en première instance étant suspensif. Par une ordonnance du 23 décembre 2020, le Conseil d'Etat a rejeté son pourvoi en cassation comme manifestement irrecevable. Le 24 février 2022, M. B a sollicité le retrait de la décision du 27 novembre 2019. Par une décision du 11 avril 2022, la rectrice de la région académique Nouvelle-Aquitaine a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, si l'article 33 de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique a modifié les dispositions du code de l'éducation relatives à la procédure disciplinaire applicable aux étudiants et en a supprimé le caractère juridictionnel, le X de l'article 94 de cette loi a prévu que les articles L. 232-2, L. 232-3, L. 232-7, L. 712-6-2 et L. 811-5 du code de l'éducation, dans leur rédaction antérieure à l'article 33, demeurent applicables aux procédures en cours à la date de publication de cette loi, ainsi qu'aux appels formés contre les décisions disciplinaires intervenues avant la date de publication de cette loi devant le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Et, aux termes de l'article 15 du décret du 26 juin 2020 relatif à la procédure disciplinaire dans les établissements publics d'enseignement supérieur, pris pour l'application de ces dispositions législatives : " Les dispositions de la section 2 du chapitre II du titre III du livre II de la partie réglementaire du code de l'éducation, dans leur rédaction antérieure au présent décret, demeurent applicables aux procédures engagées devant les sections disciplinaires compétentes à l'égard des usagers avant la publication du présent décret ainsi qu'aux appels formés devant le Conseil national de l'enseignement et de la recherche contre les décisions intervenues dans ces procédures () ". Il en résulte que les dispositions législatives retirant aux procédures disciplinaires engagées à l'encontre des étudiants leur caractère juridictionnel ne sont entrées en vigueur que le 28 juin 2020, le lendemain de la publication du décret du 26 juin 2020 pris pour leur application. En l'espèce, la procédure ayant donné lieu à la sanction prononcée le 27 novembre 2019 à l'encontre de M. B ayant été engagée avant cette date, ces nouvelles dispositions ne lui sont pas applicables.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 712-6-2 du code de l'éducation, dans sa version applicable à la décision du 27 novembre 2019 : " Le pouvoir disciplinaire à l'égard des enseignants-chercheurs, enseignants et usagers est exercé en premier ressort par le conseil académique de l'établissement constitué en section disciplinaire " et aux termes de l'article R. 712-43 de ce code : " L'appel et l'appel incident peuvent être formés devant le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche, statuant en matière disciplinaire contre les décisions des sections disciplinaires des universités, par les personnes à l'encontre desquelles ces décisions ont été rendues () L'appel est formé dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions que la sanction que le conseil académique, constitué en formation disciplinaire, de l'université de La Rochelle a infligée à M. B a été prise dans l'exercice des attributions juridictionnelles que la loi conférait, à cette date, en premier ressort aux universités. La décision du 27 novembre 2019 constitue dès lors une décision juridictionnelle.

4. En premier lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, qui refuse de retirer une décision juridictionnelle, est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne fait pas partie des décisions soumises à une telle obligation en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni d'aucune autre disposition. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration est tenue de procéder, selon le cas, à l'abrogation ou au retrait d'une décision créatrice de droits si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait peut intervenir dans le délai de quatre mois suivant l'édiction de la décision. ". Aux termes de l'article L. 243-3 de ce code : " L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction. ". Aux termes de l'article L. 243-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 243-3, une mesure à caractère de sanction infligée par l'administration peut toujours être retirée. ".

6. En l'espèce, la décision du 27 novembre 2019 dont M. B a sollicité le retrait est une décision juridictionnelle et non un acte administratif. Par suite, la rectrice de la région académique Nouvelle-Aquitaine n'était pas compétente pour retirer cette décision. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit entachant la décision refusant de procéder à ce retrait doivent être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 avril 2022 par laquelle la rectrice de la région académique Nouvelle-Aquitaine a rejeté sa demande tendant au retrait de la décision du 27 novembre 2019 du président de l'université de La Rochelle lui infligeant une sanction d'exclusion de 6 mois.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 avril 2022 de la rectrice de la région académique Nouvelle-Aquitaine sont rejetées, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'Etat aurait commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité. Il en résulte que les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à verser à M. B la somme de 6 000 euros à titre de réparation des préjudices qu'il estime avoir subis doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pichon et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Dumont, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

La présidente,

Signé

I. LE BRIS

Le greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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