jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201775 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - JU |
| Avocat requérant | DEHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Dehan, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de deux points sur son permis de conduire à la suite de l'infraction du 30 mars 2007.
Il soutient que :
-la décision de retrait de points ne lui a jamais été notifiée ;
-pour l'ensemble des infractions constatées, l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de production de la décision attaquée ;
- la requête est irrecevable dès lors que la décision constatant la perte de validité du permis pour solde de points nul est devenue définitive ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de deux points sur son permis de conduire à la suite de l'infraction du 30 mars 2007.
2. D'une part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
3. D'autre part, des conclusions tendant à l'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points d'un permis de conduire sont dépourvues d'objet si la décision par laquelle ce ministre a constaté la perte de validité de ce permis pour solde de points nul est devenue définitive.
4. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de M. A que celui-ci a restitué son titre de conduite aux services préfectoraux le 9 avril 2010. Une telle circonstance révèle qu'il a eu connaissance, au plus tard à cette date, de la décision antérieure constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, faute d'avoir été contestée dans un délai raisonnable à compter du 9 avril 2010, cette décision était devenue définitive à la date du 20 juillet 2022 à laquelle M. A a saisi le tribunal de conclusions tendant à l'annulation d'une décision de retrait de deux points qui y a concouru. Dans ces conditions, ses conclusions sont dépourvues d'objet à la date à laquelle elles ont été présentées et sont, par suite irrecevables. La fin de non-recevoir soulevée par le ministre doit par conséquent être accueillie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.
DECIDE :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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