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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201857

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201857

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201857
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, la SARL Maisons charentaises, représentée par Me Thibaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 février 2022 par laquelle la préfète de la Charente a refusé de lui accorder un permis de construire pour la réalisation d'un village senior de seize habitations et d'une maison des associations sur trois parcelles cadastrées section A n°607, 557 et 555, situées route de la Garenne au lieu-dit " Le Château d'Aunac " sur le territoire de la commune d'Aunac-sur-Charente, ainsi que la décision du 27 juin 2022 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 22 février 2022 est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) n'a pas été saisie sur le projet en litige, la date de l'avis étant antérieur à la demande de dépôt du permis de construire ; elle est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle considère que l'avis de la CDPENAF est un avis conforme alors que la délibération du conseil municipal est postérieure à cet avis ; elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle précise à tort que la CDPENAF a émis un avis défavorable alors que la demande aurait dû lui être soumise par le maire sur autorisation de la délibération du conseil municipal du 24 janvier 2022 faisant ainsi naître une décision réputée favorable ;

- elle est entachée d'une erreur de fait relative à la délibération du conseil municipal de la commune d'Aunac-sur-Charente du 24 février 2022 en ce qu'elle considère, d'une part, que cette délibération ne justifierait pas de l'intérêt de la commune pour ce projet en dehors de ses parties urbanisées et, d'autre part, que cette délibération est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la situation des parcelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 28 mai 2024, après la clôture de l'instruction, la SARL Maisons charentaises déclare se désister de sa requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant la préfète de la Charente.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 octobre 2021, la SARL Maisons charentaises a déposé, auprès de la commune d'Aunac-sur-Charente, une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la réalisation d'un village senior de seize habitations et d'une maison des associations sur trois parcelles cadastrées section A n°607, 557 et 555, situées route de la Garenne au lieu-dit " Le Château d'Aunac ". Le 22 décembre 2021, le pétitionnaire a déposé, auprès de la commune d'Aunac sur Charente, une demande de permis de construire visant à mettre en œuvre ce même projet. Par un arrêté du 10 janvier 2022, la préfète de la Charente a rendu un certificat d'urbanisme négatif. Par une délibération du 24 janvier 2022, le conseil municipal de la commune d'Aunac-sur-Charente, a donné un avis favorable sur le fondement du 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme au projet. Par arrêté du 22 février 2022, la préfète de la Charente a refusé d'accorder à la SARL Maisons charentaises le permis de construire sollicité. La SARL Maisons charentaises demande l'annulation de cette décision ainsi que de la décision du 27 juin 2022 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : () 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 101-2 et aux dispositions des chapitres I et II du titre II du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par les dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

4. Les parcelles constituant le terrain d'assiette du projet sont situées en second rideau, à la limite entre la partie urbanisée de la commune d'Aunac-sur-Charente au Sud, qui longe la rue de la Charente et de la rue de la garenne, et de vastes espaces agricoles et naturels qui s'étendent au Nord. Compte tenu de l'importance du terrain d'assiette du projet d'un superficie totale d'environ 13 320 m² et du nombre de constructions projetées (seize maisons seniors et une maison des associations), le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme en considérant que le projet en litige constituerait une extension de la partie actuellement urbanisée de la commune de sorte que le projet ne pouvait être autorisé que si les conditions de la dérogation prévue au 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme étaient remplies.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme : " La construction de bâtiments nouveaux mentionnée au 1° de l'article L. 111-4 et les projets de constructions, aménagements, installations et travaux mentionnés aux 2° et 3° du même article ayant pour conséquence une réduction des surfaces situées dans les espaces autres qu'urbanisés et sur lesquelles est exercée une activité agricole ou qui sont à vocation agricole doivent être préalablement soumis pour avis par l'autorité administrative compétente de l'Etat à la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. La délibération mentionnée au 4° de l'article L. 111-4 est soumise pour avis conforme à cette même commission départementale. Cet avis est réputé favorable s'il n'est pas intervenu dans un délai d'un mois à compter de la saisine de la commission ".

6. Dès lors qu'il n'est pas contesté que le permis de construire en litige porte sur un projet en tout point identique, le préfet pouvait fonder la décision en litige sur l'avis conforme défavorable émis le 16 décembre 2021 par la CDPENAF s'agissant de la demande de certificat d'urbanisme opérationnel déposée par la société requérante, quand bien même cet avis est antérieur au dépôt de la demande de permis de construire intervenu le 22 décembre 2021 et à la délibération du conseil municipal d'Aunac-sur-Charente du 24 janvier 2022 portant sur ce projet. Les moyens tirés de ce que la décision en litige serait entachée d'un vice de procédure, d'une erreur de fait ou de droit pour défaut de saisine de la CDEPENAF doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, lorsque la commune se fonde, pour estimer, par délibération motivée du conseil municipal, qu'un intérêt communal justifie l'octroi d'un permis de construire, en application des dispositions du 4° de l'article L. 111-4, sur la nécessité d'éviter une diminution de sa population, il appartient au juge de vérifier, au vu de l'ensemble des données démographiques produites, que l'existence d'une perspective de diminution de cette population est établie.

8. La délibération favorable du 24 janvier 2022 du conseil municipal d'Aunac-sur-Charente se borne à indiquer que " il est de l'intérêt pour la commune de disposer d'habitations neuves permettant à des familles de s'installer sur le territoire communal ", alors que la commune n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'une perspective de diminution de la population communale. Le préfet n'a par suite pas fait une inexacte application des dispositions du 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme en considérant que la délibération précitée ne répond pas à la condition de motivation de l'intérêt communal.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme auquel renvoient les disposition du 4° de l'article L. 111-4 du même code : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : () 6° La protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des écosystèmes, des espaces verts ainsi que la création, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques ; () ".

10. Alors que le terrain d'assiette du projet est situé à la limite entre un secteur urbain de type pavillonnaire récent et un secteur agricole sans intérêt paysager ou écologique particulier, quand bien même celui-ci comporterait des parcelles boisées, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet composé de seize maisons de type T3 et d'une maison commune, reprenant les codes de l'architecture locale, porterait atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages au sens des dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme. La préfète de la Charente ne pouvait donc pas pour ce motif refuser le permis de construire en litige.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme : " En dehors des parties urbanisées des communes, le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation ou sa destination : 1° A favoriser une urbanisation dispersée incompatible avec la vocation des espaces naturels environnants, en particulier lorsque ceux-ci sont peu équipés ; 2° A compromettre les activités agricoles ou forestières, notamment en raison de la valeur agronomique des sols, des structures agricoles, de l'existence de terrains faisant l'objet d'une délimitation au titre d'une appellation d'origine contrôlée ou d'une indication géographique protégée ou comportant des équipements spéciaux importants, ainsi que de périmètres d'aménagements fonciers et hydrauliques ; 3° A compromettre la mise en valeur des substances mentionnées à l'article L. 111-1 du code minier ou des matériaux de carrières inclus dans les zones définies à l'article L. 321-1 du même code ".

12. Si comme cela a été exposé au point 4, le projet constitue bien une extension de l'urbanisation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet favoriserait une urbanisation dispersée, incompatible avec la vocation agricole du secteur, alors que le projet en litige, situé en second rideau, jouxte directement des parcelles construites et dispose d'un accès à la voie publique et aux réseaux. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que le préfet ne pouvait pas leur opposer les dispositions de l'article R. 111-14 pour refuser d'accorder le permis de construire en litige.

13. Dès lors que le seul motif tiré de l'avis conforme défavorable de la CDPENAF pour l'application des dispositions du 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme suffit pour fonder la décision de refus de permis de construire en litige, les conclusions à fin d'annulation présentées par la SARL Maisons charentaises doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Maisons charentaises demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Maisons charentaises est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Maisons charentaises et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète de la Charente.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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