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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201938

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201938

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRIFFET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2201938 le 2 août 2022, et deux mémoires, enregistrés les 6 janvier et 10 mars 2023, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Pharmacie Cécile Braux, la SELARL Pharmacie Laurence Kielhoz, la SELARL Pharmacie Hérault Vernoux et Mme B A, représentées par la SELARL Sapone, Blaesi, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2022 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine a autorisé le transfert de l'officine de pharmacie exploitée par la SELARL Pharmacie de la Paix dans de nouveaux locaux ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros à verser à chacune d'elles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;

- la décision attaquée est entachée de vices de procédure dans la mesure où, postérieurement au jugement rendu le 30 mai 2022 par le tribunal administratif de Poitiers, la SELARL Pharmacie de la Paix n'a pas déposé de nouvelle demande de transfert auprès de l'ARS, n'a pas complété son dossier alors qu'elle ne disposait plus de la jouissance du local devant accueillir l'officine et que l'administration n'a pas procédé, de nouveau, aux consultations prévues par l'article L. 5125-4 du code de la santé publique ;

- le directeur général de l'ARS a commis une erreur de droit en s'estimant, à tort, tenu de délivrer l'autorisation attaquée en exécution du jugement du 30 mai 2022 ;

- la décision attaquée est entachée d'une inexacte application des articles L. 5125-3 et L. 5125-3-2 du code de la santé publique, le transfert ayant lieu au sein d'un quartier distinct et les conditions posées aux 1° et 3° de l'article L. 5125-3-2 n'étant pas remplies.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 5 octobre 2022 et 17 février 2023, la SELARL Pharmacie de la Paix, représentée par Me Griffet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que les moyens soulevés sont inopérants en raison du jugement du tribunal administratif de Poitiers du 30 mai 2022 enjoignant au directeur général de l'ARS de lui délivrer l'autorisation de transfert litigieuse et, à titre subsidiaire, qu'ils ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2022, l'ARS de Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, à titre principal, que les moyens soulevés sont inopérants en raison du jugement rendu le 30 mai 2022 par le tribunal administratif de Poitiers et, à titre subsidiaire, qu'ils ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2202988 le 29 novembre 2022, et un mémoire, enregistré le 11 janvier 2024, la SELARL Pharmacie Cécile Braux, la SELARL Pharmacie Laurence Kielhoz, la SELARL Pharmacie Hérault Vernoux et Mme B A, représentées par la SELARL Sapone, Blaesi, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 2 octobre 2022 par laquelle le ministre de la santé et de la prévention a rejeté leur recours hiérarchique contre la décision du 14 juin 2022 du directeur général de l'ARS de Nouvelle-Aquitaine portant transfert de l'officine de pharmacie de la SELARL Pharmacie de la Paix ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros à verser à chacune d'elles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soulèvent les mêmes moyens que ceux développés dans leur requête n° 2201938.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2023, la SELARL Pharmacie de la Paix, représentée par Me Griffet, conclut au rejet de la requête, pour les mêmes motifs que ceux pour lesquels elle conclut au rejet de la requête n° 2201938, et à ce que soit mise à la charge des requérantes une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête n° 2202988 a été communiquée à l'ARS de Nouvelle-Aquitaine et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,

- et les observations de Me Simon, représentant les requérantes, et de Me Griffet, représentant la SARL Pharmacie de la Paix.

Considérant ce qui suit :

1. La société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Pharmacie de la Paix a déposé, le 8 août 2019, une demande d'autorisation de transfert de l'officine qu'elle exploite au 145 route d'Aiffres à Niort, vers le 358 route d'Aiffres dans cette même commune. Par une décision du 29 janvier 2020, le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine a rejeté sa demande. Cette décision a été annulée par un jugement du 30 mai 2022, devenu définitif, du tribunal administratif de Poitiers, qui a en outre enjoint au directeur général de l'ARS de délivrer à la SELARL Pharmacie de la Paix l'autorisation de transfert sollicitée. En exécution de ce jugement, le directeur général de l'ARS a, par une décision du 14 juin 2022, autorisé le transfert de l'officine exploitée par la SELARL Pharmacie de la Paix. Par une décision implicite née le 2 octobre 2022, le ministre de la santé et de la prévention a rejeté le recours hiérarchique formé par la SELARL Pharmacie Cécile Braux, la SELARL Pharmacie Laurence Kielhoz, la SELARL Pharmacie Hérault Vernoux et Mme B A, contre la décision du 14 juin 2022. Par leurs requêtes n° 2201938 et n° 2202988, ces mêmes personnes demandent l'annulation de la décision du 14 juin 2022 ainsi que de la décision implicite rejetant leur recours hiérarchique.

2. Ces requêtes présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il résulte de l'autorité de chose jugée de la décision du tribunal administratif de Poitiers du 30 mai 2022 que le directeur général de l'ARS de Nouvelle-Aquitaine, à qui le tribunal avait enjoint, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à la SELARL Pharmacie de la Paix l'autorisation de transfert sollicitée par elle le 8 août 2019, était tenu de délivrer cette autorisation, sans que celui-ci ou la pétitionnaire n'eut à accomplir préalablement de quelconques formalités. Dès lors, les requérantes ne sont fondées à soutenir ni que le directeur général de l'ARS s'est à tort cru lié par le jugement du tribunal, ni que la SELARL Pharmacie de la Paix aurait dû déposer une nouvelle demande d'autorisation de transfert ou compléter son dossier initial, ni que le directeur général de l'ARS devait réinstruire le dossier, notamment en procédant aux diverses consultations prévues par les textes. En outre, dès lors que l'autorité administrative était tenue de délivrer l'autorisation contestée, les requérantes ne peuvent utilement soutenir que le signataire de cette autorisation ne disposait pas d'une délégation de signature régulière et publiée, moyen dont il ressort en tout état de cause des pièces du dossier qu'il manque en fait. Enfin, et à supposer le moyen soulevé, les requérantes ne peuvent davantage utilement soutenir que le directeur général de l'ARS, dont il vient d'être dit qu'il était tenu de délivrer l'autorisation, aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen en ne recherchant pas si l'ensemble des conditions requises, en vertu des articles L. 5125-3 et suivants du code de la santé publique, pour qu'un transfert d'officine puisse être autorisé, étaient remplies.

4. En revanche, si le directeur général de l'ARS était tenu de délivrer l'autorisation sollicitée par la SELARL Pharmacie de la Paix, l'autorisation ainsi délivrée peut être contestée par des tiers sans que ceux-ci puissent se voir opposer les termes du jugement du tribunal du 30 mai 2022. Dès lors, les requérants peuvent utilement soutenir que les conditions nécessaires à la délivrance de cette autorisation n'étaient pas remplies à la date à laquelle le directeur général de l'ARS l'a délivrée.

5. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1 (), sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine / L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier () accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement () ". Selon l'article L. 5125-3-1 du même code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier ". Aux termes de l'article L. 5125-3-2 de ce code : " Le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu à l'article L. 5125-3 est satisfait dès lors que les conditions cumulatives suivantes sont respectées : / 1° L'accès à la nouvelle officine est aisé ou facilité par sa visibilité, par des aménagements piétonniers, des stationnements et, le cas échéant, des dessertes par les transports en commun ; / 2° Les locaux de la nouvelle officine remplissent les conditions d'accessibilité mentionnées aux articles L. 164-1 à L. 164-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les conditions minimales d'installation prévues par décret. Ils permettent la réalisation des missions prévues à l'article L. 5125-1-1 A du présent code et ils garantissent un accès permanent du public en vue d'assurer un service de garde et d'urgence ; / 3° La nouvelle officine approvisionne la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs ". Enfin, en application de l'article L. 5125-3-3 de ce code, lorsque le transfert d'une officine s'effectue au sein d'un même quartier d'une commune, le caractère optimal de la réponse aux besoins de la population résidente est apprécié au regard des seules conditions prévues aux 1° et 2° de l'article L. 5125-3-2 précité.

6. Il résulte des dispositions précitées que le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu par l'article L. 5125-3 du code de la santé publique doit être apprécié, en toute hypothèse, en tenant compte des conditions d'accès à la nouvelle officine, des conditions d'accessibilité mentionnées aux articles L. 164-1 à L. 164-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des conditions minimales d'installation prévues par décret, et, seulement dans l'hypothèse où le transfert de l'officine est effectué dans un nouveau local situé à l'extérieur du quartier d'origine, au regard des conditions d'approvisionnement de la population.

7. La société Pharmacie de la Paix a demandé le transfert de son officine du 145 route d'Aiffres à Niort vers le 358 de la même route, soit de l'autre côté de cette voie à une distance de 1,4 km vers la périphérie de la ville, au sein d'un centre commercial.

8. D'une part, si les requérantes soutiennent que ce transfert s'effectuerait du quartier " Champommier " vers le quartier " Goise ", séparés par la route d'Aiffres, il ressort des pièces du dossier que cette voie est une route simple, en double sens de circulation, aménagée de trottoirs isolés de la chaussée et de plusieurs passages piétons, et constitue ainsi un axe aisément franchissable. Elle est, en outre, bordée de nombreuses maisons d'habitation depuis la ligne ferroviaire à l'ouest jusqu'au centre commercial à l'est, ce qui est de nature à démontrer la présence d'une population résidente. Le secteur " Goise-Champommier ", qui correspond à l'un des neufs quartiers définis par la ville de Niort, constitue dans son ensemble une unité humaine et géographique, caractérisée par un habitat pavillonnaire et quelques espaces agricoles au plus près de la rocade à deux fois deux voies (D 611) qui le ceinture et en constitue la limite à l'est, alors que la route d'Aiffres qui le traverse d'est en ouest pour pénétrer dans la ville en constitue une des artères principales. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le transfert autorisé ne s'effectue pas au sein d'un même quartier et, par suite, ne peuvent utilement soutenir qu'il compromet les conditions d'approvisionnement de la population de ce quartier.

9. D'autre part, si les requérantes soutiennent que ce transfert ne satisfait pas aux conditions d'accès définies au 1° de l'article L. 5125-3-2 précité, il ressort des pièces du dossier que l'emplacement choisi pour le transfert de l'officine de la pharmacie de la Paix, qui se situe au sein d'un centre commercial, est aisément accessible par la route d'Aiffres, bordée d'une piste cyclable et de trottoirs faciles d'accès et isolés de la chaussée. Ce nouveau local est également accessible en voiture et dispose des emplacements de stationnement du centre commercial, en commun avec les autres occupants, sans que les requérantes n'apportent d'éléments de nature à établir, comme elles le soutiennent, que ce parking serait saturé à certaines heures de la journée. Enfin, il n'est pas contesté par les requérantes que le nouvel emplacement est desservi par une ligne de transports en commun, notamment accessibles aux personnes à mobilité réduite. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'accès à la nouvelle officine n'est pas aisé au sens du 1° de l'article L. 5125-3-2.

10. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que l'autorisation attaquée est entachée d'une inexacte application des dispositions des articles L. 5125-3 et L. 5125-3-2 du code de la santé publique.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 juin 2022 par laquelle le directeur général de l'ARS de Nouvelle-Aquitaine a autorisé le transfert de l'officine de la pharmacie de la Paix et de la décision implicite du ministre de la santé et de la prévention rejetant le recours hiérarchique des requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que les requérantes demandent sur leur fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de chacune des requérantes le versement à la SELARL Pharmacie de la Paix d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2201938 et 2202988 sont rejetées.

Article 2 : La SELARL Pharmacie Cécile Braux, la SELARL Pharmacie Laurence Kielhoz, la SELARL Pharmacie Hérault Vernoux et Mme B A verseront, chacune, à la SELARL Pharmacie de la Paix une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie Cécile Braux, première dénommée dans les deux requêtes, pour l'ensemble des requérantes, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, à l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine et à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie de la Paix.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

Nos 2201938, 2202988

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