mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201945 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BCPG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 août 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Eco'lav, représentée par la SELARL Bonneau, Castel, Portier, Guillard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2022_DDT_SEB_730 du 18 juillet 2022 par lequel le préfet de la Vienne a réglementé temporairement les usages de l'eau réalisés à partir du réseau d'adduction d'eau potable, pour faire face à un risque de pénurie dans le département de la Vienne ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, le préfet de la Vienne ayant seulement compétence, en vertu de l'article 2 de l'arrêté-cadre du 30 mars 2022, pour coordonner et proposer les mesures de restriction, non pour prendre un arrêté de restriction temporaire des usages de l'eau ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il édicte des mesures de restriction correspondant au niveau de crise, alors que les conditions de franchissement de ce niveau de gravité prévues par l'article 4.5 de l'arrêté-cadre n'étaient pas réunies.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henry,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
- et les observations de Me Guillard, représentant la SAS Eco'lav, et de Mme A, représentant le préfet de la Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 211-2 du code de l'environnement : " I. - Les règles générales de préservation de la qualité et de répartition des eaux superficielles, souterraines et des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales sont déterminées par décret en Conseil d'État. () ". Selon l'article L. 211-3 de ce code : " I. - En complément des règles générales mentionnées à l'article L. 211-2, des prescriptions nationales ou particulières à certaines parties du territoire sont fixées par décret en Conseil d'État afin d'assurer la protection des principes mentionnés à l'article L. 211-1. II. - Ces décrets déterminent en particulier les conditions dans lesquelles l'autorité administrative peut : 1° Prendre des mesures de limitation ou de suspension provisoire des usages de l'eau, pour faire face à une menace ou aux conséquences d'accidents, de sécheresse, d'inondations ou à un risque de pénurie () ". L'article R. 211-66 du même code dispose : " Les mesures générales ou particulières prévues par le 1° du II de l'article L. 211-3 pour faire face à une menace ou aux conséquences d'accidents, de sécheresse, d'inondations ou à un risque de pénurie sont prescrites par arrêté du préfet du département dit arrêté de restriction temporaire des usages de l'eau. () / () Concernant les situations de sécheresse, les mesures sont graduées selon les quatre niveaux de gravité suivants : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Ces niveaux sont liés à des conditions de déclenchement caractérisées par des points de surveillance et des indicateurs relatifs à l'état de la ressource en eau. / Les mesures de restriction peuvent aller jusqu'à l'arrêt total des prélèvements, et sont définies par usage ou sous-catégories d'usage ou type d'activités, selon des considérations sanitaires, économiques et environnementales, dont les conditions sont fixées dans les arrêtés-cadres prévus à l'article R. 211-67. / () ". Aux termes de l'article R. 211-67 dudit code : " I.- Les mesures de restriction mentionnées à l'article R. 211-66 s'appliquent à l'échelle de zones d'alerte. Une zone d'alerte est définie comme une unité hydrologique ou hydrogéologique cohérente au sein d'un département, désignée par le préfet au regard de la ressource en eau. () II.- Afin de préparer les mesures à prendre et d'organiser la gestion de crise en période de sécheresse, le préfet prend un arrêté, dit arrêté-cadre, désignant la ou les zones d'alerte, indiquant les conditions de déclenchement des différents niveaux de gravité et mentionnant les mesures de restriction à mettre en œuvre par usage, sous-catégorie d'usage ou type d'activités en fonction du niveau de gravité ainsi que les usages de l'eau de première nécessité à préserver en priorité et les modalités de prise des décisions de restriction. () III.- Dès lors que le ou les préfets constatent que les conditions de franchissement d'un niveau de gravité prévues par l'arrêté-cadre sont remplies, un arrêté de restriction temporaire des usages, tel que prévu à l'article R. 211-66, est pris dans les plus courts délais et selon les modalités définies par l'arrêté-cadre, entraînant la mise en œuvre des mesures envisagées. ".
2. Par un arrêté n° 2022_DDT_SEB_730 du 18 juillet 2022, le préfet de la Vienne a, sur le fondement de l'article R. 211-66 du code de l'environnement, réglementé temporairement les usages de l'eau réalisés à partir du réseau d'adduction d'eau potable, pour faire face à un risque de pénurie dans le département de la Vienne. Cet arrêté interdisait notamment le lavage des véhicules, y compris dans des stations de lavage professionnelles, sauf impératif sanitaire. La société par actions simplifiée (SAS) Eco-lav, qui exploite une station de lavage de véhicules à Châtellerault (Vienne), demande l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, les dispositions citées ci-dessus du premier alinéa de l'article R. 211-66 confient aux préfets de département le soin de prendre les arrêtés de restriction temporaire des usages de l'eau. Dès lors, le préfet de la Vienne était compétent, en vertu de ces seules dispositions, pour prendre l'arrêté de restriction temporaire des usages de l'eau attaqué, dont les mesures concernent le département de la Vienne.
4. En second lieu, les mesures de restriction temporaire édictées par l'arrêté attaqué portent uniquement sur les usages de l'eau réalisés à partir du réseau d'adduction d'eau potable, pour lesquelles les conditions de déclenchement des quatre niveaux de gravité de la situation de sécheresse sont définies à l'article 4.3 de l'arrêté-cadre interdépartemental n° 2022_DDT_155 du 30 mars 2022. Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir, pour critiquer l'application de ces mesures, que les seuils fixés à l'article 4.5 de l'arrêté-cadre, qui ne concernent que les prélèvements directs en rivières ou en nappes, n'étaient pas dépassés à la date de l'arrêté contesté.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SAS Eco'lav doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Eco'lav est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Eco'lav et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de la région Centre-Val de Loire, préfète coordonnatrice du bassin Loire-Bretagne, et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. HENRY
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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