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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201994

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201994

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201994
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantSCP BCJ

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Poitiers a rejeté la demande de remise gracieuse de Mme A, décédée en cours d’instance et représentée par sa fille, concernant une dette de 1 129,21 euros pour un trop-perçu d’aide personnelle au logement. La requérante invoquait sa situation de précarité, mais le tribunal a estimé que la condition de bonne foi n’était pas remplie en raison d’omissions déclaratives répétées et d’un défaut de signalement spontané d’un changement de situation professionnelle de son fils. La solution retenue se fonde sur l’article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable via l’article L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation, qui subordonne la remise à la précarité et à la bonne foi du débiteur.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2022, Mme C A demande au tribunal de lui accorder la remise gracieuse de sa dette de 1 129,21 euros relative au solde d'un trop-perçu d'aide personnelle au logement.

Elle soutient qu'elle n'est pas en capacité de régler cette dette dès lors que sa seule ressource est constituée par sa pension d'invalidité de 557,70 euros par mois.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la décharge prononcée soit limitée à 10% maximum des sommes dues ;

3°) à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les omissions déclaratives répétées de la requérante et le temps nécessaire pour pouvoir obtenir les informations permettant d'examiner sa situation ne permettent pas d'établir sa bonne foi ;

- la requérante ne justifie pas être dans l'incapacité financière de s'acquitter des sommes laissées à sa charge.

Par lettre du 28 mai 2024, Mme D E a informé le tribunal du décès de sa mère, Mme C A, le 3 décembre 2023 et déclare reprendre l'instance pour le compte de ses ayants-droits.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au tribunal de lui accorder la remise gracieuse la dette de 1 129,21 euros correspondant à un trop-perçu d'aide personnelle au logement au titre des mois de mars à novembre 2021, qui a été laissée à sa charge sur un montant initial de 1 612,55 euros après décision de remise gracieuse partielle prise par la caisse d'allocations familiales de la Vienne le 26 juillet 2022.

2. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation au recouvrement des sommes indument versées au titre de l'aide personnalisée au logement : " () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvres frauduleuses ou de fausses déclarations. () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

4. Il résulte de l'instruction que la dette en litige trouve son origine dans le défaut de déclaration par Mme A de la situation professionnelle de son fils qui ne pouvait plus être considéré comme étant à sa charge pour le calcul de ses droits à l'aide personnelle au logement à compter du mois de mars 2021, dès lors qu'il percevait un revenu salarié supérieur à 55% du SMIC. L'administration fait valoir sans être contredite que la requérante n'a pas signalé elle-même ce changement de situation et qu'elle a mis plus d'un an à lui fournir les informations complètes qu'elle lui avait réclamer pour vérifier sa situation à compter du premier contrôle qui lui a été notifié le 8 mars 2021. La condition de bonne foi ne pouvant ainsi être regardée comme remplie, la requérante ne peut pas bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette en application des dispositions L. 553-2 du code de la sécurité sociale.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

6. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux demandes présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. BLa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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