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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202120

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202120

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202120
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BENDJEBBAR-LOPES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2022, Mme E H, représentée par Me Lopes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime l'informe qu'il a accordé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion, à compter du 1er septembre 2022, du logement qu'elle occupe au 61 boulevard de la Falaise à Vaux-sur-Mer ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité compétente ;

- le préfet aurait dû refuser de prêter le concours de la force publique compte tenu de son âge, de son état de santé et de ses ressources modestes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- et les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E H est coindivisaire d'un appartement situé 61 boulevard de la Falaise à Vaux-sur-Mer, issu de la succession de sa mère, décédée le 7 mars 2017. Elle occupe ce bien malgré l'opposition des autres coindivisaires. Par une ordonnance du 11 juin 2019, le juge des référés du tribunal de grande instance de Saintes, saisi par M. A H, M. B H, M. F J, M. D J et Mme G H, a ordonné à Mme E H de libérer ce logement au plus tard le 11 septembre 2019. Par une décision du 6 juillet 2022, le préfet de la Charente-Maritime l'a informée avoir accordé le concours de la force publique pour exécuter la décision judiciaire du 11 juin 2019. Par la présente requête, Mme H demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Charente-Maritime a donné délégation à M. I C, sous-préfet de Rochefort, à l'effet de signer, à compter du 7 juin 2022, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Rochefort, à l'exception de certaines matières étrangères à la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision sera écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ".

4. Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par une ordonnance du 11 juin 2019, le juge des référés du tribunal de grande instance de Saintes a ordonné à Mme H de libérer le logement litigieux au plus tard le 11 septembre 2019 et que, par un jugement du 9 novembre 2020, le tribunal judiciaire de Saintes l'a déboutée de sa demande tendant à l'octroi d'un délai pour quitter les lieux. D'autre part, si Mme H se prévaut de son âge, de la dépression dont elle souffre depuis 2001 et de la faiblesse de ses ressources, de telles circonstances, qui ne sont au demeurant pas postérieures à la décision du 11 juin 2019, ne sont pas de nature à démontrer que l'exécution de cette décision judiciaire serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine. Dans ces conditions, en accordant le concours de la force publique pour exécuter le jugement d'expulsion précité, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette expulsion sur la situation de la requérante.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a accordé le concours de la force publique pour procéder à son expulsion du logement situé au 61 boulevard de la Falaise à Vaux-sur-Mer à compter du 1er septembre 2022.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E H et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Dumont, première conseillère,

Mme Balsan-Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

La présidente,

Signé

I. LE BRIS

Le greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

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