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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202185

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202185

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 septembre 2022 et le 29 janvier 2023, M. C, représenté par Me Hamdi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de cent-quatre-vingts jours, avec obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis à 8h00, hors jours fériés, au commissariat de police de Poitiers ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués sont signés par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, il ne constitue pas une charge déraisonnable pour la société, et que, d'autre part, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté portant assignation à résidence pour une durée de cent-quatre-vingts jours méconnaît les stipulations des articles 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 24 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant portugais né le 18 juin 2002, déclare être entré en France à la fin de l'année 2014, à l'âge de douze ans. Par deux arrêtés du 6 septembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pendant cent-quatre-vingts jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 janvier 2023. Par suite, les conclusions qu'il a présentées tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature du préfet à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés en litige doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1°) Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2°) Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. En outre, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".

5. D'une part, le préfet de la Vienne s'est fondé, pour prendre la décision litigieuse, sur les circonstances que M. A n'a effectué aucune démarche pour régulariser son séjour de depuis son entrée en France, et que, privé d'emploi, selon ses déclarations, il n'établit pas disposer de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins, ainsi que sur l'absence de possession par le requérant de document d'identité ou de voyage. Si M. A soutient ne pas constituer une charge déraisonnable pour la société au motif qu'il n'a sollicité aucune aide sociale de l'Etat français, il ne conteste pas qu'il ne dispose d'aucune ressource. En outre, le requérant ne conteste pas être dépourvu d'un document d'identité ou de voyage, ni résider en France depuis plus de trois mois sans pour autant démontrer qu'il remplit les conditions de séjour de plus de trois mois, au sens des dispositions de l'article L. 233-1 précité.

6. D'autre part, le préfet de la Vienne a estimé que M. A constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il avait été interpelé par les services de police le 5 septembre 2022, et placé en garde à vue pour des faits de refus d'obtempérer, défaut de permis de conduire et détention de stupéfiants. En outre, il ressort du fichier de traitement des antécédents judiciaires que M. A a été interpelé, auparavant, vingt-cinq fois entre le 6 mars 2018 et le 9 mai 2022, pour des faits très divers allant de l'usage illicite de stupéfiants au vol avec arme, vol aggravé et violence commise en réunion. Pour prendre la décision attaquée, le préfet de la Vienne s'est également fondé sur les circonstances que l'intéressé, qui déclare être sans emploi et hébergé chez sa mère avec ses frères et sœurs, ne démontre aucune insertion particulière, conserve des liens familiaux dans son pays d'origine, où réside son père, et n'établit pas, bien qu'il le déclare, être entré en France fin 2014. Dans ces conditions, nonobstant l'absence de condamnation pénale et compte tenu de la réitération des interpellations de M. A et de la diversité de leurs motifs, le préfet de la Vienne n'a, en obligeant M. A à quitter le territoire français, ni fait une inexacte application des dispositions citées au point 4, ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

7. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En application de ces dispositions, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. A soutient vivre avec sa mère et ses frères et sœurs en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait tissé en France de liens personnels et familiaux suffisamment stables, anciens et intenses. A cet égard, il ne démontre, ni être entré en France en 2014, ni s'être particulièrement inséré dans la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision en litige, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant deux ans :

9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence pour une durée de cent-quatre-vingts jours :

10. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

11. En second lieu, aux termes de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté sauf dans les cas suivants et selon les voies légales : () f) s'il s'agit de l'arrestation ou de la détention régulières d'une personne pour l'empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le territoire, ou contre laquelle une procédure d'expulsion ou d'extradition est en cours ".

12. Si une mesure d'assignation à résidence de la nature de celle qui a été prise à l'égard du requérant apporte des restrictions à l'exercice de certaines libertés, en particulier la liberté d'aller et venir, elle ne présente pas, compte tenu de sa durée et de ses modalités d'exécution, le caractère d'une mesure privative de liberté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Le requérant ne peut donc utilement soutenir que la décision litigieuse viole ses stipulations.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation des arrêtés du 6 septembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présenté par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

La présidente,

Signé

S. BRUSTONLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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