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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202188

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202188

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202188
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 7 septembre 2022, le 13 février 2024, le 29 février 2024 et le 5 avril 2024, M. et Mme A et B C demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, pour un montant total de 36 027 euros en droits, majorations et intérêts de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les éventuels dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les sociétés civiles immobilières (SCI) au capital social desquelles ils ont souscrit, ont pris un engagement ferme et définitif dès le 2 septembre 2015, qui a pris la forme d'une convention de maîtrise d'ouvrage déléguée confiée à la société Procodom, qui a déposé les permis de construire dès le mois d'août 2016 et a reçu la somme de 90 000 euros, correspondant à 36 % du montant de la construction en question ; les villas ont ensuite été construites et ont été louées à des locataires-accédants ; le critère d'investissement impliquant un investissement à hauteur de 95 % de la souscription est donc respecté ;

- la date à laquelle l'investissement a été réalisé s'apprécie exclusivement au niveau des SCI, dont les associés sont les bénéficiaires de la réduction d'impôt, et non, comme l'affirme le service, au niveau du maître d'ouvrage délégué qui est intervenu a posteriori pour la réalisation de l'opération ; au regard de l'insécurité juridique liée aux investissements de type " Girardin social ", ils ont retenu les critères les plus cohérents pour leur investissement, à savoir ceux appliqués pour les dispositifs " Scellier " ou " Malraux " ;

- pour les investissements sous forme de construction ou d'acquisition d'immeubles, il n'est pas requis de conclure un acte authentique, ni de verser l'intégralité de la somme ; il appartient en conséquence au service de démontrer que l'investissement n'a pas été effectué au sens des dispositions du code général des impôts ; la vente est parfaite au sens des dispositions de l'article 1583 du code civil ;

- dans son mémoire en défense, le service affirme que le grand-livre comptable ne mentionne pas les SCI auprès desquelles il a souscrit au capital social, ce qui est inexact ; de surcroît, quatre des SCI concernées, à savoir les sociétés Atemoya LS, Jean Baptiste, Negrobar et Olière ont achevé des maisons ; la date d'appréciation des investissements ne saurait être appréciée au regard des informations recueillies auprès du service de la publicité foncière ; le tribunal administratif de Versailles a retenu une position conforme à leur analyse.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mars 2023 et le 7 mars 2024, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pipart,

- les conclusions de M. Revel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A et B C ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur déclaration de revenu de l'année 2016. Par une proposition de rectification du 19 décembre 2019, le service a remis en cause le crédit d'impôt dont ils avaient bénéficié sur le fondement de l'article 199 undecies C du code général des impôts, à raison du montant investi par eux, en 2014, pour l'acquisition de parts de sociétés civiles immobilières (SCI), constituées pour acquérir des biens immobiliers en Martinique. M. et Mme C demandent la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, qui résulte de ce chef de rectification, ainsi que de la majoration de 10 % et des intérêts de retard correspondants.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 199 undecies C du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " I.- Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison de l'acquisition ou de la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy et dans les îles Wallis et Futuna (). III. - La réduction d'impôt est accordée au titre de l'année d'achèvement du logement ou de son acquisition si elle est postérieure. Lorsque le montant de la réduction d'impôt excède l'impôt dû par le contribuable ayant réalisé l'investissement, le solde peut être reporté, dans les mêmes conditions, sur l'impôt sur le revenu des années suivantes jusqu'à la cinquième inclusivement. IV. - La réduction d'impôt est également acquise au titre des investissements réalisés par une société civile de placement immobilier régie par les articles L. 214-50 et suivants du code monétaire et financier ou par toute autre société mentionnée à l'article 8 du présent code, à l'exclusion des sociétés en participation, dont les parts ou les actions sont détenues, directement ou par l'intermédiaire d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, par des contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B, dont la quote-part du revenu de la société est soumise en leur nom à l'impôt sur le revenu, sous réserve des parts détenues par les sociétés d'économie mixte de construction et de gestion de logements sociaux visées à l'article L. 481-1 du code de la construction et de l'habitation, conformément à l'article L. 472-1-9 du code de la construction et de l'habitation, par les sociétés d'habitations à loyer modéré. Dans ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société au titre de l'année au cours de laquelle les parts ou actions sont souscrites (). La réduction d'impôt () est subordonnée à la condition que 95 % de la souscription serve exclusivement à financer un investissement pour lequel les conditions d'application du présent article sont réunies (). Le produit de la souscription doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci () ".

3. Pour remettre en cause la réduction d'impôt en litige, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que les SCI Jezivivan, Jean Baptiste, Oliere, Negrobar et Atemoya LS, dont M. et Mme C avaient acquis une partie du capital, ne pouvaient être regardées comme ayant réalisé un investissement éligible au dispositif prévu à l'article 199 undecies C du code général des impôts au titre de l'année 2014. Elle a relevé, en particulier, que ces SCI n'avaient pas respecté le critère lié à l'investissement de la somme souscrite dans les dix-huit mois de la souscription dès lors que les fonds n'avaient pas été versés à la société Procodom, en principe chargée de la maîtrise d'ouvrage délégué de cette opération.

4. Il résulte de l'instruction qu'hormis la signature entre les SCI citées au point 3 du présent jugement et la société Procodom, le 2 septembre 2015, de cinq contrats intitulés " convention de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain ", aucun élément versé aux débats ne permet d'établir que ces sociétés civiles auraient effectivement versé 90 000 euros chacune dans le cadre de l'exécution de chacun de ces contrats. En particulier, si les requérants versent aux débats un extrait du journal des ventes de la société Procodom, relatif au mois de septembre 2015, aucune des cinq SCI auxquelles les intéressés ont souscrit au capital n'est mentionnée sur ce document. Dès lors, ces SCI ne peuvent être regardées comme ayant investi, dans le délai de dix-huit mois, le capital souscrit en vue de la construction d'un logement neuf dans les départements d'outre-mer, conformément aux dispositions précitées du code général des impôts.

5. Si M. et Mme C se prévalent de leur bonne foi ainsi que de la doctrine fiscale applicable, ainsi qu'ils le reconnaissent eux-mêmes, à d'autres dispositifs de défiscalisation immobilière, ces éléments sont sans incidence sur le bien-fondé des rectifications en litige.

6. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge de l'imposition litigieuse, ni de la majoration et des intérêts dont celle-ci a été assortie.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B C ainsi qu'à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

R. PIPART

Le président,

signé

L. CAMPOY La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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