mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202260 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 13 septembre 2022, le 14 février 2024, le 29 février 2024, le 23 mars 2024 et le 3 juin 2024, M. D B et Mme A C, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, pour un montant total de 34 533 euros en droits, majoration et intérêts de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les sociétés civiles immobilières (SCI) au capital social desquelles ils ont souscrit ont pris un engagement ferme et définitif dès le 2 septembre 2015, qui a pris la forme d'une convention de maîtrise d'ouvrage déléguée confiée à la société Procodom, qui a déposé les permis de construire dès le mois d'août 2016 et a reçu la somme de 90 000 euros, correspondant à 36 % du montant de la construction en question ; les villas ont ensuite été construites et ont été louées à des locataires-accédants ; le critère d'investissement impliquant un investissement à hauteur de 95 % de la souscription est donc respecté ;
- la date à laquelle l'investissement a été réalisé doit donc s'apprécier exclusivement au niveau des SCI, dont les associés sont les bénéficiaires de la réduction d'impôt, et non, comme l'affirme le service, au niveau du maître d'ouvrage délégué qui est intervenu a posteriori pour la réalisation de l'opération ; au regard de l'insécurité juridique liée aux investissements de type " Girardin social ", ils ont retenu les critères les plus cohérents pour leur investissement, à savoir ceux appliqués pour les dispositifs " Scellier " ou " Malraux " ;
- il est inexact d'affirmer que le grand-livre comptable de la société Procodom ne mentionne pas les SCI au capital social desquelles ils ont souscrit ; les sommes versées étant des produit constatés d'avance, ils n'avaient pas à apparaître dans la déclaration fiscale de la société Procodom ; la date d'appréciation de la réalisation des investissements ne saurait être la date de réalisation des ventes à terme de terrains, informations recueillies auprès du service de la publicité foncière , mais bien celle de la signature de la convention de maîtrise d'ouvrage délégué ; le tribunal administratif de Versailles a retenu une position conforme à leur analyse ; le jugement du tribunal administratif de Lyon, cité par le service, est entaché d'erreur de droit ; la réalité des investissements querellés n'a jamais été contestée par le service ;
- pour les investissements sous forme de construction ou d'acquisition d'immeubles, il n'est pas requis de conclure un acte authentique, ni de verser l'intégralité de la somme ; il appartient en conséquence au service de démontrer que l'investissement n'a pas été effectué au sens des dispositions du code général des impôts ; la vente est parfaite au sens des dispositions de l'article 1583 du code civil ;
- c'est à tort que le service a considéré que le droit de reprise commençait au terme de la période d'investissement de 18 mois.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 mars 2023, le 13 février 2024, le 16 février 2024, le 7 mars 2024 et le 24 mai 2024, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B et Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B et Mme A C, qui font l'objet d'une imposition commune, ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur déclaration de revenu de l'année 2016. Par une proposition de rectification du 6 novembre 2019, le service a remis en cause le crédit d'impôt d'un montant de 29 936 euros dont ils avaient bénéficié sur le fondement de l'article 199 undecies C du code général des impôts, à raison du montant investi par eux, en 2014, pour l'acquisition de parts de sociétés civiles immobilières (SCI), constituées pour acquérir des biens immobiliers en Martinique. M. B et Mme C demandent la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, qui résulte de ce chef de rectification, ainsi que la majoration de 10 % et des intérêts de retard dont cette imposition a été assortie.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 199 undecies C du code général des impôts, dans sa version alors en vigueur : " I.- Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison de l'acquisition ou de la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy et dans les îles Wallis et Futuna (). III. - La réduction d'impôt est accordée au titre de l'année d'achèvement du logement ou de son acquisition si elle est postérieure. Lorsque le montant de la réduction d'impôt excède l'impôt dû par le contribuable ayant réalisé l'investissement, le solde peut être reporté, dans les mêmes conditions, sur l'impôt sur le revenu des années suivantes jusqu'à la cinquième inclusivement. IV. - La réduction d'impôt est également acquise au titre des investissements réalisés par une société civile de placement immobilier régie par les articles L. 214-50 et suivants du code monétaire et financier ou par toute autre société mentionnée à l'article 8 du présent code, à l'exclusion des sociétés en participation, dont les parts ou les actions sont détenues, directement ou par l'intermédiaire d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, par des contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B, dont la quote-part du revenu de la société est soumise en leur nom à l'impôt sur le revenu, sous réserve des parts détenues par les sociétés d'économie mixte de construction et de gestion de logements sociaux visées à l'article L. 481-1 du code de la construction et de l'habitation, conformément à l'article L. 472-1-9 du code de la construction et de l'habitation, par les sociétés d'habitations à loyer modéré. Dans ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société au titre de l'année au cours de laquelle les parts ou actions sont souscrites (). La réduction d'impôt () est subordonnée à la condition que 95 % de la souscription serve exclusivement à financer un investissement pour lequel les conditions d'application du présent article sont réunies (). Le produit de la souscription doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci () ".
3. Pour remettre en cause la réduction d'impôt en litige, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que les SCI Ixora LS, Jacinthe LS, Manguier LS, Mimosa LS et Nénuphar LS, dont les requérants avaient acquis une partie du capital, ne pouvaient être regardées comme ayant réalisé un investissement éligible au dispositif prévu à l'article 199 undecies C du code général des impôts au titre de l'année 2014. Elle a ainsi relevé que ces SCI n'avaient pas respecté le critère de dix-huit mois pour l'investissement des sommes souscrites puisqu'elles n'avaient acquis, pour quatre d'entre elles, un terrain constructible, que le 29 décembre 2017, dans le cadre d'une vente à terme, pour laquelle les transferts de propriété ne sont intervenus qu'entre janvier et décembre 2020. Le service en a conclu que les requérants ne remplissaient pas, en 2014, les conditions ouvrant droit à la réduction d'impôt prévue par les dispositions précitées.
4. Il résulte toutefois de l'instruction que les SCI précitées ont chacune conclu, le 2 septembre 2015, avec la société Procodom, un contrat intitulé " convention de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain ". Par ces contrats, aux stipulations identiques, elles ont donné à la société Procodom, maître d'ouvrage délégué, " mandat ferme et irrévocable () de faire procéder pour le compte du maître de l'ouvrage et aux délais et prix convenus, à la recherche d'un terrain, à son acquisition et à la réalisation sur ce dernier des travaux " consistant en la création d'un logement de type F4 dont les caractéristiques sont définies par les " plans et descriptifs annexés " à ces conventions. En contrepartie, les SCI se sont engagées à verser à la société Procodom un prix de 250 000 euros selon un échéancier défini par l'article VIII dudit contrat et, au plus tard, à la livraison des travaux. Si l'administration fait valoir en défense qu'un tel contrat ne saurait correspondre à un investissement au sens des dispositions précitées, il résulte cependant clairement de ces stipulations que les conventions passées le 2 septembre 2015 entre les SCI citées au point 3 du présent jugement et la société Procodom, quoiqu'intitulées " maîtrise d'ouvrage déléguée " ne portent pas sur une simple prestation de service, mais que lesdites SCI se sont effectivement engagées à acquérir un bien immobilier dont les caractéristiques et le prix sont précisément déterminés. Il ressort des pièces versées au dossier et notamment du journal des ventes de la société Procodom que chacune des SCI a bien versé à cette dernière 90 000 euros d'avance pour chacune de ces opérations. La circonstance que la déclaration fiscale de la société Procodom ne fait pas apparaître ces avances n'est pas de nature à remettre en cause l'existence de ces versements dès lors que ces derniers, qui ont la nature de produits constatés d'avance, n'avaient pas à figurer sur ce document. Enfin, si l'administration fiscale se prévaut de l'absence de la société Procodom comme partie aux contrats de vente immobilière, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni même d'aucune stipulation contractuelle, que celle-ci devait être partie audit contrat de vente. Dans ces conditions, les SCI précitées doivent être regardées comme ayant intégralement investi, dans le délai de dix-huit mois, le capital souscrit en vue de la construction d'un logement neuf dans les départements d'outre-mer, conformément aux dispositions précitées de l'article 199 undecies C du code général des impôts, lesquelles n'impliquent pas, lorsque l'investissement revêt la forme de la construction d'un immeuble ou de l'acquisition d'un immeuble à construire par une société relevant de l'article 8 du même code, que celle-ci procède, dans le délai de dix-huit mois qu'elles prévoient, à la conclusion d'un acte authentique, ni au versement effectif de l'intégralité de la somme souscrite.
5. Il s'ensuit que M. B et Mme C sont fondés à solliciter la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2016, ainsi que de la majoration de 10 % et des intérêts de retard dont cette imposition a été assortie.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B et Mme C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B et Mme C sont déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2016, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Article 2 : L'Etat versera 1 200 euros à M. B et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à Mme A C ainsi qu'à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Pipart, premier conseiller,
M. Leloup, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le rapporteur,
signé
R. PIPART
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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