jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202297 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS TEN FRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 21 septembre 2022, 4 septembre 2023 et 2 novembre 2023, la SASU SAPAC représentée par Me Leeman, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 666 360 euros à titre principal, ou de 105 939 euros à titre subsidiaire, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi à la suite de son éviction du marché public conclu le 22 décembre 2021 et relatif à la réalisation de travaux de réhabilitation de cinq bâtiments de logements de la caserne de gendarmerie Coustans, située à Poitiers ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le caractère irrégulier de son offre n'est pas établi et n'a jamais été mentionné au cours de la procédure de passation du marché ; elle se trouvait dans l'impossibilité technique de déposer une offre régulière ;
- la décision par laquelle l'acheteur a entendu déroger à l'obligation d'allotissement, prévue par l'article L. 2113-10 du code de la commande publique et matérialisée dans le règlement de consultation, est insuffisamment motivée ;
- les motifs évoqués par l'acheteur ne sont pas suffisants pour justifier une dérogation à la règle de l'allotissement en application de l'article L. 2113-1 du code de la commande publique ;
- s'agissant du sous-critère des moyens techniques, son offre a été irrégulièrement notée 8/10 dès lors que le règlement de consultation n'exigeait pas la fourniture des CV de l'équipe dédiée ou bien d'un organigramme spécifique ;
- le critère relatif au délai d'exécution est insuffisamment précis pour permettre de déterminer avec précision les attentes de l'acheteur ; si l'acheteur entendait faire de la confirmation du planning détaillé d'exécution des tâches un critère, ce dernier présente un caractère irrégulier, dès lors qu'il est relatif à la régularité de l'offre des candidats et non à leur sélection ; son offre a été dénaturée ;
- le CCTP contenait une erreur technique ayant rendu nécessaire le chiffrage de plus-values dans son offre, notamment en ce qui concerne la présence de menuiseries en PVC d'une hauteur supérieure à 2,15 mètres, que ses fournisseurs sont dans l'impossibilité technique de fabriquer ;
- ces irrégularités sont à l'origine d'un manque à gagner de 666 360 euros dont elle est fondée à demander l'indemnisation, dès lors qu'elle avait une chance sérieuse de se voir déclarer attributaire ; si elle était regardée comme n'étant pas dépourvue de toute chance de remporter le marché, elle est fondée à demander l'indemnisation des frais de présentation de son offre, soit 105 939 euros.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 1er juillet 2023, le 11 octobre 2023 et le 10 novembre 2023 (non communiqué), le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'offre présentée par la SASU SAPAC présentait un caractère irrégulier et elle n'est ainsi pas fondée à demander l'indemnisation du préjudice tiré de son éviction ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, préfète de la Gironde, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tiberghien,
- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,
- les observations de Me Leeman, pour la SASU SAPAC, et de M. B et Mme A pour le ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une note en délibéré, présentée pour la SASU SAPAC, a été enregistrée le 19 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié au bulletin officiel des marchés publics le 27 juillet 2021, le préfet délégué pour la défense et la sécurité de la Zone Sud-Ouest a engagé une procédure de consultation restreinte en vue de la conclusion d'un marché public de travaux, tendant à la réhabilitation de cinq bâtiments de logements de la caserne de gendarmerie Coustans, située à Poitiers. La date de remise des offres a été fixée au 22 octobre 2021 et des négociations se sont tenues entre le 5 novembre et le 29 novembre 2021, à l'issue desquelles les candidats ont déposé leur offre finale. Par un courrier du 22 décembre 2021, la SASU SAPAC a été informée de ce que son offre avait été classée deuxième et de l'attribution du marché à la société SPIE Batignolles Ouest. La SASU SAPAC, par un courrier du 21 septembre 2022, demandé l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de son éviction irrégulière. Elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser, à titre principal, une somme de 666 630 euros en indemnisation de son manque à gagner, ou, à titre subsidiaire, une somme de 105 939 euros, au titre des frais de présentation de son offre.
2. D'une part, lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, qui inclut nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre. En revanche, le candidat ne peut prétendre à une indemnisation de ce manque à gagner si la personne publique renonce à conclure le contrat pour un motif d'intérêt général. Lorsque l'offre d'un candidat évincé était irrégulière, la circonstance que le pouvoir adjudicateur aurait été susceptible de faire usage, dans les conditions désormais prévues par l'article R. 2152-2 du code de la commande publique, de la faculté de l'autoriser à régulariser son offre n'est pas de nature, par elle-même, à ce qu'il soit regardé comme n'ayant pas été dépourvu de toute chance de remporter le contrat.
3. D'autre part, l'article 3.1.2. du cahier des clauses techniques particulières du marché litigieux prévoit la fourniture de menuiseries extérieures en PVC, y compris pour celles dont les dimensions dépassent 2,20 mètres de largeur pour 2,15 mètres de hauteur, ainsi que le prévoit l'article 3.1.2.1 de ce dernier.
4. Il résulte de l'instruction que l'offre finale déposée par la SASU SAPAC proposait de réaliser les menuiseries en aluminium, s'agissant des fenêtres dont les dimensions excédaient celles évoquées au point précédent. Non conforme aux stipulations du cahier des clauses techniques particulières du marché, elle présentait ainsi un caractère irrégulier. Contrairement à ce que soutient la SASU SAPAC, l'acheteur peut se prévaloir du caractère irrégulier de son offre pour la première fois devant le juge, alors même qu'il n'a pas sollicité la régularisation de celle-ci en application de l'article R. 2152-2 du code de la commande publique. Par ailleurs, l'impossibilité technique de fournir des menuiseries en PVC pour les dimensions excédant celles évoquées dont se prévaut la société ne saurait être de nature, en l'absence de modification des documents de la consultation pour l'ensemble des soumissionnaires, et bien que la procédure de passation soit une procédure adaptée, de régulariser son offre. Au demeurant, il ne résulte pas de l'instruction qu'il existerait une impossibilité technique de fournir des menuiseries en PVC pour ces dimensions, l'offre de l'attributaire proposant bien la réalisation de menuiseries en PVC pour ces fenêtres. Il s'ensuit que la SASU SAPAC était, eu égard à l'irrégularité de son offre, dépourvue de toute chance d'emporter le contrat.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la SASU SAPAC doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SASU SAPAC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU SAPAC et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
M. Tiberghien, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
P. TIBERGHIENLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026