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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202326

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202326

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202326
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre - JU
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022 sous le n° 2202326 et un mémoire, enregistré le 28 février 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Alain Debuschère et associés demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison d'un bâtiment situé au 5001 allée Jean Monnet à Neuville-de-Poitou (Vienne), ainsi que des frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que si le gros-œuvre du bâtiment concerné était achevé au 1er janvier de l'année 2021, cet immeuble ne pouvait pas être utilisé pour un quelconque usage, même en tant que dépôt commercial, dans la mesure où il n'était raccordé ni au réseau d'eau potable, ni au réseau d'assainissement, ni au réseau électrique, bien que ce dernier ait été amené en limite de propriété ; elle entend, sur ce point, se prévaloir de la doctrine administrative exprimée au paragraphe 20 du BOI-IF-TFB-10-60-20.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 6 février 2023 et le 10 mars 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est sans objet en tant qu'elle porte sur le dégrèvement de la totalité de l'imposition initiale (5 695 euros) alors que, par une décision en date du 4 août 2022, l'administration a prononcé un dégrèvement partiel de cette imposition à hauteur de 3 946 euros, en raison de l'évaluation du local en tant que " dépôt " au lieu de la catégorie " bureau " qui lui avait été initialement attribuée ;

- les moyens soulevés par la SARL Alain Debuschère et associes ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022 sous le n° 2202327 et un mémoire enregistré le 28 février 2023, la SARL Alain Debuschère et associés demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison d'un bâtiment situé au 5002 allée Jean Monnet à Neuville-de-Poitou (Vienne), ainsi que des frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que si le gros-œuvre du bâtiment concerné était achevé au 1er janvier de l'année 2021, cet immeuble ne pouvait pas être utilisé pour un quelconque usage, même en tant que dépôt commercial, dans la mesure où il n'était raccordé ni au réseau d'eau potable, ni au réseau d'assainissement, ni au réseau électrique, bien que ce dernier ait été amené en limite de propriété ; elle entend, sur ce point, se prévaloir de la doctrine administrative exprimée au paragraphe 20 du BOI-IF-TFB-10-60-20.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 6 février 2023 et le 10 mars 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SARL Alain Debuschère et associes ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la requête n° 2202326, en tant qu'elles excèdent la somme de 1 749 euros, ne doivent pas faire l'objet d'un non-lieu à statuer comme le soutient l'administration, mais doivent être rejetée pour irrecevabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu le rapport de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Alain Debuschère et associés est propriétaire de plusieurs bâtiments situés allée Jean Monnet, sur le territoire de la commune de Neuville-de-Poitou (Vienne), dont deux locaux situés 5001 et 5002 allée Jean Monnet à Neuville-de-Poitou (Vienne), pour lesquels elle a obtenu un permis de construire en 2012. Le service ayant constaté que ces locaux étaient proposés à la location depuis 2018 en tant que local commercial " livré brut de béton hors d'eau hors d'air et fourreaux des fluides en attente " sans que la société n'ait établi la déclaration prévue par l'article 1406 du code général des impôts, il a procédé à l'évaluation d'office de ces biens ainsi qu'à leur imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021. Par les requêtes n°s 2202326 et 2202327, la SARL Alain Debuschère et associés, qui conteste le caractère imposable de ces locaux en raison de leur absence de raccordement aux réseaux d'eau potable, d'assainissement et au réseau électrique, demande la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties d'un montant de 5 469 euros et de 8 872 euros auxquelles elle a été assujettie à ce titre, ainsi que des frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents d'un montant de 226 euros et de 369 euros. Ces requêtes présentant à juger des questions semblables, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'exception de non-lieu opposée par l'administration et la recevabilité des conclusions de la requête n° 2202326 :

2. La décision du 4 août 2022 par laquelle la directrice des finances publiques de la Vienne a prononcé le dégrèvement, à concurrence d'une somme de 3 946 euros, de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties et des frais de gestion à laquelle la SARL Alain Debuschère et associés a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison du bâtiment situé 5001, allée Jean Monnet à Neuville-de-Poitou, est antérieure à l'introduction de la requête et non postérieure à cette dernière. Par suite, les conclusions de la requête n° 2202326 de la SARL Alain Debuschère et associés, en tant qu'elles excèdent la somme de 1 749 euros restant en litige, ne doivent pas faire l'objet d'un non-lieu à statuer comme le soutient l'administration, mais doivent être rejetée pour irrecevabilité.

Sur le bien-fondé du surplus des impositions :

3. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par le présent code ". Aux termes de l'article 1383 de ce code : " () II.-Les constructions nouvelles, reconstructions et additions de construction autres que celles à usage d'habitation sont exonérées de la taxe foncière sur les propriétés bâties à hauteur de 40 % de la base imposable durant les deux années qui suivent celle de leur achèvement. () ". Aux termes de l'article 1415 du même code dans sa rédaction alors applicable : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Pour l'application de ces dispositions, un immeuble non destiné à l'habitation doit être regardé comme achevé lorsque l'état d'avancement des travaux, notamment en ce qui concerne le gros œuvre et les raccordements aux réseaux, permet son utilisation pour des activités industrielles ou commerciales.

4. S'il est constant qu'au 1er janvier 2021, les travaux de gros œuvre ainsi que les façades, toitures et huisseries des locaux sis 5001 et 5002 allée Jean Monnet à Neuville-de-Poitou étaient achevés et que l'électricité avait été amenée en limite extérieure de ces locaux, il n'est pas contesté que les raccordements au réseau d'eau potable et au réseau d'assainissement des bâtiments concernés n'étaient pas encore réalisés, raison pour laquelle ces bâtiments étaient, ainsi il a été dit au point 1, proposés à la location en tant que local commercial " livré brut de béton hors d'eau hors d'air et fourreaux des fluides en attente ". Un local commercial, même à usage de dépôt, devant être aménagé afin de permettre à son exploitant une utilisation répondant aux exigences sanitaires, de sécurité des personnes et de sécurité des biens et ne pouvant ainsi, sans raccordement aux réseaux d'eau potable et d'assainissement, être regardé comme achevé, au sens des dispositions précitées au point 3, c'est à tort que l'administration a estimé que les locaux appartenant à la société requérante pouvaient être utilisés comme dépôt commercial en l'absence de raccordements à ces réseaux. Il s'ensuit que la SARL Alain Debuschère et associés est fondée à demander la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison des bâtiments situés 5001 et 5002 allée Jean Monnet à Neuville-de-Poitou, ainsi que des frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SARL Alain Debuschère et associés en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête n° 2202326 sont rejetées en tant qu'elles excèdent la somme de 1 749 euros.

Article 2 : La SARL Alain Debuschère et associés est déchargée du surplus des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison des bâtiments situés 5001 et 5002 allée Jean Monnet à Neuville-de-Poitou, ainsi que des frais de gestion de la fiscalité directe locale y afférents.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la SARL Alain Debuschère et associés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Alain Debuschère et associés et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. A La greffière,

Signé

G. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

N°s 2202326 - 2202327

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