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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202403

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202403

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022, Mme C A, représentée par la SCP d'avocats Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le même délai et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen de sa situation particulière en tant qu'accompagnante de son fils malade ; elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de son fils ;

- la décision portant refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnait les dispositions du 2° de l'article L.433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante géorgienne née le 21 août 1956, est entrée régulièrement en France le 19 juin 2018 accompagnée de son fils handicapé. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 octobre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 mars 2019. Son admission au séjour en qualité d'accompagnante d'enfant malade a été rejetée par le préfet de la Vienne le 13 septembre 2019. Le tribunal administratif de Poitiers ayant annulé cette décision par un jugement du 12 novembre 2019, la requérante s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire d'un an, renouvelée une fois, jusqu'au 12 septembre 2021. Le 28 octobre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a déposé une demande de carte de séjour pluriannuelle en raison de l'état de santé de son fils. Par un arrêté en date du 29 juillet 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne et, en cas d'absence ou d'empêchement, la directrice de cabinet du préfet de la Vienne, ont reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la directrice de cabinet du préfet de la Vienne pour signer l'arrêté attaqué manque en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour en qualité d'accompagnante d'étranger malade :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles applicables à la requérante du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose les éléments de fait relatifs à la situation de Mme A sur lesquels elle se fonde et, en particulier, ses conditions d'entrée et de séjour, l'état de santé de son fils ainsi que différents éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale et expose les raisons pour lesquelles le renouvellement de son titre de séjour a été rejeté. Le refus de titre de séjour contesté est, par suite, suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que cette décision a été prise après un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article L. 425-10 du même code dispose : " " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

6. Les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont applicables qu'aux étrangers malades et non à ceux qui sollicitent un titre de séjour en qualité d'accompagnant de malade, tandis que les dispositions de l'article L. 425-10 ne concernent que les parents d'étrangers mineurs. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions par le préfet est inopérant dans le cas de Mme A qui accompagne son fils majeur.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ( ) ".

8. Mme A est entrée récemment sur le territoire français à l'âge de 62 ans. Si elle y réside depuis en compagnie de son fils, celui-ci fait l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante, le préfet justifiant à cet égard que les traitements qui lui sont nécessaires sont disponibles sur le marché pharmaceutique géorgien et qu'il pourra bénéficier d'une prise en charge du coût de ce traitement par l'Etat français dans le cadre du retour médicalisé proposé aux ressortissants géorgien rentrant dans leur pays d'origine. La requérante ne dispose d'aucune ressource propre, ne dispose d'aucun lien familial en France excepté son fils et n'apporte aucun élément permettant d'apprécier son intégration personnelle et professionnelle dans la société française. Si elle prétend elle-même souffrir de plusieurs pathologies et être suivie médicalement, elle n'établit pas, ni même n'allègue que les traitements adaptés à leurs prises en charge ne seraient pas disponibles en Géorgie. Elle n'a d'ailleurs pas demandé son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme A.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle :

9. Aux termes de l'article L.433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : / 1° Il justifie de son assiduité, sous réserve de circonstances exceptionnelles, et du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat dans le cadre du contrat d'intégration républicaine conclu en application de l'article L. 413-2 et n'a pas manifesté de rejet des valeurs essentielles de la société française et de la République ; / 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. La carte de séjour pluriannuelle porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. L'étranger bénéficie, à sa demande, du renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle s'il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il été précédemment titulaire. "

10. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrer à Mme A une carte de séjour pluriannuelle devrait, par voie de conséquence, être annulée, doit, en tout état de cause, être écarté.

11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A ne remplit aucune des conditions posées au 1° et au 2° de l'article L.433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français devrait, par voie de conséquence, être annulée, doit être écarté.

13. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

14. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel Mme A doit être éloignée devrait, par voie de conséquence, être annulée, doit être écarté.

15. En second lieu, la décision attaquée vise les textes applicables à la situation de la requérante, notamment, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que Mme A a vécu jusqu'à l'âge de 62 ans dans son pays d'origine, la Géorgie et qu'elle n'établit pas y être exposée à des peines ou traitements dégradants contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

16. Enfin, la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, n'apporte aucun élément indiquant qu'elle risquerait d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants, contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

Y. B

Le président,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

D.GERVIER

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