LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202419

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202419

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202419
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 septembre 2022 et le 26 avril 2023, la société anonyme (SA) Roy, représentée par Me Aide, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ainsi que des intérêts de retard correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le niveau d'activité normale de ses deux sites d'extraction de La Gouraudière et de La Noubleau, sur la base duquel elle a calculé les charges de sous-activité prises en compte pour la détermination du prix de revient de ses stocks, a été déterminé conformément aux règles comptables et fiscales applicables en la matière ;

- la méthode qu'a utilisée l'administration pour contester le montant de ses charges de sous-activité déroge au plan comptable général qui ne prévoit pas que la moyenne de production des exercices précédents est une méthode valable d'évaluation de la capacité normale de production ; au contraire, la réglementation comptable indique que l'activité normale correspond à la production moyenne attendue sur un certain nombre d'exercices ou de saisons dans des circonstances normales, en tenant compte de la perte de capacité résultant de l'entretien planifié ; elle entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative exprimée aux paragraphes n°240 et suivants du BOI-BIC-PDSTK-20-20-10-10 du 12 septembre 2012 qui indique que l'appréciation de la sous-activité est effectuée conformément aux critères comptables ;

- la méthode qu'a utilisée l'administration pour contester ses charges de sous-activité est excessivement sommaire en ce qu'elle se fonde sur une méthode statistique consistant à apprécier rétrospectivement son niveau normal d'activité sur la base de la moyenne de production de chacun de ses deux sites de production durant les dix dernières années précédant le contrôle ; cette période de 10 ans est purement arbitraire ; cette méthode ne tient pas compte de la spécificité des décisions d'investissement dans les domaines de l'industrie lourde qui aboutissent à la construction d'installations qui ne sont pas ajustables à court terme à l'activité économique et dont la durée de vie s'étale sur une cinquantaine d'années ;

- les erreurs d'évaluation qu'elle aurait pu commettre s'agissant de l'évaluation de ses stocks trouvent leur origine dans une production antérieure de plus de 7 ans à l'exercice 2015 et doivent, par suite, rester sans effet sur le résultat de cet exercice en vertu des dispositions du 4 bis de l'article 38 du code général des impôts ; elle entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative exprimée au paragraphe 10 du I du BOI-BIC-BASE-40-20-20-10 ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a rejeté les provisions pour dépréciation de stock qu'elle a opérées pour les produits référencés B-0/32 PR et R-0/4 ; s'agissant du premier produit, le taux de provision 100 % qu'elle a retenu est justifié en l'absence de toute perspective de cession de son stock excédentaire qui ne fait que croître tandis que les ventes sont toujours inférieures à la production de l'exercice ; s'agissant du second produit, l'administration fiscale a considéré par erreur que les ventes étaient constamment supérieures au stock alors qu'en 2014 et 2015, les ventes étaient très inférieures à la production et bien inférieures au stock final ; pour le produit concerné, le stock final a été multiplié par plus de 12 entre 2013 et 2015 ce qui indique que la mise en décharge à terme est inévitable tandis que les ventes se sont réduites de plus de 50% et que la production est elle-même restée toujours supérieure aux ventes de l'exercice ; les deux produits concernés, qui sont des produits dits " non-conformes " ou résiduels ne sont conformes à aucune norme granulat et sont par nature sans débouchés commerciaux, ce qui justifie, dans son principe, la comptabilisation d'une provision pour dépréciation de ce stock ; à titre subsidiaire, au lieu d'une provision pour dépréciation, elle aurait pu constituer deux provisions pour risques et charges liées aux coûts de la mise en décharge inéluctable de ces deux produits qui aurait abouti au même résultat qu'une provision pour dépréciation, à savoir la déduction de 254 362,50 euros pour le premier produit et de 129 264 euros pour le second ; à titre infiniment subsidiaire, il convient de ramener les rectifications à de plus juste proportions en retenant, pour la référence B-0/32PR, le pourcentage de ventes par rapport à la production de 83% résultant du rapport entre le tonnage produit entre 2013 et 2015 (804 544 tonnes) et le tonnage vendu entre 2013 et 2015 (670 561 tonnes), soit une provision portant sur 17 % du stock et, pour la référence B-0/4, le pourcentage de vente par rapport à la production de 48 % résultant du rapport entre le tonnage produit entre 2013 et 2015 (140 286 tonnes) et le tonnage vendu entre 2013 et 2015 (67 587 tonnes), soit une provision portant sur 48 % du stock.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 11 avril 2023 et le 7 juin 2024, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SA Roy ne sont pas fondés.

Par un courrier du 23 mai 2024, il a été demandé à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest, sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, de communiquer, les pièces justifiant que les charges de sous-activité de la SA Roy, déterminées par le service, n'avaient pas été incorporées au prix de revient des produits en stock mais admises en déduction du résultat imposable de cette société.

Par un courrier du 30 mai 2024, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest a informé le tribunal que le service avait seulement entendu minorer les charges de sous-activité de la SA Roy pour valoriser les stocks de cette société.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Campoy,

- les conclusions de M. François-Joseph Revel, rapporteur public,

- et les observations de Me Aide, représentant la SA Roy.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme (SA) ROY, qui a pour activité l'exploitation de gravières et de sablières, dispose de deux sites d'extraction situés à La Noubleau à Saint-Varent (Deux-Sèvres) et à La Gouraudière à Mauzé-Thouarsais (Deux-Sèvres). Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. A la suite de ce contrôle, le service lui a notifié le 19 avril 2018 le rehaussement de son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de son exercices clos en 2015 résultant, d'une part, de la minoration des charges de sous-activité prises en compte pour déterminer la valeur des stocks provenant de ses sites de La Noubleau et La Gouraudière et, d'autre part, de la remise en cause des provisions pour dépréciation de certains éléments de ses stocks passées à la clôture du même exercice. Suite au recours hiérarchique du 10 octobre 2018, les rectifications relatives aux provisions pour dépréciation de stock ont été abandonnées, à l'exception de celles concernant deux produits référencés B-0/32PR et R-0/4. La SA Roy demande, à titre principal, la décharge et, à titre subsidiaire, la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ainsi que des intérêts de retard y afférents qui résultent de ces différents chefs de rectifications.

Sur les charges de sous-activité :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, rendu applicable pour la détermination des bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " () 2 - Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt (). L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. 3 - Pour l'application des 1 et 2, les stocks sont évalués au prix de revient ou au cours du jour de la clôture de l'exercice, si ce cours est inférieur au prix de revient (). () 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. () ". Aux termes de l'article 38 nonies de l'annexe III au même code : " Les () produits en stock () au jour de l'inventaire sont évalués pour leur coût réel qui s'entend : () b. Pour les biens produits par l'entreprise, du coût de production qui comprend les coûts directement engagés pour la production ainsi que les frais indirects de production variables ou fixes et des coûts d'emprunt dans les conditions prévues à l'article 38 undecies. La quote-part de charges correspondant à la sous-activité n'est pas incorporable au coût de production. () 2. Le coût des stocks est déterminé par l'identification spécifique des coûts individuels, fournis par la comptabilité analytique ou, à défaut, par des calculs ou évaluations statistiques. ".

3. Il résulte de l'instruction que la SA Roy a évalué le prix de revient de ses produits en stock en y intégrant directement les charges fixes liées à l'insuffisance de sa production au regard de la capacité normale de production de chacun de ses sites d'extractions de La Noubleau et de La Gouraudière. Il est constant pour évaluer cette capacité normale de production, la société requérante a commencé par déterminer la capacité maximum de production de chacun de ces deux sites qu'elle a fixée à, respectivement, 1 800 000 tonnes et 3 300 000 tonnes par an, en retenant une méthode reposant sur le débit de la chaîne de production des granulats représenté par un nombre de tonnages par heure, à savoir 510 tonnes pour le site de La Gouraudière et 1 410 tonnes pour le site de La Noubleau, les horaires journaliers de production, à savoir 15 h pour le site de La Gouraudière et 7 h pour le site de La Noubleau, et le nombre de jours annuels de production sous déduction d'environ 20 jours d'arrêt technique pour gros entretien, c'est-à-dire 230 jours pour les deux sites. Pour évaluer la capacité normale de production des deux mêmes sites à, respectivement, 1 400 000 tonnes et 2 684 759 tonnes, la SA Roy a ensuite soustrait de leur capacité maximum de production les déperditions incompressibles de l'activité afférentes, notamment, aux réparations, à l'entretien et aux réglages ainsi qu'aux pannes en appliquant, à ce titre, une réduction supérieure à 20 %, préconisée, selon elle, par le paragraphe n°984 du " mémento comptable pour les entreprises industrielles " et qui correspond à son " taux d'efficience de production " tel qu'il figure dans le document référencé n° EN-(MO-PR0D-NC-GC-00)-09, qui, toujours selon elle, serait renseigné à partir des données analytiques de l'entreprise.

4. Le service, constatant que, sur les 27 dernières années, la production de la société requérante avait été 24 fois, sur le site de la Noubleau, et 21 fois sur le site de la Gouraudière, inférieure à celle considérée comme normale par la société requérante, a estimé que la capacité normale de production de ces deux sites, retenue par l'intéressée, était excessive au regard de ses conditions d'exploitation. Il a, par conséquent, fixé à 1 015 995 tonnes et à 2 397 230 tonnes la capacité normale de production de ces mêmes sites sur la base d'une méthode statistique consistant à apprécier rétrospectivement leur niveau normal d'activité sur la base de la moyenne de leur production durant les dix dernières années précédant le contrôle. L'application de cette méthode a entraîné la remise en cause de la totalité des charges de sous-activité du site de La Gouraudière, dont il est constant qu'il a produit 1 165 092 tonnes en 2015, soit un niveau de production supérieur au seuil de 1 015 995 tonnes susmentionné, ainsi qu'une partie des charges de sous-activité du site de La Noubleau, dont la production s'est élevée à 1 788 904 tonnes au titre de la même année.

5. En premier lieu, si la SA Roy conteste le montant des charges de sous-activité dont l'administration a admis la déduction de son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de son exercice clos en 2015 au motif que sa propre méthode statistique est conforme aux préconisations de la réglementation comptable et fiscale, elle ne justifie ni des données, évoquées au point 3, sur la base desquelles elle soutient avoir évalué la capacité maximum de production de ses deux sites de La Gouraudière et de La Noubleau, ni des informations provenant de sa comptabilité analytique, sur la base desquelles elle prétend s'être fondée pour apprécier les charges liées à la sous-activité de ces deux sites et aboutissant, selon elle, à la prise en compte d'un abattement forfaitaire supérieur à 20 % sur leur capacité maximum de production pour obtenir leur capacité normale de production. L'intéressée n'est pas fondée à se prévaloir, sur ce dernier point, du contenu du " mémento comptable pour les entreprises industrielles ", qu'elle ne fournit pas et qui, selon ses propres déclarations, ferait simplement état d'" une fourchette par exemple de l'ordre de 20% " sans pour autant impliquer l'application d'un tel pourcentage pour toutes les entreprises concernées. La société requérante n'est pas davantage fondée à se prévaloir du " taux d'efficience de production ", figurant dans le document référencé n° EN-(MO-PR0D-NC-GC-00)-09, dès lors que ce document n'est accompagné ni des explications permettant d'en apprécier la portée, ni, en toute hypothèse, des données de la comptabilité analytique sur la base desquelles il est censé avoir été établi.

6. En deuxième lieu, si la société requérante fait valoir que la méthode qu'a utilisée l'administration pour contester le montant de ses charges de sous-activité déroge au plan comptable général, il résulte de l'instruction que cette méthode, en ce qu'elle se fonde sur la moyenne de la production des années 2005 à 2014 pour apprécier la capacité normale de production des deux sites de production concernés, ne retient pas une solution fondamentalement différente de celle préconisée par l'article 213-32 du plan comptable général qui indique seulement que " La capacité normale est la production moyenne que l'on s'attend à réaliser sur un certain nombre d'exercices ou de saisons dans des circonstances normales, en tenant compte de la perte de capacité résultant de l'entretien planifié. ". Par ailleurs, la réglementation comptable, si elle n'indique pas que la moyenne de production des exercices précédents est une méthode valable d'évaluation de la capacité normale de production, ne fait pas non plus obstacle à l'utilisation d'une telle méthode, notamment lorsque, comme en l'espèce, le contribuable n'est pas, lui-même, en mesure de justifier des informations tirées de sa comptabilité analytique sur la base desquels il prétend avoir fixé sa capacité normale de production.

7. En troisième lieu, si la société requérante conteste la période de 10 ans retenue par l'administration pour apprécier la capacité normale de production de ses deux sites de production, elle ne justifie d'aucune méthode alternative probante et n'indique pas quelle période de référence serait, selon elle, plus appropriée pour procéder à une telle évaluation. Hormis des considérations générales relatives à la spécificité des décisions d'investissement dans les domaines de l'industrie lourde et un seul exemple tiré de l'exécution de l'un de ses chantiers, dont elle n'explique d'ailleurs pas en quoi il concernerait ses charges de sous-activité et qui n'est, en outre, pas accompagné du moindre justificatif, la société requérante n'apporte aucun élément indiquant qu'au cas d'espèce, la durée de vie de la totalité de ses installations s'étalerait sur une cinquantaine d'années, ni, en en toute hypothèse, que l'ensemble de ses installations ne serait en aucune manière ajustable à son activité. Les moyens ou les arguments tirés de ce que le tonnage global produit par chacun de ses sites " n'a aucune signification dans la mesure où une partie de cette production n'est pas choisie mais subie et que les tonnages produits dépendent des configurations adaptées à la nécessité des marchés ciblés " et de ce que " les pourcentages invoqués par l'administration fiscale se limitent à constater l'absence de dépassement de la capacité normale de production, sans même en mesurer l'écart " ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, la SA Roy n'est pas fondée à soutenir que la méthode qu'a utilisée l'administration pour contester ses charges de sous-activité présente un caractère excessivement sommaire.

8. En dernier lieu, la société requérante reproche à l'administration de n'avoir pas tenu compte des éventuelles erreurs qu'elle aurait pu commettre s'agissant de l'évaluation de ses stocks et susceptibles de trouver leur origine dans une production antérieure de plus de 7 ans à l'exercice 2015. Toutefois, les dispositions du 4 bis de l'article 38 du code général des impôts qu'elle invoque ne trouvent à s'appliquer que lorsqu'il est fait application du principe de correction symétrique des bilans prévu par les dispositions précitées du 2 de l'article 38 du code général des impôts, lequel n'oblige l'administration, lorsqu'elle rectifie au bilan de clôture d'un exercice une erreur génératrice d'une sous-estimation de l'actif net, à rectifier de manière symétrique le bilan d'ouverture de cet exercice, que si la même erreur se retrouve dans ce bilan.

9. Or, la SA Roy n'apporte, en l'espèce, aucun élément permettant d'établir que l'erreur corrigée par l'administration à la clôture du bilan de son exercice clos le 31 décembre 2015 figurait au bilan d'ouverture du même exercice, ni, à plus forte raison, que cette erreur serait intervenue plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. C'est, par suite, à bon droit que l'administration a considéré que la remise en cause de ses charges de sous-activité devait entraîner le rehaussement de son résultat imposable au titre de son exercice clos en 2015.

En ce qui concerne le bénéfice de la doctrine administrative :

10. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative exprimée au paragraphe n°240 du BOI-BIC-PDSTK-20-20-10-10 du 12 septembre 2012 et au paragraphe n° 10 du BOI-BIC-BASE-40-20-10 du même jour, qui ne fait pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle qui en est faite aux points 7 et 9 du présent jugement.

Sur les provisions pour dépréciation de stock :

11. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. ". Aux termes de l'article 38 decies de l'annexe III du même code : " Si le cours du jour à la date de l'inventaire des marchandises, matières premières, matières et fournitures consommables, produits intermédiaires, produits finis et emballages commerciaux perdus en stock au jour de l'inventaire est inférieur au coût de revient défini à l'article 38 nonies, l'entreprise doit constituer, à due concurrence, des provisions pour dépréciation. ".

12. Les provisions pour dépréciation du stock viennent s'inscrire à l'actif en réduction de la valeur d'origine du stock. Elles ont pour objet de constater que la valeur des marchandises en stock, estimée en fonction du cours du jour ou de leur valeur probable de réalisation, est, à la clôture de l'exercice, devenue inférieure au prix de revient de ces marchandises. L'entreprise qui invoque le risque de mévente de ses stocks doit justifier de la probabilité du risque de vente à un prix inférieur au prix de revient et apprécier le montant de la dépréciation avec une approximation suffisante, le cas échéant à l'aide de données statistiques propres à l'entreprise.

13. Après avoir relevé que la SA Roy avait pratiqué à la clôture de son exercice clos en 2015 des provisions pour dépréciation de ses stocks de produits référencés B-0/32PR et R-0/4, calculées en appliquant un taux de dépréciation de 100 % sur la valeur du stock lorsque celui-ci connaissait une augmentation importante en 2015 et que ces produits connaissaient une baisse des ventes, le service a rejeté en totalité les provisions pour dépréciation des stocks de ces deux produits, au motif qu'elles n'étaient justifiées ni dans leur principe, ni dans leur montant dès lors, d'une part, que des ventes du produit B-0/32PR avait été régulièrement réalisées au titre des exercices 2013 à 2015, pour des quantités excédant celles en stock à l'ouverture de chacun des exercices concernés et jamais à un prix inférieur au coût de production et, d'autre part, que si le produit R-0/4 connaissait une augmentation de ses quantités stockées, cette augmentation résultait de l'augmentation conjoncturelle de la production de ce matériau en 2014 et que ce produit avait donné lieu au titre de chacun des exercices clos de 2013 à 2015 à des ventes qui, là encore, ne s'étaient jamais effectuées à un prix inférieur à son coût de production.

14. Pour contester ce chef de rectification, la SA Roy soutient que les produits B-0/32PR et R-0/4, dont la production est inhérente à son activité extractive et qui sont des produits " non-conformes " ou résiduels, ne correspondent à aucune norme granulat et sont par nature sans débouchés commerciaux, ce qui justifierait, selon elle, la comptabilisation d'une provision couvrant la dépréciation de la totalité de leurs stocks. Il résulte toutefois des mentions non contestées de la proposition de rectification du 19 avril 2018 que si le produit B-0/32PR a connu, en 2015, une brusque augmentation de ses quantités stockées, qui après être restées à peu près fixes à 94 980 tonnes en 2013 et 2014 ont été brusquement portées à 145 349 tonnes en 2015, les quantités vendues de ce produit au cours de ces trois années sont toujours restées largement supérieures aux quantités stockées. S'agissant du produit R-0/4, il résulte de l'instruction que l'augmentation rapide du stock de 5 337 tonnes en 2013 à 60 225 tonnes en 2014 et 73 866 tonnes en 2015 résulte essentiellement de l'augmentation importante de la production en 2014 et pas de la baisse des quantités vendues qui étaient, du reste, largement supérieures aux quantités stockées en 2013 et qui s'avéraient suffisantes en 2014 et 2015 pour envisager un écoulement rapide du stock à brève échéance. Il n'est pas non plus établi, ni même allégué, que tout ou partie des ventes de ces deux produits seraient intervenues à un prix inférieur à leurs coûts de production.

15. Par ailleurs, outre le fait qu'il n'est aucunement établi que le niveau de production de certains types de granulats ne pourrait pas être complètement maîtrisé par la société requérante et pourrait, à ce titre, engendrer, à titre occasionnel, une augmentation des quantités stockées, le défaut de maîtrise de la production de ces granulats ne saurait, en toute hypothèse, suffire à établir l'insuffisance des ventes des produits correspondants, pas plus, d'ailleurs, qu'un taux de rotation individuel de chaque produit en stock dépassant une année, lequel n'implique pas nécessairement l'absence de débouchés commerciaux et qui, en toute hypothèse, ne justifie pas une provision couvrant 100 % de la valeur du produit stockés.

16. La méthode alternative que la SA Roy préconise d'adopter, au stade contentieux, pour fixer les provisions litigieuses à 17% de la valeur du stock du produit B-0/32PR et à 48 % de la valeur du stock du produit R-0/4 et qui consiste à déterminer pour chacune de ces références, le tonnage produit au cours des années 2013 à 2015 et de le comparer au tonnage vendu au cour des mêmes années, ne permet pas plus que la précédente d'apprécier le montant de la dépréciation avec une approximation suffisante, ni même de regarder comme probable l'existence d'une telle dépréciation.

17. Enfin, il est interdit au contribuable de donner aux provisions qu'il a lui-même passées, après l'expiration du délai de réclamation, un objet nouveau, différent de celui porté dans le tableau des provisions. Ainsi, la SA Roy, après avoir justifié la constitution de provisions par la dépréciation de certains de éléments en stocks en raison d'une baisse la valeur des marchandises correspondantes, ne peut faire valoir que ces provisions représentaient, en réalité, des " provisions pour risques " en raison de la probabilité de mise en décharge des produits concernés.

18. A supposer même que la SA Roy n'ait pas entendu modifier l'objet des provisions litigieuses, mais simplement entendu justifier, devant le juge de l'impôt, le montant des provisions pour dépréciation des stocks qu'elle avait constituées par une méthode différente de celle qu'elle avait primitivement adoptée, elle ne rapporte pas la preuve, dont la charge lui incombe, de la probabilité de la mise en décharge de ces produits, alors même qu'il n'est pas contesté qu'elle n'a jamais, depuis sa création, été amenée à effectuer de mise au rebut de ses produits dépréciés. En toute hypothèse, elle ne justifie pas non plus du montant d'une telle provision en se bornant à faire état devant le tribunal d'un prix forfaitaire d'enfouissement à la tonne dont le mode de calcul n'est aucunement justifié par les pièces versées au dossier.

19. Ainsi, et dès lors que la SA Roy ne fait état d'aucune circonstance particulière permettant de regarder comme probables des difficultés d'écoulement de ses stocks de produits B-0/32PR et R-0/4 à la clôture de l'exercice en litige, c'est à bon droit que l'administration a écarté la méthode d'évaluation utilisée par cette société qui n'est, par suite, pas fondée à contester les impositions supplémentaires résultant de chef de rectification.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la SA Roy n'est pas fondée à demander la décharge, ni même la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015, ni des intérêts de retard correspondants.

Sur les conclusions présentées la SA Roy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SA Roy est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Roy et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le président rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. HENRY La greffière,

Signé

D . GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions