jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202498 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, Mme C A demande au tribunal de lui accorder la remise gracieuse de sa dette de 1 141,22 euros relative au solde d'un trop-perçu de prime d'activité au titre des mois d'octobre 2020 à mars 2021.
Elle soutient que :
- l'indu en litige est lié à des aides financières versées par ses parents qui ont bien été déclarées au service des impôts ;
- elle n'est pas en capacité financière de rembourser la somme qui lui est réclamée.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que la décharge qui pourrait lui être accordée soit limitée à 10% des sommes dues ;
3°) à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que Mme A ne justifie pas qu'une remise supplémentaire puisse lui être accordée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision du 9 mai 2022, la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne a notifié à Mme A un indu de prime d'activité d'un montant de 1 521,63 au titre des mois d'octobre 2020 à mars 2021. Par décision du 7 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a accordé une remise gracieuse partielle d'un montant de 380,41 euros, soit 25% de la somme initialement réclamée. Par la présente requête, Mme A demande la remise de la somme de 1 141, 22 euros laissée à sa charge.
2. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 de ce code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-3 de ce code : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou d'aide personnalisée au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
4. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige trouve son origine dans le défaut de déclaration par Mme A de la pension alimentaire de 495 euros qu'elle percevait chaque mois entre octobre 2020 et mai 2021 et de son salaire du mois de mai 2020 d'un montant de 323 euros. Pour justifier de la précarité de sa situation financière, l'intéressée produit un bulletin de salaire d'un montant net de 911,34 euros pour le mois d'août 2022 et un décompte faisant état de charges supérieures à ses ressources, comprenant notamment un loyer de 400 euros. Elle produit également son avis d'imposition au titre de l'année 2022 indiquant un revenu fiscal de référence de 2 056 euros. La caisse d'allocations familiale de la Vienne produit par ailleurs la déclaration trimestrielle de Mme A faisant état de ressources déclarées à hauteur de 1 005 euros mensuels pour les mois d'avril, mai et juin 2023. Dans ces conditions, et dès lors que la bonne foi de Mme A n'est pas contestée, il y a lieu de lui accorder une remise gracieuse supplémentaire de 25% de sa dette initiale, soit 380,41 euros.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision de remise gracieuse partielle du 7 septembre 2022 doit être annulée, et que Mme A est en droit de prétendre, au titre de prime d'activité en litige à la décharge d'une somme supplémentaire de 380,41 euros. Les surplus des conclusions de la requête est rejeté.
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mis à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 : La décision de remise gracieuse partielle du 7 septembre 2022 est annulée.
Article 2 : Il est accordé à Mme A la décharge d'une somme de 380,41 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. BLa greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
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