lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202576 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | NOEL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021 sous le numéro 2103214, un mémoire enregistré le 16 septembre 2022, et un mémoire, non communiqué, enregistré le 26 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Noël, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 août 2021 par laquelle le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis a rejeté sa demande de reprise à mi-temps thérapeutique, et la décision du 15 octobre 2021 par laquelle l'établissement a rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de la décision du 17 août 2021 ;
2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-à titre principal, les décisions attaquées sont illégales en raison de l'illégalité du retrait de la décision de réintégration du 25 juin 2021, créatrice de droits à son égard ;
-à titre subsidiaire, elles méconnaissent les dispositions de l'article 55 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant statut de la fonction publique hospitalière, d'une part, le temps partiel thérapeutique dont elle a demandé à bénéficier ne pouvant s'analyser comme une inaptitude à la reprise de ses fonctions de sage-femme, et, d'autre part, les aménagements de poste n'étant pas limités aux agents d'ores et déjà en poste ;
-elles méconnaissent les dispositions de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires en se fondant sur un motif discriminatoire, tiré de son état de santé ;
-elles reposent sur une erreur de fait ainsi qu'une erreur d'appréciation, dès lors que son aptitude médicale à l'exercice de ses fonctions de sage-femme a été reconnue, sous réserve d'un mi-temps thérapeutique, par son médecin traitant et par le médecin du travail, et l'absence de poste vacant, invoquée tardivement, n'étant pas établie.
Par des mémoires en défense enregistrés le 18 février 2022 et le 19 septembre 2023, le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, représenté par la SCP Gombaud Combeau Coutand, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022 sous le numéro 2202576 et un mémoire enregistré le 26 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Noël, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis a implicitement rejeté sa réclamation indemnitaire préalable du 7 juillet 2022 ;
2°) de condamner le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à lui verser, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de ses agissements fautifs, d'une part, la somme de 1 772,71 euros, à parfaire, au titre de son préjudice économique et financier, et, d'autre part, la somme de 5 000 euros, à parfaire, au titre de son préjudice moral et de ses troubles dans ses conditions d'existence, ces deux sommes devant être assorties des intérêts au taux légal à compter du 8 juillet 2022, date de réception de sa demande préalable, et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite par laquelle sa demande indemnitaire a été rejetée n'est pas motivée, alors qu'elle a demandé la communication de ses motifs de rejet en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la responsabilité du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est engagée du fait de l'illégalité fautive entachant la décision du 17 août 2021 portant retrait de la décision de réintégration du 25 juin 2021 et refus de la réintégrer, qui méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 55 de la loi n° 86-33 précitée et repose sur des motifs de fait erronés ;
- les illégalités fautives commises par le groupe hospitalier sont aggravées par la discrimination à laquelle il s'est livré, liée à son état de santé, en revenant sur la décision de la réintégrer dès lors qu'elle a demandé le bénéfice d'un temps partiel thérapeutique ;
- le groupe hospitalier a commis une autre faute en s'abstenant de lui verser les allocations de retour à l'emploi alors qu'il l'avait placée en disponibilité d'office à compter du 1er septembre 2021, et en procédant ultérieurement à une régularisation inférieure à celle à laquelle elle avait droit ;
- elle a subi un préjudice économique et financier qu'elle évalue à un montant de 1 772,71 euros, en l'absence de régularisation des allocations de retour à l'emploi à hauteur du montant qui lui était dû, et compte tenu des majorations de sa taxe d'habitation et de ses factures d'électricité qui lui ont été appliquées en raison du retard avec lequel elle a dû payer ces créances ;
- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, causés par la privation de son emploi et de ses ressources, alors qu'elle était enceinte, fragilisant son état psychologique, dont elle demande réparation pour un montant de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2023, le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, représenté par la SCP Gombaud Combeau Coutand, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les moyens soulevés à l'encontre de la décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation de Mme A ne sont pas fondés ;
- à titre principal, il n'a pas commis d'illégalité fautive, le courrier du 25 juin 2021 ne pouvant être regardé comme une décision créatrice de droits, et le refus de la réintégrer étant justifié par l'absence de poste de sage-femme vacant à la date de réintégration souhaitée ;
- il a versé à Mme A le montant d'allocations de retour à l'emploi qui lui était dû ;
- la requérante ne justifie pas d'un préjudice moral et de troubles dans ses conditions d'existence ;
- à titre subsidiaire, les demandes indemnitaires de Mme A doivent être ramenées à de plus justes proportions.
Par un courrier du 29 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire de Mme A.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;
- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Coutand, représentant le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est sage-femme des hôpitaux premier grade au sein du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis. Après avoir été détachée pendant cinq ans auprès de l'éducation nationale à compter du 1er septembre 2016, en dernier lieu en Martinique, elle a demandé, par un courrier du 23 avril 2021, sa réintégration au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, à compter du 1er Septembre 2021. Par un courrier du 25 juin 2021, l'établissement l'a informée qu'il était donné une suite favorable à sa demande de réintégration sous réserve de son aptitude médicale à ses fonctions et de mise à jour de ses compétences professionnelles. Par un courrier du 9 août 2021, Mme A a demandé à reprendre son activité à temps partiel thérapeutique, ce que le groupe hospitalier a refusé, par un courrier du 17 août 2021. Mme A a demandé le retrait de ce refus par un courrier du 13 septembre 2021. Par une correspondance du 15 octobre 2021, le groupe hospitalier a rejeté ce recours gracieux, et informé la requérante de son placement en disponibilité d'office dans l'attente d'une réintégration après détachement, et de sa possibilité de solliciter le bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi. Par un courrier du 7 juillet 2022, Mme A, qui a réintégré l'éducation nationale le 7 février 2022, a sollicité du groupe hospitalier l'indemnisation des préjudices qu'elle estimait avoir subis du fait de ses agissements fautifs, ayant entraîné sa privation involontaire d'emploi. Par un courrier du 12 septembre 2022, Mme A a sollicité de l'établissement la communication des motifs du refus implicite opposé à sa demande de réparation. Par sa requête enregistrée sous le numéro 2103214, Mme A demande l'annulation de la décision du 17 août 2021 par laquelle le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis a rejeté sa demande de reprise à mi-temps thérapeutique, et de la décision du 15 octobre 2021 par laquelle l'établissement a rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de la décision du 17 août 2021. Par sa requête enregistrée sous le numéro 2202576, Mme A sollicite la réparation des préjudices économique et moral consécutifs, selon elle, aux illégalités fautives commises par le groupe hospitalier, pour un montant total de 6 772,71 euros, dans le dernier état de ses écritures.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions du 17 août 2021 et du 15 octobre 2021 :
2. D'une part, aux termes de l'article 55 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " A l'expiration de son détachement, et nonobstant les dispositions des articles 36 et 38, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réaffecté dans l'emploi qu'il occupait avant son détachement ou dans un autre emploi, relevant du même établissement, que son grade lui donne vocation à occuper. / () Lorsque le fonctionnaire détaché refuse l'emploi proposé, il est placé d'office en position de disponibilité. Il ne peut alors être nommé à l'emploi auquel il peut prétendre ou à un emploi équivalent que lorsqu'une vacance est budgétairement ouverte dans son établissement d'origine ". Aux termes de l'article 56 de la même loi : " A l'expiration de son détachement, lorsque aucun emploi correspondant à son grade n'est vacant dans son établissement d'origine, le fonctionnaire est placé en disponibilité d'office. Sauf lorsqu'il y a lieu d'appliquer les dispositions du premier alinéa de l'article 55, de l'article 93 ou celles du dernier alinéa du présent article, il bénéficie, nonobstant les dispositions des articles 36 et 38, d'une priorité de recrutement sur tout emploi correspondant à son grade et vacant dans un des établissements mentionnés à l'article 2. () ". En outre, aux termes de l'article 20 du décret du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition : " Lorsqu'un fonctionnaire, arrivé au terme d'un détachement de longue durée et qui ne peut être réintégré faute d'emploi vacant, est placé d'office en position de disponibilité, l'autorité investie du pouvoir de nomination en avise immédiatement l'autorité administrative compétente de l'Etat () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité peut être autorisé à accomplir un service à temps partiel pour raison thérapeutique lorsque l'exercice des fonctions à temps partiel permet : / 1° Soit le maintien ou le retour à l'emploi de l'intéressé et est reconnu comme étant de nature à favoriser l'amélioration de son état de santé ; / 2° Soit à l'intéressé de bénéficier d'une rééducation ou d'une réadaptation professionnelle pour retrouver un emploi compatible avec son état de santé. () ". Aux termes de l'article 13-1 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire adresse à l'administration qui l'emploie une demande d'autorisation de servir à temps partiel pour raison thérapeutique accompagnée d'un certificat médical qui mentionne la quotité de temps de travail, la durée et les modalités d'exercice des fonctions à temps partiel pour raison thérapeutique prescrites. () ".
4. Enfin, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration le non-respect des assurances de recrutement données par elle à un agent ayant abandonné, sur la base de ces assurances, l'emploi qu'il occupait.
5. Il ressort des pièces du dossier que le groupe hospitalier allègue l'absence de vacance de poste de sage-femme depuis le 1er janvier 2021, ce dont atteste par écrit la directrice des ressources humaines de l'établissement le 14 février 2022, alors qu'il a informé Mme A le 25 juin 2021, soit postérieurement au 1er janvier 2021, qu' " une suite favorable " était donnée à sa demande de réintégration, sous les seules réserves de son aptitude physique à reprendre ses fonctions de sage-femme, de l'actualisation de ses capacités et compétences professionnelles, de la mise à jour de son dossier administratif, et de la signature d'une " décision d'intégration ", en vue de se voir remettre ses codes d'accès informatiques et de pouvoir percevoir sa rémunération " pour le mois de [son] recrutement ". Toutefois, Mme A ayant demandé le 9 août 2021 à reprendre ses fonctions à mi-temps thérapeutique en s'appuyant sur le certificat médical de son médecin traitant, le groupe hospitalier a finalement rejeté sa demande de réintégration par un courrier du 17 août 2021, soit moins de quinze jours avant la date de réintégration prévue, au double motif que son inaptitude à reprendre ses fonctions " à temps plein " y faisait obstacle et qu'aucun poste vacant permanent n'étant disponible. Ce faisant, et alors que le groupe hospitalier était nécessairement informé de l'affectation de Mme A auprès de l'administration de l'éducation nationale en Martinique, pour avoir pris les arrêtés de détachement correspondants pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2021, impliquant pour elle, ainsi qu'elle le soutient, l'organisation de sa réinstallation en métropole pendant la période estivale, il lui a donné l'assurance, par son courrier du 25 juin 2021, qu'elle serait réintégrée au 1er septembre 2021 dans ses effectifs en qualité de sage-femme. Au surplus, contrairement à ce que soutient le groupe hospitalier, le temps partiel pour raison thérapeutique ne peut être regardé comme une inaptitude aux fonctions de l'agent qui en demande le bénéfice. Dans ces conditions, en dépit de l'absence de vacance de poste de sage-femme au 1er septembre 2021, le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en refusant de réintégrer Mme A dans ses effectifs à cette date, alors qu'il s'était engagé par son courrier du 25 juin 2021, fût-ce imprudemment, à la réintégrer.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions du 17 août 2021 par laquelle le groupe hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis a rejeté la demande de reprise de Mme A à mi-temps thérapeutique, et la décision du 15 octobre 2021 par laquelle l'établissement a rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de la décision du 17 août 2021, doivent être annulées.
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable du 7 juillet 2022 :
7. La décision implicite par laquelle le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis a rejeté la demande d'indemnisation de la requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande, qui a donné à l'ensemble de sa requête enregistrée sous le n° 2202576 le caractère d'un recours de plein contentieux. Les conclusions qu'elle a présentées conduisant le juge à se prononcer sur son droit à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable sont irrecevables.
Sur les conclusions pécuniaires :
8. Mme A demande le versement d'une somme de 1 142,73 euros, correspondant à un complément d'allocations de retour à l'emploi pour la période du 1er septembre 2021 au 6 février 2022.
9. Aux termes de l'article 14 du décret du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage : " L'allocation journalière servie en application du présent titre est constituée par la somme : / - d'une partie proportionnelle au salaire journalier de référence fixée à 40,4 % de celui-ci ; / - et d'une partie fixe égale à 12 euros. / Lorsque la somme ainsi obtenue est inférieure à 57 % du salaire journalier de référence, ce dernier pourcentage est retenu. / Le montant de l'allocation journalière ainsi déterminé ne peut être inférieur à 29,26 euros, sous réserve des articles 15, 16 et 17. / Les montants mentionnés au présent article sont revalorisés dans les conditions prévues à l'article 20 ". L'article 16 de ce décret dispose que : " L'allocation journalière déterminée en application des articles 14 et 15 est limitée à 75 % du salaire journalier de référence ".
10. Il résulte de l'instruction que Mme A a été placée en disponibilité d'office à compter du 1er septembre 2021, par un arrêté du 18 novembre 2021, après avoir été informée, par les décisions précitées des 17 août 2021 et 15 octobre 2021, de la possibilité de demander une prise en charge au titre de l'allocation de retour à l'emploi, sous réserve, comme le précise la décision du 15 octobre 2021, qu'elle soit inscrite à pôle emploi. Par un courrier du 21 décembre 2021, Mme A a été destinataire du refus de cet organisme de lui verser l'allocation de retour à l'emploi, au motif que la prise en charge demandée relevait du groupe hospitalier.
11. Mme A soutient qu'elle aurait dû percevoir un montant d'indemnité journalière de 26,23 euros par jour, dont 14,11 euros correspondant à la partie proportionnelle au salaire journalier de référence, non contestés, augmentés de 12,12 euros correspondant à la partie fixe, alors que le groupe hospitalier a appliqué à cette partie fixe un coefficient de 0,41, non prévu par l'article 14 du décret du 26 juillet 2019. Ainsi, à raison de 160 jours d'indemnisation du 1er septembre 2021 au 6 février 2022, la requérante allègue que le groupe hospitalier doit lui verser un montant supplémentaire de 1 142,73 euros au titre des allocations de retour à l'emploi, équivalant à 6,31 euros supplémentaires par jour. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que le groupe hospitalier a diminué, à tort, le montant de la partie fixe, en l'affectant d'un taux de 41 % qui ne résulte pas des dispositions applicables, le montant journalier auquel Mme A peut prétendre s'élève à 26,21 euros, correspondant à 75 % du salaire journalier de référence s'élevant à 34,94 euros au cours de la période considérée.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme A a droit au versement, pour la période allant du 1er septembre 2021 au 7 septembre 2021, de 183,44 euros, et, pour les 152 jours au titre desquels elle a déjà été indemnisée à raison de 19,92 euros journalier, à un versement supplémentaire de 956,08 euros, correspondant à une somme totale de 1 139,52 euros.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne le préjudice financier :
13. Mme A demande l'indemnisation d'une somme de 129,98 euros, compte tenu de l'interruption du paiement de son crédit immobilier, et d'une somme de 500 euros, en réparation des majorations et intérêts de retard qu'elle a dû acquitter en raison du retard avec lequel elle a payé ses factures d'électricité et sa taxe d'habitation.
14. Si la requérante entend ainsi se prévaloir d'un préjudice financier causé par l'interruption du paiement de son crédit immobilier et par les majorations de sa taxe d'habitation et de ses factures d'électricité, compte tenu de retards de paiement de sa part, dus au versement tardif de son allocation de retour à l'emploi par le groupe hospitalier, elle n'établit pas, par les pièces versées au débat et malgré une mesure d'instruction en ce sens, avoir dû effectivement acquitter les frais et pénalités invoqués. En tout état de cause, elle ne démontre pas davantage le lien de causalité entre le préjudice allégué et le versement tardif de son allocation par le groupe hospitalier, en l'absence d'élément probant quant à la date à laquelle elle a sollicité l'établissement à ce titre, et alors qu'il l'a invitée, dès son courrier du 17 août 2021, à demander à percevoir l'allocation de retour à l'emploi. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser Mme A au titre du préjudice financier invoqué.
En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence
15. La faute commise par le groupe hospitalier en refusant de réintégrer Mme A est de nature à engager sa responsabilité pour le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence invoqués par la requérante, en lien direct avec cette illégalité.
16. La requérante soutient avoir subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, évalués à la somme de 5 000 euros, causés par la privation de son emploi et de ses ressources, alors qu'elle était enceinte, fragilisant son état psychologique.
17. Il est constant que Mme A, dont les deux derniers détachements étaient effectués auprès de l'éducation nationale de la Martinique jusqu'à la fin du mois d'août 2021, a dû organiser son retour en France dès que sa demande de réintégration a reçu une suite favorable par le courrier précité du 25 juin 2021. Dans ces conditions, l'irrégularité du refus de réintégration qui lui a été opposé par la suite, par le courrier du 17 août 2021, soit moins de quinze jours avant la date à laquelle elle aurait dû reprendre son activité de sage-femme au groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, a contribué au développement de l'état dépressif de Mme A, attesté par le certificat médical du 26 octobre 2023 qu'elle produit, lui causant un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une indemnité totale de 4 000 euros.
18. Il résulte de tout ce qui précède que le groupe hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis doit être condamné à payer à Mme A une somme totale de 5 139,52 euros.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
19. D'une part, Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 5 139,52 euros, à compter du 8 juillet 2022, date de réception de sa demande préalable par le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.
20. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois lors de l'enregistrement de la requête, le 17 octobre 2022. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande de capitalisation à compter du 8 juillet 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : Les décisions du 17 août 2021 et du 15 octobre 2021 sont annulées.
Article 2 : Le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est condamné à verser à Mme A une somme de 5 139,52 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 8 juillet 2022, capitalisés à partir du 8 juillet 2023 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 3 : Le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis versera à Mme A une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 février 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
N°s 2103214, 2202576
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026