mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202684 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP DICE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 octobre 2022 et le 8 mai 2024, M. B A, représenté par Me Dallet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner une expertise portant sur les conditions de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier Nord Deux-Sèvres du 17 au 20 août 2021 ;
2°) de déclarer commun à la caisse primaire d'assurance-maladie des Deux-Sèvres le jugement à intervenir ;
3°) de surseoir à statuer sur ses demandes au fond.
Il soutient qu'il a été admis au service des urgences du centre hospitalier Nord-Deux-Sèvres le 17 août 2021 suite à de violentes douleurs abdominales accompagnées de rectorragies ; il a ensuite été admis, le 20 août suivant, dans un autre service du même établissement, avec un premier diagnostic évoquant une importante crise de goutte dont les examens pratiqués par le centre hospitalier ont révélé qu'il s'agissait d'une chondrocalcinose ; cette chondrocalcinose est consécutive à un surdosage de diurétiques administrés au centre hospitalier avec indication de poursuivre le traitement hospitalier à la sortie de l'établissement ; ces points sont confirmés par son médecin traitant qui atteste que son bilan hospitalier met en évidence une augmentation de l'acide urique en lien avec des doses importantes de Furosémide, qui, en association avec la Spironolactone donnée au cours de son hospitalisation, ont entraîné sa chondrocalcinose ; il souffre encore de fortes douleurs dans toutes les articulations et marche difficilement avec une canne ; une expertise est nécessaire pour caractériser la faute commise par le centre hospitalier dans le cadre de l'administration d'un excès de diurétiques, à l'origine de sa chondrocalcinose, ainsi que les préjudices dont il souffre et qui sont liés à cette pathologie.
Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime demande au tribunal de réserver ses droits dans l'attente du chiffrage de ses débours définitifs.
Par un mémoire en défense enregistrés le 17 mai 2023, le centre hospitalier Nord Deux-Sèvres, représenté par Me Maissin, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, demande, à titre subsidiaire, au tribunal de décider, avant dire droit, une mesure d'expertise médicale et de surseoir à statuer sur les demandes présentées par M. A ainsi que de mettre à la charge de ce dernier la somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le requérant n'établit pas, par la simple attestation de son médecin traitant, qui se borne à faire état d'un lien " probable " entre sa chondrocalcinose et les doses administrées de Furosémide, que la responsabilité fautive de l'établissement serait engagée, ni d'ailleurs, l'existence du préjudice qu'il invoque.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Campoy,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
- et les observations de Me Pechier, représentant le centre hospitalier Nord Deux-Sèvres.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que M. B A a été admis au service des urgences du centre hospitalier Nord-Deux-Sèvres le 17 août 2021 suite à de violentes douleurs abdominales accompagnées de rectorragies. Selon ses déclarations, il a été admis, le 20 août suivant, dans un autre service du même établissement avec un premier diagnostic évoquant une importante crise de goutte dont les examens pratiqués par le centre hospitalier ont révélé qu'il s'agissait d'une chondrocalcinose. Il a quitté l'établissement le 1er septembre 2021. Dans le dernier état de ses écritures, M. A demande une expertise portant sur les conditions de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier Nord Deux-Sèvres du 17 au 20 août 2021 ainsi que sur l'évaluation des préjudices qu'il allègue avoir subis du fait de la chondrocalcinose dont il souffre et qu'il impute, sur les indications de son médecin traitant, à un surdosage de diurétiques administrés durant son séjour aux urgences de cet établissement.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes, d'une part, de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () ".
4. S'il résulte des pièces versées au dossier et notamment du dossier médical de M. A, que celui-ci souffrait, à l'issue de son séjour au centre hospitalier Nord Deux-Sèvres, d'une polyarthralgie inflammatoire sur poussée de chondrocalcinose et que l'intéressé produit une attestation de son médecin traitant faisant état d'une importante augmentation de son uricémie en lien, selon ce professionnel, avec les doses importantes de diurétiques (Furosémide) qui lui ont été administrées au cours de son hospitalisation, il ressort des éléments d'information générale sur la chondrocalcinose, librement accessibles au public, que cette pathologie n'est pas liée, contrairement à ce qu'estiment le requérant et son médecin traitant, à une augmentation de l'urée, mais à des dépôts de pyrophosphate de calcium au niveau des cartilages et fibrocartilages (https://www.chu-lyon.fr/chondrocalcinose), ce qui, précisément, différencie cette pathologie de la " goutte ", qui est liée à un excès d'acide urique dans le sang, avec laquelle elle est souvent confondue, raison pour laquelle elle est fréquemment qualifiée de " pseudogoutte " (https://www.ligues-rhumatisme.ch/rhumatismes-de-a-a-z/pseudogoutte). Ainsi, et à supposer même que les diurétiques, qui ont été administrés à M. A durant son hospitalisation, seraient à l'origine d'une augmentation provisoire de son uricémie, cette circonstance reste sans incidence sur l'apparition de la chondrocalcinose dont il souffre, qui reste, selon les données actuelles de la science, une maladie dont l'étiologie demeure inconnue mais qui, en toute hypothèse, ne résulte pas d'un excès de diurétiques. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de tout lien entre la faute que le requérant impute au centre hospitalier et la pathologie à l'origine des préjudices dont il se prévaut, il y a lieu, sans prescrire l'expertise sollicitée qui ne présenterait, dès lors, aucune utilité, de rejeter sa requête, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les droits de la caisse de sécurité sociale :
5. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'en l'absence de tiers responsable, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.
Sur les conclusions du centre hospitalier tendant au paiement des frais de l'instance :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que réclame le centre hospitalier au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et au centre hospitalier Nord Deux-Sèvres.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le président rapporteur,
Signé
L. Campoy
L'assesseur le plus ancien,
Signé
B. Henry La greffière,
Signé
D. Gervier
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. Gervier
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