mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202728 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022 sous le n°2202728, M. A C doit être regardé comme formant opposition à la contrainte ES392200521 émise le 10 octobre 2022 par Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine pour le recouvrement d'un indu au titre de l'allocation de retour à l'emploi pour un montant de 2 450,19 euros et de le décharger de la somme qui y est mentionné.
Il soutient qu'il a respecté toutes ses obligations déclaratives, qu'il ne comprend pas pourquoi les sommes lui sont demandées, qu'il n'a commis aucune fraude et n'a pas résidé au Portugal durant la période d'indemnisation.
La requête a été communiquée à France Travail Nouvelle-Aquitaine qui n'a pas produit de mémoire.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2022 et le 19 mars 2024 sous le n°2203172, M. A C, représenté par la SCP BCJ, doit être regardé comme demandant :
1°) de former opposition à la contrainte ES392200594 émise le 14 novembre 2022 par Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine pour le recouvrement d'un indu au titre de l'allocation de retour à l'emploi pour un montant de 10 030,26 euros et de le décharger de l'obligation de payer la somme qui y est mentionnée ;
2°) de mettre à la charge de France Travail la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'incompétence ; elle méconnaît les dispositions de l'article R. 5426-20 du code du Travail, dès lors que la mise en demeure, qui au demeurant ne comporte ni le nom du signataire, ni sa qualité, n'a pas été signée par le directeur général de pôle emploi ; elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne comporte pas explicitement les motifs, la nature et le montant des sommes réclamées ; France Travail n'apporte pas la preuve que le droit de communication a été mis en œuvre par un agent habilité et assermenté et, de surcroît, ne lui a pas transmis les documents obtenus dans le cadre du droit de communication ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que s'il n'a pas utilisé son compte bancaire en France pendant plusieurs mois, cela ne signifie pas pour autant qu'il résidait, comme le soutient France Travail, à l'étranger.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 février 2024 et 27 mars 2024, France Travail Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes présentées par M. C sont relatives à la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par le même jugement.
2. M. A C a été admis au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) et a été indemnisé à compter du 27 février 2020. Pôle emploi lui a notifié des indus au titre de cette allocation et a délivré des contraintes les 10 octobre 2022 et 14 novembre 2022 en vue du recouvrement des sommes de 2 450,19 euros et de 10 030,26 euros. Par la présente requête, M. C forme opposition aux contraintes précitées.
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () ".
4. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de solidarité spécifique est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
5. En l'espèce, les décisions contestées comportent les visas des textes applicables, la nature des prestations, le montant des sommes réclamées et les périodes sur lesquelles porte la récupération. En revanche, en indiquant " révision du droit ", Pôle emploi n'a donné aucune indication sur le motif desdites décisions de récupération des sommes indûment versées au titre de l'ASS et les courriers de mise en demeure du 9 août 2022 et du 19 septembre 2022, en se bornant à mentionner que les montants perçus au titre de l'ASS avaient été versés à tort, ne permettent pas de préciser le motif des indus réclamés. Par suite, les décisions contestées sont insuffisamment motivées et doivent être annulées.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les contraintes du 10 octobre 2022 et du 14 novembre 2022 émises par le directeur d'agence de Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine ne peuvent qu'être annulées. Par suite, il convient de décharger M. C du montant réclamé par ces contraintes au titre des indus sollicités à tort.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de France Travail une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les contraintes du 10 octobre 2022 et du 14 novembre 2022 émises par le directeur d'agence de Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine ES392200521 pour la période du 26 avril 2021 au 31 décembre 2021 d'un montant de 2 450,19 euros et ES392200594 pour la période du 27 février 2020 au 30 juin 2022 d'un montant de 10 030,26 euros pour le recouvrement d'indus au titre de l'allocation de solidarité spécifique sont annulées.
Article 2 : M. C est déchargé des sommes de 2 450,19 euros pour la période du 26 avril 2021 au 31 décembre 2021 et de 10 030,26 euros pour la période du 27 février 2020 au 30 juin 2022 résultant d'indus d'allocation de solidarité spécifique.
Article 3 : France Travail versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à France Travail Nouvelle-Aquitaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. BLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
2,220317
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