mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202730 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 novembre 2022, 23 janvier 2024 et 31 janvier 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 2 décembre 2022, 12 décembre 2022, 21 janvier 2024, 23 janvier 2024, 31 janvier 2024 M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 23 août 2022 par laquelle le directeur d'agence Pôle emploi de Cognac a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et lui a définitivement supprimé le bénéfice de l'aide au retour à l'emploi (ARE).
Il soutient qu'il a communiqué en toute bonne foi les éléments nécessaires à sa défense à l'agence Pôle emploi de Cognac en charge de son dossier sans que ceux-ci n'aient été pris en compte ni qu'une réponse soit apportée à sa réclamation ; l'ensemble des manquements des services de Pôle emploi, les contradictions évidentes entre les décisions prises et la sanction qui lui a été opposée lui portent préjudice de manière injuste et disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, Pôle Emploi Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B s'est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi le 12 septembre 2018 auprès de l'agence Pôle emploi de Nantes, puis son dossier a été transféré à l'agence de Cognac suite à un déménagement. Il a été indemnisé au titre des allocations d'aide au retour à l'emploi (ARE) à partir du 30 septembre 2018. Par un courrier du 26 juillet 2022, le directeur de l'agence Pôle emploi de Cognac a sollicité auprès de lui le remboursement d'un indu de 40 733,80 euros, du fait de l'absence de déclaration par l'intéressé de son activité salariée du mois de septembre 2018 au mois de décembre 2020. Par un courrier du même jour, la même autorité lui a infligé un avertissement puis, le 23 août 2022, le directeur d'agence Pôle emploi de Cognac a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et lui a définitivement supprimé le bénéfice de l'aide au retour à l'emploi (ARE) du fait de fausses déclarations. Le 6 octobre 2022, il a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejetée le 7 octobre 2022. Le 27 septembre 2022, le requérant a saisi le médiateur de pôle emploi qui, par un courrier du 2 novembre 2022, a indiqué que sa médiation n'avait pu aboutir. M. B demande l'annulation de la décision du 23 août 2022.
2. Aux termes de l'article L. 5412-2 du code du travail : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui a fait de fausses déclarations pour être ou demeurer inscrite sur cette liste. ". Aux termes de l'article R. 5412-5 du même code : " La radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription : / () / 3° Pendant une période dont la durée est comprise entre six et douze mois consécutifs lorsque sont constatées les fausses déclarations mentionnées à l'article L. 5412-2. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 5426-2 du même code : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1, à l'article L. 5412-2 et au II de l'article L. 5426-1-2. / Il est également supprimé en cas de fraude ou de fausse déclaration. Les sommes indûment perçues donnent lieu à remboursement ". Aux termes de l'article R. 5426-3 dudit code, dans sa version applicable au présent litige : " Le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 supprime le revenu de remplacement mentionné à l'article L. 5421-1 pour une durée limitée ou définitivement selon les modalités suivantes : / () / 3° En cas de manquement mentionné à l'article L. 5412-2 et, en application du deuxième alinéa de l'article L. 5426-2, en cas d'absence de déclaration, ou de déclaration mensongère du demandeur d'emploi, faites en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement, il supprime ce revenu de façon définitive. Toutefois, lorsque ce manquement est lié à une activité non déclarée d'une durée très brève, le revenu de remplacement est supprimé, en cas de premier manquement, pour une durée de deux à six mois et, en cas de manquements répétés, de façon définitive. () ". Puis aux termes de l'article R. 5411-6 du code précité : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : / 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 5411-7 du même code : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures. ".
3. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration et, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue. Compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.
4. Il résulte de l'instruction, et n'est pas sérieusement contesté par le requérant, qu'il a repris une activité au sein de la société Derichebourg du mois de décembre 2018 au mois de septembre 2020 et qu'il n'a pas déclaré ce changement de situation, ce qui lui a permis de bénéficier indûment de l'allocation de retour à l'emploi pendant cette période, pour un montant de 40 733,80 euros. Si M. B soutient qu'il a signalé sa reprise d'activité à ses agences pôle emploi de Nantes et de Cognac, dès lors qu'il a envoyé des courriels, versés aux débats, en date du 20 décembre 2018, 3 novembre 2019, 4 janvier 2020 et 3 mars 2020, contenant ses bulletins de paie à son interlocuteur au sein de l'agence, il résulte de l'instruction qu'il a continué à ne pas déclarer sa reprise d'activité dans le cadre du système déclaratif mensuel sur l'ensemble de la période litigieuse. La circonstance que son activité était exercée au forfait, pour laquelle le nombre d'heures ne peut être expressément renseigné, ne l'exonérait pas de déclarer une activité mensuelle et, ainsi, une reprise d'activité devant interrompre le versement de l'ARE. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant fait de fausses déclarations, au sens de l'article L. 5412-2 du code du travail, afin de percevoir indûment l'ARE. La circonstance que l'intéressée se trouverait dans une situation financière difficile est, en outre, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, c'est à bon droit que Pôle Emploi a radié M. B de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et lui a définitivement supprimé l'ARE.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 août 2022 par laquelle le directeur d'agence Pôle emploi de Cognac a procédé à la radiation de M. B de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et lui a définitivement supprimé le bénéfice de l'aide au retour à l'emploi (ARE) doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. CLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre du travail, de plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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