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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202793

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202793

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202793
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers annule la décision implicite de la CAF de la Charente-Maritime rejetant le recours de M. A contre un indu d'aide personnalisée au logement de 2 902 euros. Le tribunal constate que la commission de recours amiable n'a pas été saisie préalablement, en méconnaissance des articles R. 825-1 et R. 825-2 du code de la construction et de l'habitation, ce qui a privé le requérant d'une garantie et entaché la décision d'illégalité. La solution retenue est l'annulation de la décision attaquée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite portant rejet de son recours administratif préalable formé le 11 mars 2022 contre la décision du 17 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime lui a notifié un indu d'allocation personnalisée au logement ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de rembourser cet indu ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise totale ou partielle de sa dette ou, à défaut, des délais de paiement ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la caisse ne démontre pas que la commission de recours amiable a rendu un avis sur son recours administratif préalable, en méconnaissance des dispositions des articles R. 825-1 et R. 825-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- sur la période litigieuse retenue pour le calcul de l'indu, il bénéficiait d'un titre de séjour et ignorait que son acte de naissance et son passeport étaient considérés comme non authentiques par la préfecture ;

- il n'a pas dissimulé d'informations, de sorte qu'il ne peut être considéré comme étant de mauvaise foi ;

- il ne dispose d'aucune ressource et ne peut rembourser l'indu en cause.

Par un mémoire enregistré le 4 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme B a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. La caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime a notifié à M. A, par courrier du 17 janvier 2022, un indu correspondant à un trop-perçu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 2 902 euros. Par courrier du 11 mars 2022, M. A a effectué un recours administratif. Par sa requête, il conteste la décision implicite intervenue à la suite de son recours administratif préalable obligatoire et demande la décharge de l'indu en cause.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de logement familiale et de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. ". Aux termes de l'article R. 825-2 de ce code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnées à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. Ses décisions sont motivées. ". Il résulte de ces dispositions que le directeur de la caisse d'allocations familiales a l'obligation de soumettre, pour avis, à la commission de recours amiable les contestations relatives à l'allocation personnalisée au logement.

4. Il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime a notifié à M. A, par courrier du 17 janvier 2022, un indu correspondant à un trop-perçu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 2 902 euros. Par courrier du 11 mars 2022, M. A a effectué un recours administratif contre cette décision. Par une décision implicite, la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime a rejeté ce recours. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la commission de recours amiable aurait été saisie préalablement à l'intervention de cette décision implicite. Cette irrégularité, qui a privé M. A d'une garantie, est de nature à entacher la décision attaquée d'illégalité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite rejetant son recours administratif préalable du 11 mars 2022 dirigé contre la décision du 17 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime lui a notifié un indu d'allocation personnalisée au logement.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

6. Compte tenu du motif d'annulation de la décision en litige et de la possibilité pour l'administration de régulariser sa décision, il n'y a pas lieu de décharger M. A de l'obligation de payer l'indu d'aide personnalisée au logement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime confirmant la décision du 17 janvier 2022 notifiant un indu d'allocation personnalisée au logement est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Desroches et à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime.

Copie en sera adressé au ministre du logement et de la rénovation urbaine

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

G. B La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

signé

S. GAGNAIRE

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