jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202871 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, Mme D B et M. A C demandent au tribunal d'annuler les décisions du 14 octobre 2022 par lesquelles le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire dirigé contre les décisions du 1er juin 2022 leur notifiant des indus de prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2019 et 2020 et d'aide COVID-19 pour les mois de mai à novembre 2020.
Ils soutiennent que les décisions en litige sont infondées.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme Dumont a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B était bénéficiaire, en tant que parent isolé, du revenu de solidarité active, de l'allocation de logement familiale, de l'allocation de soutien familial ainsi que de la prime exceptionnelle de fin d'année et de la prime exceptionnelle dite COVID-19. Elle a fait l'objet d'une procédure de contrôle à l'issue de laquelle un rapport établi le 23 mars 2022 a conclu à l'existence d'une vie maritale avec M. C depuis le 1er janvier 2019. Par un courrier du 1er juin 2022, la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de d'allocation de logement familiale d'un montant de 1 368 euros, un indu d'allocation de soutien familiale d'un montant de 3 130,57 euros, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 19 326,55 euros, un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 228,67 euros pour les années 2019 et 2020 et un indu d'aide dite COVID-19 d'un montant de 300 euros. Par une réclamation du 29 juin 2022, Mme B et M. C ont contesté le bien-fondé de ces différents indus. Par trois décisions du 14 octobre 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté leur recours en tant qu'ils portaient sur les indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide dite COVID-19. Par leur requête, Mme B et M. C demandent l'annulation de ces trois décisions.
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prestation sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. D'une part, aux termes de l'article 3 du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. () ". Aux termes de l'article 3 du décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. (). Aux termes de l'article 1 du décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ;() ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice des aides exceptionnelles précitées est conditionné par l'existence d'un droit, pour les mois en cause, au bénéfice du revenu de solidarité active.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : /1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
6. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de 25 ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'art. R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
7. Pour considérer que Mme B n'était pas isolée et qu'elle formait avec M. C un foyer au sens des dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, la caisse d'allocations familiales de la Vienne a relevé qu'aux termes du rapport établi le 25 mars 2022 par un agent assermenté, il a été constaté que Mme B et M. C sont domiciliés à la même adresse, qu'ils mettent en commun des ressources et des charges se traduisant, notamment, par la prise en charge de Mme B par la mutuelle de M. C et par des virements entre leurs comptes et, enfin, que leur vie maritale est de notoriété publique et qu'elle est revendiquée auprès de certaines administrations et banques. Enfin, dans une décision de justice du 26 avril 2021 concernant la fille de Mme B, M. C est présenté comme le beau-père de cette dernière. Il résulte, en outre, de ce rapport que, à l'occasion de la procédure contradictoire, Mme B a reconnu ces faits. Enfin, il résulte de l'instruction que les requérants n'apportent aucun élément de nature à remettre sérieusement en cause ces constatations.
8. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la caisse d'allocations familiales de la Vienne a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation en se fondant, pour constater que Mme B n'avait pas droit au bénéfice du revenu de solidarité active et, par voie de conséquence, au bénéfice des aides exceptionnelles de fin d'année 2019 et 2020 et de l'aide exceptionnelle relative à crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19, sur les circonstances qu'elle n'était pas isolée et que les ressources de M. C devaient être prises en compte dans le calcul de ses droits.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B et de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. A C et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
G. DUMONTLa greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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