jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202992 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 15 janvier 2023, Mme C B demande au tribunal de lui accorder la remise gracieuse de sa dette de 154,82 euros relative au solde d'un trop-perçu de prime d'activité au titre des mois de juillet 2020 à mars 2021.
Elle soutient que :
- l'indu en litige n'est pas fondé dès lors qu'elle a déclaré à la caisse d'allocations familiales le salaire net perçu tel qu'il est indiqué sur ses bulletins de salaire, qui intègre le montant des indemnités journalières ;
- elle n'est pas en capacité financière de rembourser la somme laissée à sa charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'indu en litige est fondé ;
- la dette en litige a été soldée à la suite de deux retenues sur prestations familiales réalisées en novembre et décembre 2022, avant que ses services ne soient informés du recours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision du 31 mars 2022, la caisse d'allocations familiale (CAF) de la Charente-Maritime a notifié à Mme B un indu de prime d'activité d'un montant de 206,43 euros au titre des mois de juillet 2020 à mars 2021. Par décision du 8 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime lui a accordé une remise gracieuse partielle d'un montant de 51,61 euros, soit 25% de la somme initialement réclamée. Par la présente requête, Mme B demande la remise de la somme de 154,82 euros laissée à sa charge.
2. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 de ce code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-3 de ce code : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
3. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige trouve son origine dans le défaut de déclaration par Mme B d'indemnités journalières perçues au titre d'un arrêt maladie pour un montant de 915 euros.
4. En premier lieu, une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu présentée par un bénéficiaire du revenu d'une prime d'activité ne trouve pas sa base légale dans la décision de récupération de cet indu et n'est pas davantage prise pour son application. Par suite, le bénéficiaire qui conteste un refus de remise gracieuse ne peut utilement exciper, à l'appui de sa demande d'annulation de ce refus, de l'illégalité de la décision de récupération.
5. Il ressort des termes de la réclamation préalable adressée par Mme B à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime que celle-ci s'est bornée à demander une remise gracieuse de l'indu en litige au motif de sa bonne foi et de sa situation financière difficile, sans en contester le bien-fondé. Dans ces conditions, les moyens invoqués par Mme B pour contester le bien-fondé de l'indu en litige sont inopérants pour demander l'annulation de la décision de remise gracieuse partielle qui est seule en litige.
6. En second lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou d'aide personnalisée au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
7. Si la bonne foi de Mme B n'est pas contestée, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle est dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait procéder au remboursement des sommes laissées à sa charge après la remise gracieuse partielle de 25% déjà accordée par l'administration.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. ALa greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
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