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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203286

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203286

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203286
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre - JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2022, Mme C B forme opposition à la contrainte émise à son encontre le 14 décembre 2022 par France Travail Nouvelle-Aquitaine en vue du recouvrement d'un indu d'aide à la solidarité spécifique (ASS) au titre de la période du 1er décembre 2021 au 31 décembre 2022 pour un montant de 1 510,04 euros et demande au tribunal de lui accorder une remise gracieuse de l'indu en litige.

Elle soutient qu'elle a respecté toutes ses obligations déclaratives en prévenant par courriel et téléphone de la création de son activité d'autoentrepreneur en décembre 2021 ; de ce fait, elle se retrouve dans une situation financière précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, France Travail Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a été admise au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) et a été indemnisée du 2 février 2021 au 31 mai 2022. À la suite de la création par la requérante d'une micro-entreprise le 1er décembre 2021, Pôle emploi lui a notifié le 13 juillet 2022 un indu de 3 095,92 euros et, par courrier du 16 août 2022, l'a relancée pour le remboursement dudit indu. Par décision du 30 septembre 2022, Pôle emploi lui a accordé un effacement partiel de sa dette à hauteur d'une somme de 1 595,92 euros. Par un courrier du 4 novembre 2022, reçu le 10 novembre 2022, elle a été mise en demeure de payer la somme restant due de 1 500 euros. Le 14 décembre 2022, Pôle emploi a émis une contrainte du même montant, reçue le 10 décembre 2022. Mme B forme opposition à la contrainte précitée et demande au tribunal de lui accorder une remise gracieuse de l'indu en litige.

Sur l'opposition à contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'État ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 5426-22 du même code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ".

3. En vertu de l'article L. 5425-1 du code du travail, les allocations de solidarité peuvent se cumuler avec les revenus tirés d'une activité occasionnelle ou réduite dans les conditions et limites fixées par décret en Conseil d'Etat. Aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. / Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période. "

4. Il résulte de ces dispositions que, postérieurement à la reprise d'une activité non salariée, le cumul entre une rémunération tirée de l'exercice de cette activité et l'ASS est possible pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. Pour le calcul de cette période de trois mois, tout mois civil au cours duquel une activité, même occasionnelle ou réduite a été exercée, est pris en compte. Pour s'opposer à la contrainte en litige, Mme B, qui ne conteste pas sa régularité, soutient d'une part, que l'indu d'ASS mis à sa charge n'est pas fondé et d'autre part, que sa situation financière justifie qu'une remise de dette lui soit accordée. Il résulte de l'instruction que la requérante a pu cumuler une activité salariée avec le versement de l'ASS pendant une période de trois mois de septembre à novembre 2021. Dès lors, elle ne pouvait plus bénéficier dudit cumul, conformément aux dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à former opposition à la contrainte en litige.

Sur la demande de remise gracieuse :

6. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'État ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres à la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

8. En l'espèce, en premier lieu, si Mme B soutient qu'elle avait informé, en temps utile, Pôle emploi de sa création d'entreprise en envoyant un certificat d'immatriculation, par les pièces qu'elle produit, elle ne rapporte pas la preuve de ses allégations, contestées par Pôle emploi qui indique, pour sa part, n'avoir été informé que d'un projet de création d'entreprise, avant de recevoir en juillet 2022 les justificatifs de l'effectivité de cette création. Il ne résulte cependant pas de l'instruction que cette omission, qui a été réparée par l'allocataire elle-même, soit constitutive d'une volonté manifeste de dissimulation. Dans la mesure, en outre, où il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait tiré des revenus de son entreprise nouvellement créée, elle doit être regardée comme étant de bonne foi.

9. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment de la déclaration de ressources portant sur la période du 1er juin 2021 au 31 mai 2022 et de l'historique de paiements d'allocation de solidarité spécifique jusqu'au mois de novembre 2023, que Mme B se trouve, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité financière telle qu'elle n'est pas en mesure de s'acquitter de sa dette d'allocation de solidarité spécifique, sans compromettre durablement l'équilibre de son budget ou menacer la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer. Dès lors, il y a lieu d'accorder à Mme B une remise gracieuse totale de l'indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant total de 1 500 euros mis à sa charge.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander la remise totale du solde de sa dette d'allocation de solidarité spécifique, soit une remise d'un montant total de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il est accordé à Mme B la remise totale de sa dette d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 1 500 euros.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à France Travail Nouvelle-Aquitaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le magistrat désigné,

R. ALa greffière,

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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