jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300052 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 9 janvier 2023 sous le n° 2300052 et un mémoire enregistré le 28 mai 2024, Mme D F, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis le 21 octobre 2021 par le président du conseil départemental de la Vienne aux fins de recouvrement de la somme de 2 856,28 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active sur la période du 1er septembre 2019 au 30 juin 2021, ensemble la décision du 7 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté son recours administratif dirigé contre la décision du 15 novembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Vienne l'a informée du montant de la dette de revenu de solidarité active restant à sa charge et de la transmission de cette dette au conseil départemental ;
2°) de lui accorder la décharge totale de l'obligation de payer la somme qui lui est réclamée ;
3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Vienne de procéder au remboursement des sommes déjà prélevées au titre du paiement de sa dette ;
4°) de mettre à la charge du département de la Vienne une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision du 7 février 2022 :
- elle est fondée, à tort, sur le motif que le recours administratif qu'elle a exercé était tardif ;
- elle a été signée par une autorité incompétente.
En ce qui concerne l'avis des sommes à payer du 21 octobre 2021 :
- il doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 7 février 2022 ;
- il n'est pas signé et méconnait ainsi l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il ne comporte pas l'indication des bases de liquidation de la créance.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le conseil départemental de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la lettre du 7 février 2022 adressée à la requérante ne constitue pas une décision rejetant un recours administratif préalable obligatoire ;
- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
II- Par une requête enregistrée le 16 janvier 2023 sous le n°2300152 et un mémoire enregistré le 28 mai 2024, Mme D F, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis le 30 mai 2022 par le président du conseil départemental de la Vienne aux fins de recouvrement de la somme de 5 302,33 euros, ensemble la décision du 11 janvier 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté son recours administratif dirigé contre cet avis de sommes à payer ;
2°) de mettre à la charge du département de la Vienne une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'avis des sommes à payer n'est pas signé et méconnait ainsi l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il ne comporte pas l'indication des bases de liquidation de la créance.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le conseil départemental de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B et les observations de Me Kolenc-Le Bloch, représentant la requérante.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F était bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) jusqu'en 2021. Par des décisions du 15 décembre 2020 et du 16 juillet 2021, la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 3 647 euros sur la période du 1er septembre 2019 au 30 juin 2020 et un indu d'un montant initial de 1 919,37 euros sur la période du 1er mars 2021 au 30 juin 2021. Par des courriers des 30 septembre 2021 et 15 novembre 2021, la caisse d'allocations familiales l'a informée que le solde des deux dettes précitées d'un montant de 2 856,28 euros était transféré au conseil départemental de la Vienne. Ce dernier a émis un titre de recettes le 21 octobre 2021. Par un courrier du 10 janvier 2022, Mme F a exercé un recours administratif à l'encontre de du courrier du 15 novembre 2021 qui a été rejeté par une décision du conseil départemental de la Vienne du 7 février 2022. Par sa requête enregistrée le 9 janvier 2023 sous le n°2300052, Mme F demande l'annulation du titre de recettes du 21 octobre 2021, ensemble la décision du 7 février 2022 rejetant son recours administratif. Le 30 mai 2022, le conseil départemental de la Vienne a émis à l'encontre de Mme F un titre de recettes portant sur la somme de 5 302,33 euros correspondant au solde d'un précédent indu de RSA pour la période du 1er décembre 2017 au 30 avril 2019. Par un courrier du 5 septembre 2022 adressé à la pairie départementale, elle a exercé un recours administratif contre ce titre de recettes qui a été déclaré tardif par le conseil départemental par une décision du 8 septembre 2022. Par sa requête enregistrée le 16 janvier 2023 sous le n°2300152, Mme F demande l'annulation de la décision précitée du 8 septembre 2022 et de l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire du 30 mai 2022.
2. Les requêtes présentées par Mme F, qui concernent la situation d'une même allocataire, présentent à juger des questions connexes et font l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 février 2022 :
3. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 10 janvier 2022 adressé au président du conseil départemental de la Vienne, Mme F a entendu contester le courrier que la caisse d'allocations familiales lui a adressé le 15 novembre 2021.
4. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, le courrier du 15 novembre 2021 ne porte pas notification d'indus de revenus de solidarité active, mais se borne à l'informer, pour la deuxième fois, après un premier courrier identique du 30 septembre 2021, que sa dette d'un montant de 2 856,28 euros va être transférée au conseil départemental. Il ne contient ainsi aucune décision susceptible d'être contestée par l'exercice d'un recours administratif.
5. D'autre part, il résulte également de l'instruction que les indus relatifs à la dette mentionnée dans le courrier du 15 novembre 2021 ont été notifiés à Mme F par des décisions des 15 décembre 2020 et 16 juillet 2021 comportant la mention des voies et délais de recours et que la requérante n'a pas exercé de recours administratif préalable obligatoire contre ces décisions.
6. Il en résulte que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de la lettre du 7 février 2022, laquelle, comme le fait valoir le département, ne constitue pas une décision de rejet d'un recours administratif préalable obligatoire, mais se contente de rappeler à la requérante qu'elle ne peut plus exercer un tel recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire du 21 octobre 2021 et de décharge :
7. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
8. Aux termes, d'une part, de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable sous pli simple. () / En application de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délai de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".
9. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () / Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
10. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
11. Il résulte de l'instruction que M. A C, en sa qualité de président du conseil départemental de la Vienne, a émis et rendu exécutoire un titre de recettes à l'encontre de la requérante, le 21 octobre 2021, pour un montant de de 2 856,28 euros. Afin de justifier que le titre de recettes individuel contesté comporte la signature de son auteur, le département produit en défense le bordereau de titres de recettes n°702 qui comprend le titre n° 8573 relatif à l'indu en litige signé électroniquement par M. E G en sa qualité de responsable du pôle recettes-dette-trésorerie-analyses financières du département de la Vienne, lequel disposait, en application de l'arrêté n°2021-A-DGAFM-0027 du 1er juillet 2021, d'une délégation du président du conseil départemental pour signer les titres de recettes et les bordereaux les récapitulant. Toutefois, bien que ce dernier soit habilité à signer les bordereaux de titres et de mandats, quels que soient la nature et le montant de la dépense ou de la recette considérée, il n'a pas émis et rendu exécutoire le titre individuel contesté. Dans ces conditions, et alors que les nom, prénom et qualité de la personne qui a émis et rendu exécutoire un titre individuel doivent être identiques à ceux qui apparaissent dans le bordereau de titres correspondant, le titre de recettes individuel en litige, émis et rendu exécutoire à l'encontre de Mme F pour un montant de 2 856,28 euros, est irrégulier en sa forme.
12. Il résulte de ce qui précède que le titre de recettes émis et rendu exécutoire par le département de la Vienne le 21 octobre 2021 doit être annulé. Toutefois, l'annulation de ce titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, que soit prononcée la décharge de l'obligation de payer la somme de 2 856,28 euros.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire du 30 mai 2022, ensemble la décision du 8 septembre 2022 :
13. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer valant titre exécutoire du 30 mai 2022 a été adressé à Mme F le 8 juin 2022 et mentionne le délai de deux mois dont dispose son destinataire pour effectuer un recours administratif auprès du département. Il résulte également de l'instruction que Mme F n'a exercé un recours administratif contre cet avis de sommes à payer que le 5 septembre 2022 après avoir reçu une lettre de relance de la part du comptable public.
14. Il en résulte que, Mme F n'ayant pas contesté l'avis de sommes à payer dans le délai de recours de deux mois, d'une part, le département de la Vienne était fondé à rejeter ce recours pour tardiveté par sa décision du 8 septembre 2022, d'autre part, le recours administratif exercé par Mme F n'a pas conservé le délai de recours contentieux. En conséquence, ses conclusions à fin d'annulation sont tardives et doivent, dès lors, être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fins de décharge et d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
15. D'une part, dans les circonstances de l'espèce n° 2300052, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme F présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
16. D'autre part, dans l'instance n° 2300152, le département de la Vienne n'étant pas la partie perdante, la demande de Mme F présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête n° 2300152 de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le titre de recettes émis et rendu exécutoire le 21 octobre 2021 mettant à la charge de Mme F un montant de 2 856,28 euros est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2300052 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au département de la Vienne.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
G. B
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière
Signé
G. FAVARD
2 230015
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