mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300276 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELAS TAMBURINI-BONNEFOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 janvier et 1er mars 2023, Mme E A, représentée par Me Raynaud de Chalonge, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures, de désigner un expert chargé de se prononcer sur sa prise en charge par le centre hospitalier de Saintonge lors de son intervention chirurgicale du 1er juillet 2021 et d'évaluer les préjudices en résultant, et de statuer sur la charge des dépens.
Elle soutient que la mesure est utile afin d'évaluer l'ensemble de ses préjudices résultant de son intervention chirurgicale réalisée au centre hospitalier de Saintonge en vue d'engager une action en responsabilité.
Par un mémoire, enregistré le 6 mars 2023, le centre hospitalier de Saintonge, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée tout en émettant les réserves et protestations d'usage et demande la mise en cause du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne et de réserver les dépens.
Il soutient que la mise en cause du CHU de Saint-Etienne est utile dès lors que Mme A y a été prise en charge entre les 28 août et 2 septembre 2021 pour une infection génitale haute puis le 26 octobre 2021 pour un abcès inguinal.
Par un mémoire, enregistré le 1er août 2023, le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, représenté par Me Rebaud, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée tout en émettant les réserves et protestations d'usage et demande, dans l'hypothèse où l'expertise serait ordonnée, que la mission de l'expert soit complétée et de réserver les dépens.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 juin 2021, Mme A a été admise au service des urgences gynécologiques du centre hospitalier de Saintonge pour des métrorragies sous stérilet au cuivre, des symptômes sympathiques de grossesse et des douleurs hypogastriques. L'examen clinique réalisé lors de sa prise en charge a révélé une grossesse intra utérine datée à huit semaines. Le 1er juillet 2021, Mme A a été admise au service hôpital médico-chirurgical de jour du centre hospitalier de Saintonge pour y subir une interruption volontaire de grossesse chirurgicale, l'ablation de son stérilet ainsi que la pose d'un nouveau stérilet. Le 1er août 2021, Mme A a été admise au service des urgences gynécologiques du centre hospitalier de Saintonge pour des métrorragies et des crampes abdominales. Lors de l'examen clinique, une suspicion d'endométrite et un syndrome inflammatoire post interruption volontaire de grossesse ont été diagnostiqués.
2. Le 28 août 2021, Mme A a été admise au service des urgences gynécologiques du CHU de Saint-Etienne pour des douleurs abdominales persistantes. L'examen clinique réalisé lors de sa prise en charge a permis de constater la présence de deux stérilets et de diagnostiquer une péritonite sur infection génitale haute compliquée d'un abcès tubo ovarien et d'un abcès de parois. Mme A a été hospitalisée en urgence du 28 août au 2 septembre 2021 pour une ablation des deux stérilets suivie d'une triple antibiothérapie probabiliste. Le 26 octobre 2021, Mme A a de nouveau été admise au service des urgences gynécologiques du CHU de Saint-Etienne pour une récidive de l'abcès de la paroi abdominale inguinale droite.
3. Le 6 juillet 2022, Mme A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Bordeaux d'une demande d'indemnisation de ses préjudices résultant de sa prise en charge par le docteur D B, chirurgien, au centre hospitalier de Saintonge, consistant en la pose d'un nouveau stérilet sans retrait préalable de l'ancien stérilet lors de son interruption volontaire de grossesse chirurgicale du 1er juillet 2021. Par une décision du 2 juillet 2023, la CCI de Bordeaux s'est déclarée incompétente pour connaître de la demande présentée par Mme A.
4. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal qu'une expertise soit ordonnée aux fins de se prononcer sur sa prise en charge par le centre hospitalier de Saintonge lors de son intervention chirurgicale du 1er juillet 2021 et d'évaluer ses préjudices en résultant.
Sur la demande d'expertise :
5. En vertu de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.
6. La mesure d'expertise demandée par Mme A est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les personnes mises en cause :
7. Peuvent être appelées en qualité de parties à une expertise ordonnée sur le fondement de ces dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative les personnes qui ne sont pas manifestement étrangères au litige susceptible d'être engagé devant le juge de l'action qui motive l'expertise. En outre, le juge du référé peut appeler à l'expertise en qualité de sachant toute personne dont la présence est de nature à éclairer ses travaux.
8. Le centre hospitalier de Saintonge demande la mise en cause du CHU de Saint-Etienne au motif qu'il a assuré la prise en charge de Mme A entre les 28 août et 2 septembre 2021 pour une infection génitale haute puis le 26 octobre 2021 pour un abcès inguinal. La mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. En l'espèce, alors que la présence du CHU de Saint-Etienne apparaît utile au bon déroulement des opérations d'expertise, rien ne s'oppose, dans le cadre d'une bonne administration de la justice, à ce qu'au stade du référé-instruction, une expertise médicale contradictoire soit organisée en sa présence. Par suite, il y a lieu d'ordonner la participation du CHU de Saint-Etienne aux opérations d'expertise. En tout état de cause, il appartiendra à l'expert, s'il l'estime pertinent, dès les investigations réalisées lors de la première réunion d'expertise, de solliciter du juge des référés la mise hors de cause des parties dont la participation ne serait pas ou plus nécessaire.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
9. Il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative qu'il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'expertise qu'il ordonne, ni de la réserver pour le futur. Par suite, les conclusions présentées par les parties relatives aux dépens doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. le docteur F C, demeurant au centre hospitalier universitaire de Limoges - hôpital de la mère et de l'enfant (HME), 8 avenue D Larrey à Limoges (87042), est désigné en qualité d'expert.
Il aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Saintonge ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'à son examen clinique ; recueillir les doléances de Mme A ;
2°) décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier de Saintonge pour une interruption volontaire de grossesse chirurgicale ainsi que l'ablation et la pose d'un stérilet, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier de Saintonge, et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;
4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de Mme A au centre hospitalier de Saintonge ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications dont elle souffre depuis son hospitalisation ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;
6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme A une chance sérieuse de guérison des lésions dont elle était atteinte lors de sa première visite au centre hospitalier de Saintonge ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;
7°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme A a été informée de la nature des opérations qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces interventions et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme A a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant l'opération si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;
8°) dire si l'état de Mme A a entraîné un déficit fonctionnel temporaire résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
9°) indiquer à quelle date l'état de Mme A peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;
10°) dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
11°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice sexuel, préjudice d'agrément), avant la date de consolidation de son état comme après celle-ci, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;
12°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme A, notamment, en termes d'assistance par une tierce personne, d'aide matérielle et technique et de dépenses de santé futures.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu en présence, outre de Mme A, du centre hospitalier de Saintonge, du CHU de Saint-Etienne et de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, dont un sous une forme numérisée. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E A, au centre hospitalier de Saintonge, au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à M. le docteur F C, expert.
Fait à Poitiers, le 27 septembre 2023.
Le président,
signé
A. JARRIGE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Christelle ROBIN
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026