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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300310

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300310

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300310
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre - JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers était saisi par Mme A B, en tant qu'obligée alimentaire, d'une contestation du refus d'aide sociale à l'hébergement pour sa mère et des titres exécutoires émis par le centre hospitalier d'Angoulême. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la décision du juge aux affaires familiales du 13 octobre 2022, qui avait fixé la participation des obligés alimentaires, n'avait pas été contestée et que le département était fondé à refuser l'aide sociale sur cette base. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 132-1, L. 132-3 et L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles, ainsi que sur les articles 205 et 208 du code civil relatifs à l'obligation alimentaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté la demande d'aide sociale à l'hébergement formulée par Mme D B ;

2°) de la décharger des titres exécutoires mis à sa charge le 6 décembre 2022 par le centre hospitalier d'Angoulême pour un montant total de 2 220 euros en tant qu'obligée alimentaire de Mme D B.

Elle soutient que :

- elle touche une petite retraite ;

- le département lui a refusé les aides à l'hébergement après un an.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2024, le département de la Charente conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est mal dirigée dès lors que le titre exécutoire contesté a été émis par le centre hospitalier d'Angoulême ;

- la requête est irrecevable pour défaut de moyen ;

- la requête est irrecevable dès lors que le titre en litige n'a pas de portée juridique puisqu'il découle du jugement du juge aux affaires familiales du 13 octobre 2022 qui n'a pas été contesté ;

- à supposer que la requérante doive être regardée comme contestant la décision du 24 novembre 2022 du président du conseil départemental rejetant la demande d'aide sociale à l'hébergement de Mme D B, la requête est infondée dans la mesure où le juge aux affaires familiales avait assigné aux obligés alimentaires une participation couvrant les besoins de l'intéressée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme B le 12 juin 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 30 mai 2022, le département de la Charente a admis Mme D B à l'aide sociale à l'hébergement du 20 décembre 2021 au 31 décembre 2026 dans le cadre de sa prise en charge à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Font Douce ", sans participation des débiteurs d'aliments dans l'attente de la décision du juge des affaires familiales saisi le 28 janvier 2022 par le centre hospitalier d'Angoulême. Par décision du 13 octobre 2022, le juge aux affaires familiales a fixé la répartition entre les obligés alimentaires de Mme D B à compter du 28 janvier 2022. Par décision du 24 novembre 2022, le président du conseil départemental de la Charente a rejeté la demande d'aide sociale à l'hébergement de Mme D B à compter du 28 janvier 2022. Par la présente requête, Mme A B, fille de Mme D B, doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 24 novembre 2022 rejetant la demande d'aide sociale à l'hébergement de Mme D B, ainsi que la décharge des titres exécutoires émis le 6 décembre 2022 à son nom, en tant qu'obligée alimentaire de cette dernière, par le centre hospitalier d'Angoulême pour un montant de total de 2200 euros au titre des frais d'hébergement en EHPAD de sa mère.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 132-3 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret. () ". Il résulte de ces dispositions que les personnes âgées hébergées en établissement au titre de l'aide sociale doivent pouvoir disposer librement de 10 % de leurs ressources et que la somme ainsi laissée à leur disposition ne peut être inférieure à 1 % du montant annuel du minimum vieillesse. Ces dispositions doivent être interprétées comme devant permettre à ces personnes de subvenir aux dépenses qui sont mises à leur charge par la loi et sont exclusives de tout choix de gestion, telles que les sommes dont elles seraient redevables au titre de l'impôt sur le revenu ou des frais de tutelle.

3. D'autre part, aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin ". L'article 208 du code civil dispose quant à lui que : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit. ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. () La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission. () ". Aux termes de l'article L. 132-7 du même code : " En cas de carence de l'intéressé, le représentant de l'Etat ou le président du conseil départemental peut demander en son lieu et place à l'autorité judiciaire la fixation de la dette alimentaire et le versement de son montant, selon le cas, à l'Etat ou au département qui le reverse au bénéficiaire, augmenté le cas échéant de la quote-part de l'aide sociale. ".

4. Il résulte des dispositions précitées que l'aide sociale est subsidiaire, que son montant est fixé en tenant compte de la participation des personnes tenues à l'obligation alimentaire et qu'elle intervient donc après l'aide possible apportée par les obligés alimentaires ou en complément de celle-ci.

5. En premier lieu, il résulte de ces dispositions et des articles L. 134-1 et L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles que le juge administratif, à qui il appartient de déterminer dans quelle mesure les frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont pris en charge par les collectivités publiques au titre de l'aide sociale, est compétent pour fixer, au préalable, le montant de la participation aux dépenses laissée à la charge du bénéficiaire de l'aide sociale et, le cas échéant, de ses débiteurs alimentaires. En revanche, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire d'assigner à chacune des personnes tenues à l'obligation alimentaire le montant et la date d'exigibilité de leur participation à ces dépenses ou, le cas échéant, de décharger le débiteur de tout ou partie de la dette alimentaire lorsque le créancier a manqué gravement à ses obligations envers celui-ci. Dans le cas où cette autorité a, par une décision devenue définitive, statué avant que le juge administratif ne se prononce sur le montant de la participation des obligés alimentaires, ce dernier est lié par la décision de l'autorité judiciaire. S'agissant de la période antérieure à la date à laquelle la décision de l'autorité judiciaire contraint les obligés alimentaires à verser une participation, il revient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de s'assurer qu'il ne résulte pas manifestement des circonstances de fait existant à la date à laquelle il statue que la contribution postulée par le département n'a pas été ou ne sera pas versée spontanément par les obligés alimentaires.

6. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 13 octobre 2022, dont il n'est pas contesté qu'il est devenu définitif, le juge aux affaires familiales a fixé la participation des obligés alimentaires de Mme D B à compter du 28 janvier 2022. Par suite, la requérante ne peut utilement contester la décision de refus d'aide sociale du 24 novembre 2022 qui a été prise au motif que les ressources des obligés alimentaires fixées par le jugement précité, cumulées avec celles de Mme D B permettaient de couvrir les frais d'hébergement de cette dernière. Par suite, les conclusions de Mme A B tendant à l'annulation de la décision de refus d'aide sociale à l'hébergement du 24 novembre 2022 doivent être rejetées.

7. En second lieu, il résulte des articles L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles et L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire, dans leur rédaction issue de la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016, que sont transférés à la juridiction judiciaire les recours des obligés alimentaires contestant les décisions prises par l'Etat ou le département pour obtenir le remboursement des sommes avancées par la collectivité au titre de l'aide sociale, les recours contre les décisions relatives à l'admission à l'aide sociale continuant en revanche de relever de la juridiction administrative même en présence d'obligés alimentaires.

8. En vertu du premier alinéa de l'article 32 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015, il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, qui ne relève pas de l'ordre administratif, de transmettre le dossier de la procédure à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'il estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. Doit être regardé comme un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale au sens de cet article un litige portant sur un titre exécutoire émis en vue du paiement d'une partie des frais d'hébergement d'un bénéficiaire de l'aide sociale au sein d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, mis à la charge du requérant au titre de son obligation alimentaire.

9. Il résulte de ce qui précède que le juge administratif n'est pas compétent pour statuer sur les conclusions à fin de décharge des titres exécutoires émis en vue du paiement des frais d'hébergement mis à la charge de Mme A B au titre de son obligation alimentaire. Le dossier de la requête de Mme A B doit ainsi être transmis à l'autorité judiciaire en ce qui concerne ces conclusions.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B, relative à son obligation alimentaire, est transmise avec le dossier au tribunal judiciaire d'Angoulême.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de la Charente.

Copie en sera adressée au centre hospitalier d'Angoulême.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

La magistrate désignée,

Signé

M. CLa greffière,

Signé

D. MADRANGE

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la cohésion urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. MADRANGE

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