mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300355 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 février 2023, M. A D B, représenté par Me Genest, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le préfet de Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire guinéen contre un permis de conduire français, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux dirigé contre cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- les services préfectoraux lui ont indiqué qu'il ne pouvait solliciter un échange de permis avant d'obtenir un titre de séjour, lequel ne lui a été délivré que le 16 juillet 2021 ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où son permis de conduire lui a été délivré le 26 mai 2021, il ne pouvait en solliciter l'échange avant cette date ; il a sollicité cet échange moins d'un an après la délivrance de son permis de conduire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. C, les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen (Guinée-Bissau) a sollicité l'échange de son permis de conduire délivré par les autorités de son pays d'origine contre un permis de conduire français. Il demande l'annulation de la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le préfet de Loire-Atlantique a refusé de procéder à cet échange, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.
2. D'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " I. - Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. / II. /() B. () Pour les personnes bénéficiant du statut de réfugié, de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou la mention " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou la mention " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour bénéficiaire du statut d'apatride ". () " et aux termes de l'article 11 de cet arrêté : " I. - Le délai d'un an pour la reconnaissance et la demande d'échange du permis de conduire pour les bénéficiaires du statut de réfugié, pour les apatrides et les étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, court à compter de la date de remise du récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou la mention " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou la mention " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour bénéficiaire du statut d'apatride ". () ".
4. Pour refuser de faire droit à la demande présentée par M. B tendant à l'échange de son permis de conduire guinéen contre un permis français, le préfet de Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance que la demande de l'intéressé avait été déposée au-delà du délai d'un an fixé par les dispositions précitées.
5. Par une décision du 3 septembre 2020 notifiée le 14 suivant, la Cour nationale du droit d'asile a accordé le statut de réfugié à M. B. L'intéressé s'est vu remettre le 24 septembre 2020 un premier récépissé valant titre de séjour valable jusqu'au 23 mars 2021 constatant cette reconnaissance. En application des dispositions de l'arrêté du 12 janvier 2012 rappelées au point 3, le requérant disposait d'un délai d'un an à compter de la délivrance de ce titre de séjour provisoire, soit à compter du 24 septembre 2020, pour demander l'échange de son permis de conduire délivré par les autorités de Guinée-Bissau contre un permis de conduire français. Ainsi, le 6 mai 2022, date à laquelle l'intéressé a sollicité l'échange de ce permis, le délai d'un an prévu à l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 était expiré. Si le requérant soutient que les services de la préfecture de la Vienne lui ont donné un renseignement erroné en l'invitant à attendre la délivrance d'une carte de résident pour présenter sa demande d'échange, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ses dires. Si le requérant affirme que son permis de conduire ne lui a été délivré que le 26 mai 2021, les éléments de l'instruction font apparaître que M. B a obtenu son permis de conduire guinéen, le 10 février 2015 et que seule la validité en a été renouvelée le 26 mai 2021. Enfin, M. B ne fait état d'aucune circonstances l'ayant empêché de présenter un permis en cours de validité dans le délai d'un an après la délivrance du premier récépissé suivant la reconnaissance de sa qualité de réfugié. Le préfet de la Loire-Atlantique n'a donc pas fait une inexacte application des dispositions précitées en rejetant sa demande d'échange de permis de conduire.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'échange de son permis de conduire délivré par les autorités de Guinée-Bissau contre un permis de conduire français, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. C
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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