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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300405

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300405

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300405
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantSELARL OCEANIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. C contestant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 9 281,70 euros. Le requérant invoquait notamment un défaut de motivation et de procédure contradictoire. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, mais les a écartés, confirmant ainsi la décision du département de la Charente-Maritime de récupérer l'indu et de refuser la remise gracieuse. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la sécurité sociale et du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2023 et des pièces complémentaires enregistrés 4 décembre 2024, M. A C, représenté par la SELARL Océanis avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Charente-Maritime a rejeté son recours administratif préalable notifié le 28 novembre 2022 contre la décision du 4 novembre 2022 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 281,70 euros ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Charente-Maritime a refusé de lui accorder une remise gracieuse ;

3°) de le décharger du paiement de la somme de 9 281,70 euros ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental et de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de récupération de l'indu :

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée dès lors qu'il ne disposait pas des motifs de fait et de droit lui permettant de contester la décision de récupération de l'indu devant le président du conseil départemental dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire ; aucun élément de la procédure ni le rapport d'enquête n'ont été transmis :

- il n'a pas été informé par la caisse d'allocations familiales de la mise en œuvre de son droit de communication en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

- il n'est pas établi que la commission de recours amiable ait rendu un avis en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision initiale de récupération de l'indu est insuffisamment motivée ;

- les modalités de liquidation de l'indu ne sont pas précisées ;

- le département n'apporte aucune preuve de nature à établir le bien-fondé de l'indu ;

A titre subsidiaire, sur la décision de refus de remise gracieuse :

- le département a commis une erreur de droit en refusant d'examiner sa demande de remise gracieuse alors qu'il n'établit pas les éléments matériels et intentionnels d'une fausse déclaration ;

- il n'est pas en capacité de rembourser la somme qui lui est réclamée.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2023, le département de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de M. C qui a repris ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Charente-Maritime a rejeté son recours administratif préalable notifié le 28 novembre 2022 contre la décision du 4 novembre 2022 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 281,70 euros au titre de la période de février 2021 à septembre 2022, ainsi que sa demande de remise gracieuse présentée à titre subsidiaire.

Sur la décision de récupération de l'indu :

2. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération de montants d'allocation de revenus de solidarité active que l'administration estime avoir été indûment versés, il appartient au juge d'examiner d'abord les moyens tirés, le cas échéant, des vices propres de cette décision pour en prononcer, s'il y a lieu, l'annulation. Dans le cas où le juge annule cette décision pour un motif tiré d'un tel vice, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Dans le cas où aucun vice propre n'est de nature à justifier l'annulation de la décision attaquée, il appartient au juge d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée afin d'y statuer lui-même et d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

5. Si le requérant invoque le caractère insuffisant de la motivation de la décision de récupération de l'indu prise par la caisse d'allocations familiales de Charente-Maritime le 4 novembre 2022, la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire, née le 29 janvier 2023, s'est substituée à cette décision. Par suite, le requérant ne peut pas utilement invoquer les vices propres dont serait entachée la décision initiale du 4 novembre 2022. Par ailleurs, le requérant ne soutient pas avoir demandé communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Par suite, le défaut de motivation de la décision de récupération de l'indu doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale et par l'institution visée à l'article L. 5312-1 du code du travail, sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction ".

7. La décision du 4 novembre 2022 de récupération de l'indu de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime, qui est un organisme de sécurité sociale, ne constitue pas une sanction. Par conséquent, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire doit par suite être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. () "

9. Il incombe à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de revenu de solidarité active tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale institue ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de cet article par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration, qui s'est notamment fondée sur les relevés bancaires de l'intéressé, ait recueilli des informations qui n'étaient pas nécessairement connues de M. C. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit donc être écarté.

11. En quatrième lieu, comme cela a été exposé au point 4, les décisions de récupération de l'indu n'ont pas à préciser les bases de liquidation.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 262-25 du même code : " I.- Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. Cette convention précise en particulier : 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé () ". Enfin, aux termes de l'article 5.3 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 15 mars 2021 entre le département de la Charente-Maritime et la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime : " Toute contestation relative au RSA doit faire l'objet d'un recours administratif porté devant le président du conseil départemental (). / Afin de limiter les délais de traitement, ces recours ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable de la Caf ".

13. Il résulte de la combinaison des dispositions susmentionnées que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine par le département de la Charente-Maritime de la commission de recours amiable.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et de familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

15. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles précités que, pour bénéficier du revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

16. La décision de récupération de l'indu en litige est fondée sur la circonstance que M. C ne peut pas être considéré comme disposant d'une résidence stable et effective en France à compter de janvier 2021. L'administration s'appuie sur un rapport d'enquête réalisé par un agent assermenté de la casse d'allocations familiales de la Charente-Maritime, faisant foi jusqu'à preuve du contraire, qui a pris en compte notamment les données de connexions de M. C à son compte CAF à l'étranger, ses relevés bancaires et la circonstance qu'il a créée en décembre 2020 une entreprise domiciliée au Vietnam. Si M. C fait valoir qu'il résidait en France chez sa mère à compter du mois de janvier 2021 et qu'il a fondé son entreprise à distance sur internet, les justificatifs qu'il produit dans le cadre de l'instance ne permettent pas de contredire le rapport d'enquête précité et de justifier qu'il résidait de manière stable et effective en France sur la période en litige. Par suite, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 14 en prenant la décision de récupération de l'indu en litige.

Sur la décision de refus de remise gracieuse :

17. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

18. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu de revenu de solidarité active, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

19. Compte tenu de l'origine de l'indu exposé au point 16, M. C ne peut être considéré comme étant de bonne foi. Par suite, il ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de dette supplémentaire en application de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles.

20. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le département et la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime n'étant pas les parties perdantes dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département de la Charente-Maritime.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024

La magistrate désignée,

Signé

M. BLe greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime e en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef

Signé

S. GAGNAIRE

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