lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300419 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 12 décembre 2024, M. C B, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a refusé de lui accorder la remise gracieuse d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité lié à la crise sanitaire aux ménages d'un montant de 400 euros ;
2°) de faire doit sa demande de remise gracieuse ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Vienne de lui rembourser, le cas échéant, les sommes indument prélevées ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne la somme de 2 400 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- il est de bonne foi et n'avait aucune volonté de frauder :
- il justifie d'une situation financière particulière qui permet de prétendre à une remise de dette partielle.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier-Carré-Joly, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la décharge soit limitée à 10% des sommes dues et à ce que la somme de 500 euros soit mis à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que M. B n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'il a droit à une remise gracieuse de l'indu en litige.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Lelong représentant M. B, qui a repris ses écritures et indiqué que la créance avait été soldée par prélèvements de la caisses d'allocations familiales de la Vienne alors que l'intéressé avait déjà formé un recours administratif préalable contre la décision de refus de remise gracieuse et les observations de Me Carré, représentant la caisse d'allocations familiales de la Vienne, qui fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer dès lors que la créance est soldée et, qu'en tout état de cause, M. B n'établit pas être dans une situation de précarité justifiant une remise gracieuse.
La clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2024 à 15h.
Un mémoire a été produit par la caisse d'allocations familiales de la Vienne le 13 décembre 2024, avant la clôture de l'instruction, concluant au non-lieu à statuer.
Un mémoire a été produit par M. B le 13 décembre 2024, avant la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande au tribunal de lui accorder la remise gracieuse d'une dette de 400 euros portant sur un indu d'aide exceptionnelle de solidarité lié à la crise sanitaire aux ménages laissé à sa charge après décision de refus de remise gracieuse prise par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Vienne le 9 décembre 2022.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. La caisse d'allocations familiales de la Vienne fait valoir que la créance en litige a été soldée par deux prélèvements sur rappels d'aides au logement effectués les 12 et 18 décembre 2022 d'un montant respectivement de 247,41 euros et 152,59 euros, après la notification de la décision de rejet de la demande de remise gracieuse de M. B et avant l'enregistrement de sa requête. Ces retenues ne ressortent toutefois pas des relevés CAF produits par le requérant au titre du mois de décembre 2022, ni de janvier 2023. En l'état de l'instruction, l'exception de non-lieu à statuer doit par suite être écartée.
Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :
3. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 novembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : () 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu. ".
4. En vertu des articles L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 553-2 du code de la sécurité sociale, tout paiement indu d'une aide personnelle au logement est récupéré par l'organisme chargé de son service. La créance peut néanmoins être remise ou réduite par cet organisme en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si elle résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration.
5. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre une décision refusant une demande de remise gracieuse, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse.
6. L'indu en litige trouve son origine dans la déclaration tardive en septembre 2021 du changement de résidence de la fille de M. B, qui résidait chez sa mère depuis le mois de septembre 2020. La bonne foi de M. B n'est pas contestée par la caisse d'allocations familiales de la Vienne qui indique lui avoir accordé une remise gracieuse partielle de l'indu d'aide au logement correspondante. S'agissant de sa situation financière, M. B fait valoir qu'il est en charge de cinq enfants en résidence alternée et qu'il dispose de 2 621 euros de ressources mensuelles pour 2 285 euros de charges. Alors que la caisse d'allocations familiales de la Vienne indique sans être contredite que M. B dispose par ailleurs d'un patrimoine de 165 000 euros, les éléments produits ne permettent pas d'établir qu'il serait dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait rembourser la somme de 400 euros qui lui est réclamée. Par suite, M. B ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de cette dette en application des articles L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 553-2 du code de la sécurité sociale.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions qu'il a présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la caisse d'allocations familiales de la Vienne n'étant pas la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la ministre du travail et de l'emploi.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. ALe greffier,
Signé
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier en chef
Signé
S. GAGNAIRE
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