mardi 24 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300499 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LOURME |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2300499 le 15 février 2023, un mémoire enregistré le 13 novembre 2024, et un mémoire enregistré le 25 mars 2025 non communiqué, la société par actions simplifiée (SAS) Spie Facilities, représentée par Me Lourme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre de recettes émis et rendu exécutoire par l'établissement public départemental (EPD) Les Deux Monts le 22 novembre 2022, mettant à sa charge une somme de 1 908,70 euros au titre de pénalités pour indisponibilité, à la suite de la résiliation du marché relatif à l'exploitation et l'entretien des installations frigorifiques dont elle était titulaire au 31 août 2022 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;
3°) de mettre à la charge de l'EPD Les Deux Monts la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, à défaut d'être tardive ;
- le titre de recettes individuel attaqué a été pris par une autorité incompétente, faute de comporter la qualité précise de son autrice et la compétence au titre de laquelle elle a émis ce titre ;
- il est insuffisamment motivé en l'absence de précision de la base de liquidation de la somme à payer, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- la créance n'est pas fondée dès lors, d'une part, que l'EPD, qui lui a réglé l'intégralité des sommes réclamées au titre de l'exécution du marché, doit être regardé comme ayant renoncé au paiement de pénalités depuis la résiliation, d'autre part, que le pouvoir adjudicateur n'a pas arrêté de décompte de résiliation, pourtant prévu par l'article 34 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de fournitures et de services, et, enfin, qu'aucune défaillance de sa part ne justifie l'application de pénalités d'indisponibilité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mai 2023 et 25 février 2025, l'EPD Les Deux Monts conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête, tardive, est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Spie Facilities ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2300500 le 15 février 2023, un mémoire enregistré le 13 novembre 2024, et un mémoire enregistré le 18 mars 2025 non communiqué, la société par actions simplifiée (SAS) Spie Facilities, représentée par Me Lourme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le titre de recettes émis et rendu exécutoire par l'établissement public départemental (EPD) Les Deux Monts le 22 novembre 2022, mettant à sa charge une somme de 6 091,30 euros au titre de pénalités pour indisponibilité, à la suite de la résiliation du marché relatif à l'exploitation et l'entretien des installations frigorifiques dont elle était titulaire au 31 août 2022 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;
3°) de mettre à la charge de l'EPD Les Deux Monts la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, à défaut d'être tardive ;
- le titre de recettes individuel attaqué a été pris par une autorité incompétente, faute de comporter la qualité précise de son autrice et la compétence au titre de laquelle elle a émis ce titre ;
- il est insuffisamment motivé en l'absence de précision de la base de liquidation de la somme à payer, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- la créance n'est pas fondée dès lors, d'une part, que l'EPD, qui lui a réglé l'intégralité des sommes réclamées au titre de l'exécution du marché, doit être regardé comme ayant renoncé au paiement de pénalités depuis la résiliation, d'autre part, que le pouvoir adjudicateur n'a pas arrêté de décompte de résiliation, pourtant prévu par l'article 34 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de fournitures et de services, et, enfin, qu'aucune défaillance de sa part ne justifie l'application de pénalités d'indisponibilité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mai 2023 et 25 février 2025, l'EPD Les Deux Monts conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête, tardive, est irrecevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Spie Facilities ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Herrou, substituant Me Lourme, représentant la société Spie Facilities.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2300499 et 2300500, présentées par la société Spie Facilities, présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Le centre hospitalier de Saintonge, établissement support du groupement hospitalier de territoires composé de dix structures, et agissant en qualité de coordonnateur du groupement de commandes pour les dix établissements, parmi lesquels l'EPD des Deux Monts, a conclu un marché portant sur l'exploitation et l'entretien de leurs installations frigorifiques avec la société Spie Facilities, notifié à cette dernière le 13 août 2021. L'EPD Les Deux Monts a adressé à la société Spie Facilities deux avis des sommes à payer correspondant à deux titres de recettes émis et rendus exécutoires le 22 novembre 2022, portant respectivement sur des sommes de 1 908,70 euros, et 6 091,30 euros, correspondant à des pénalités d'indisponibilité d'installations de climatisation. La société Spie Facilities demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation, par sa requête n° 2300499, du titre de recettes émis et rendu exécutoire le 22 novembre 2022 pour un montant de 1 908,70 euros, et, par sa requête n° 2300500, du titre de recettes émis et rendu exécutoire le même jour pour un montant de 6 091,30 euros, ainsi que la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes.
Sur les fins de non-recevoir opposée par le groupement hospitalier de territoire :
3. Aux termes du 2° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Il résulte de ces dispositions que le recours formé contre un titre exécutoire émis par une collectivité territoriale ou un établissement public local doit être présenté, à peine de forclusion, dans un délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. En outre, la preuve de la notification régulière du titre de recettes incombe à l'administration.
4. Si les titres de recettes contestés ont été émis et rendus exécutoires le 22 novembre 2022, ainsi que le soutient l'EPD Les Deux Monts, celui-ci ne soumet cependant aux débats aucun élément probant quant à la date de notification de ces titres à la société requérante, le doute sérieux qu'il allègue sur cette date étant à cet égard sans influence. Par suite, les fins de non-recevoir tirée de la tardiveté des deux requêtes doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge de l'obligation de payer :
5. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
6. Il résulte de l'instruction que les deux titres de recettes contestés ont été émis à l'encontre de la société Spie Facilities en raison de périodes d'indisponibilité d'installations de climatisation, dont elle devait assurer, en vertu du marché qui lui a été attribué, la maintenance préventive et corrective. Par son courrier du 3 octobre 2022, le GHT de Saintonge a indiqué à la société requérante que la salle à manger " Soleil " de l'EPD Les Deux Monts n'a pas été climatisée du 13 au 23 juillet 2022, soit pendant onze jours, malgré la période caniculaire, et que la salle à manger de l'Orangerie, du même établissement, n'a pas été climatisée du 17 juillet au 10 août 2022, soit pendant vingt-cinq jours, générant des montants respectifs de pénalités pour indisponibilité de 4 521 euros et 14 428 euros, soit une somme de 18 949 euros, ramenée à 8 000 euros compte tenu du " caractère précaire et insuffisant " des mesures conservatoires mises en œuvre par la société titulaire pour pallier ces dysfonctionnements. En réponse, la société Spie Facilities a contesté ces défaillances, notamment par son courrier du 25 octobre 2022, en affirmant avoir dû, pour la salle Soleil, envisager un remplacement complet de l'installation en raison de sa vétusté, et dans l'attente, avoir fourni deux climatiseurs mobiles. S'agissant de la salle de l'Orangerie, elle a proposé des équipements de substitution sans que l'établissement ne valide cette proposition, et attribue l'imputabilité de ses délais d'intervention de plusieurs semaines aux délais d'approvisionnement des pièces nécessaires à l'exécution des travaux de maintenance. Si, contrairement à ce qu'invoque la société requérante, le CCAP prévoyait à son article 10 l'application de pénalités pour indisponibilité des installations, l'EPD Les Deux Monts ne produit toutefois strictement aucun élément permettant de justifier tant le nombre d'heures d'indisponibilité des installations de climatisation reprochée à la société requérante, que leur degré de sévérité, alors que la clause de pénalité invoquée prévoyait l'application de pénalités horaires différentes selon ce degré de sévérité, qui pouvait être " critique ", " urgente " ou " normale ". Dans ces conditions, en se bornant à soutenir que la climatisation, dans les salles Soleil et de l'Orangerie, a été indisponible pendant une durée de onze jours pour la première et de vingt-cinq jours pour la seconde, cette indisponibilité étant au demeurant contestée par la société Spie Facilities, l'EPD Les Deux Monts, qui ne produit aucun élément de calcul ni ne précise les paramètres dont il s'est servi, ne démontre pas avoir appliqué les stipulations de l'article 10 précité dont il entend se prévaloir. A cet égard, à supposer même que le principe de la créance résultant du titre de recettes attaqué soit justifié, la circonstance qu'il invoque, tenant aux pics de chaleur constatés dans la région Nouvelle-Aquitaine, est sans influence. Par suite, en l'absence de bien-fondé des créances en litige, les titres de recettes attaqués, portant sur des montants respectifs de 1 908,70 euros et 6 091,30 euros, correspondant à une somme totale de 8 000 euros, doivent être annulées.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Spie Facilities doit être déchargée de l'obligation de payer les sommes de 1 908,70 euros et 6 091,30 euros mises à sa charge par les titres exécutoires du 22 novembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EPD Les Deux Monts une somme de 1 300 euros à verser à la société Spie Facilities au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Les titres de recettes émis le 22 novembre 2022 par l'EPD Les Deux Monts pour des montants de 1 908,70 euros et 6 091,30 euros sont annulés.
Article 2 : La société Spie Facilities est déchargée de l'obligation de payer les sommes correspondantes de 1 908,70 euros et 6 091,30 euros.
Article 3 : L'EPD Les Deux Monts versera à la société Spie Facilities une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2300499 et 2300500 est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Spie Facilities et à l'établissement public départemental Les Deux Monts.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Tiberghien, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 juin 2025.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERYLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
N°s 2300499, 2300500
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026