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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300700

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300700

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300700
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre - JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mars 2023, le 30 mars 2024, M. B A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2022 à raison de l'immeuble qu'il détient, situé 38, rue du général Leclerc dans la commune de Ruffec (Charente).

Il soutient que :

- en 2013, il a procédé à la division de sa parcelle sur laquelle se trouve son logement en deux parcelles distinctes, ce qui a entraîné une augmentation de l'ordre de 1 000 euros par an de sa taxe foncière ;

- son bien devrait être exonéré de taxe foncière, dès lors qu'il n'est pas occupé par des locataires ; la circonstance que les travaux aient duré 9 ans ne devrait pas faire obstacle à l'exonération de taxe foncière ; il a fourni tous les justificatifs relatifs aux travaux (documents, attestations, photographies, factures) ; la vacance de son logement est indépendante de sa volonté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable au titre des années 2015 à 2020 en raison de la tardiveté de la requête ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Une pièce complémentaire a été déposée par M. A le 8 avril 2024 après la clôture automatique et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pipart, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer seul sur les litiges énumérés par cet article.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pipart a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été assujetti à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2015 à 2022 à raison de l'immeuble qu'il détient, situé 38, rue du général Leclerc dans la commune de Ruffec (Charente) pour un montant total de 9 841 euros. Par des réclamations des 13 octobre 2022, 27 décembre 2022, 2 et 4 janvier 2023, il a demandé à bénéficier du dégrèvement de sa taxe foncière, prévu pour les logements vacants sur le fondement de l'article 1389 du code général des impôts, sur l'ensemble de la période précitée. Par un courrier du 5 janvier 2023, l'administration fiscale a rejeté sa demande. M. A demande la décharge de l'imposition litigieuse pour les années 2015 à 2022.

Sur la recevabilité des conclusions :

2. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ; b) De la réalisation de l'événement qui motive la réclamation ; ne constitue pas un tel événement une décision juridictionnelle ou un avis mentionné aux troisième et cinquième alinéas de l'article L. 190 ; () ". Et aux termes de l'article R. 190-1 du même livre : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ".

3. Si M. A sollicite la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties qui lui ont été assignées au titre des années 2015 à 2022 dont les dates de mise en recouvrement sont respectivement le 31 août 2015, le 31 août 2016, le 31 août 2017, le 31 août 2018, 31 août 2019, 31 août 2020, 31 août 2021 et 31 août 2022, ses réclamations des 13 octobre 2022, 27 décembre 2022, 2 et 4 janvier 2023 sont, en application des dispositions précitées, tardives et par conséquent irrecevables au titre des années 2015 à 2020.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

4. Aux termes de l'article 1415 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition ". Et aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Puis aux termes du I de l'article 1389 dudit code : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".

5. Aux termes de l'article 1389 du code général des impôts précité, les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée.

6. Les dispositions de l'article 1389 du code général des impôts subordonnent en outre le dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties à la condition, notamment, que la vacance de l'immeuble normalement destiné à la location soit indépendante de la volonté du propriétaire. Le caractère involontaire de ladite vacance s'apprécie eu égard aux circonstances dans lesquelles elle est intervenue et aux démarches accomplies par le propriétaire, selon les possibilités qui lui étaient offertes, en fait comme en droit, pour la prévenir ou y mettre fin. Ne peut ainsi être regardée comme indépendante de la volonté du propriétaire et par suite ne peut ouvrir droit au dégrèvement la vacance d'un immeuble normalement destiné à la location, même délabré, dès lors que le propriétaire n'avait pas entrepris de remédier à cet état de choses. La circonstance qu'en raison du coût des travaux de réparation d'un immeuble, le propriétaire était dans l'impossibilité de les entreprendre n'est pas non plus de nature à faire regarder la vacance des logements en cause comme indépendante de sa volonté au sens et pour l'application de l'article 1389 du code général des impôts.

7. En l'espèce, M. A a acquis le 6 mai 2011, en connaissance de cause, un bien en état de vétusté. S'il indique avoir initié des travaux en 2014 pour rénover ce bien, ceux-ci ne sont toujours pas terminés à la date d'introduction de la requête, soit près de neuf ans après le début du chantier. Il ne fait état d'aucune démarche sérieuse de mise en location de son appartement de 42 mètres carrés, hormis une offre de location sur le site " Paru Vendu" publiée en mars 2023, pour un loyer de 800 euros par mois, soit un prix très largement supérieur au marché immobilier local. Dans ces conditions, M. A n'établit pas, eu égard aux circonstances dans lesquelles elle est intervenue et aux démarches qu'il a accomplies, que la vacance de cet immeuble revêtirait un caractère involontaire de nature à justifier le dégrèvement de la taxe foncière à laquelle il a été assujetti au titre des années 2021 et 2022.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

R. PIPARTLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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