lundi 16 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300713 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mars 2023, Mme C et M. A B, représentés par Me Caliot, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 19 janvier 2023 par lesquelles la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté leurs recours dirigés contre les décisions leur notifiant des indus de prime d'activité, de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019, 2020 et 2021 et d'aide dite COVID-19 ;
2°) à titre subsidiaire, de leur accorder la remise totale ou partielle de leurs dettes ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- ils sont de bonne foi : certaines sommes retenues par la caisse d'allocations familiales comme des revenus correspondent notamment à des ventes de matériels ou de vêtements non liés à l'activité professionnelle de M. B ou à des versements d'un de leurs comptes vers un autre ;
- ils sont dans une situation précaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 600 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les époux B ont omis de déclarer près de 140 500 euros de ressources sur trois ans et ont délivré de fausses informations à l'agent assermenté chargé du contrôle ;
- les justificatifs qu'ils produisent, à supposer qu'ils doivent être pris en compte, ne suffisent pas à justifier l'intégralité des sommes non déclarées et les motifs de cette absence de déclaration ;
- les conclusions à fin de remise sont irrecevables dès lors que les requérants ne justifient pas avoir exercé un recours administratif préalable et doivent, en tout état de cause, être rejetées compte tenu des fausses déclarations qu'ils ont effectuées.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- et les observations de Me Carré, représentant la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme et M. B, bénéficiaires de plusieurs prestations familiales, ont fait l'objet d'une procédure de contrôle à l'issue de laquelle un rapport établi le 16 juin 2022 a conclu à l'existence de fausses déclarations répétées s'agissant de leurs ressources. Par un courrier du 29 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Vienne leur a notifié un indu de prime d'activité de 1 620,91 euros, des indus de prime exceptionnelle de fin d'année de 442,10 euros au titre de l'année 2019, de 442,10 euros au titre de l'année 2020 et de 381,12 euros au titre de l'année 2021 ainsi qu'un indu d'aide COVID-19 de 550 euros. Par une réclamation du 1er décembre 2022, ils ont contesté le bien-fondé de ces différents indus. Par des décisions du 19 janvier 2023, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté leur recours. Par leur requête, Mme et M. B demandent l'annulation de l'ensemble de ces décisions et, à titre subsidiaire, la remise de leurs dettes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prestation sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :
3. Aux termes de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; /3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; /4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ".
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport établi le 16 juin 2022 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, que les requérants n'ont pas déclaré pendant trois ans de nombreuses sommes versées sur leurs comptes courants, notamment des sommes résultant de l'activité d'auto-entrepreneur de M. B. Il résulte également de l'instruction que le rapport d'enquête a bien pris en compte certaines des explications fournies par les requérants dans le cadre de la procédure contradictoire et que les vérifications faites ont conclu que les sommes en cause devaient bien être déclarées. Si les requérants produisent des pièces pour justifier que certains versements et virements correspondent à des ventes de matériels ou de vêtements non liés à l'activité professionnelle de M. B ou à des versements d'un de leurs comptes vers un autre, il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, que ces pièces ne justifient pas la totalité des versements en cause, d'autre part, que les sommes liées à la vente de vêtements n'ont été prises en compte que pour le calcul des droits des requérants au bénéfice du revenu de solidarité active et, enfin, que les requérants n'apportent aucun élément permettant de remettre sérieusement en cause les constatations du rapport d'enquête. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours amiable a commis une erreur d'appréciation en considérant, pour confirmer l'indu de prime d'activité, qu'ils n'avaient pas déclaré la totalité de leurs ressources pendant trois ans.
En ce qui concerne les indus de primes de fin d'année et de prime exceptionnelle dite COVID-19 :
5. D'une part, aux termes de l'article 3 du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. () ". Aux termes de l'article 3 du décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. (). Aux termes de l'article 3 du décret 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. () ". Enfin, aux termes de l'article 1 du décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ;() ".
6. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice des aides exceptionnelles précitées est conditionné par l'existence d'un droit, pour les mois en cause, au bénéfice du revenu de solidarité active.
7. D'autre part, selon l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ".
8. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4 du présent jugement, la réintégration dans les ressources prises en compte pour le calcul de leurs droits au revenu de solidarité active, lesquelles incluent, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les revenus tirés de la vente de vêtements ou de véhicules, a conduit à constater qu'ils n'avaient pas droit au revenu de solidarité active au titre des mois de novembre et décembre 2019, 2020 et 2021, et, par voie de conséquence, aux aides exceptionnelles précitées. Ils ne sont, en conséquence, pas fondés à soutenir que la caisse d'allocations familiales de la Vienne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation
9. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions confirmant les indus mis à leur charge.
Sur les conclusions à fin de remise :
10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prestation sociale, il appartient au juge, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
11. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
12. Il résulte de l'instruction que les requérants ont omis de déclarer près de 140 500 euros de ressources sur trois ans et ont délivré de fausses informations à l'agent assermenté chargé du contrôle en dissimulant l'existence de l'un de leurs compte-courant. Dans ces circonstances, ils ne peuvent être considérés comme étant de bonne foi et leurs conclusions tendant à la remise des dettes demeurant à leur charge doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. La caisse d'allocations familiales de la Vienne n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par les requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme et M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. A B et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
G. DUMONTLa greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
signé
S. GAGNAIRE
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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