jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300779 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mars 2023 et un mémoire enregistré le 12 juin 2023, Mme B D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de lui accorder la remise totale de ses dettes relatives à un trop-perçu de prime d'activité dont les montants sont de 1 508,46 euros et de 1 316,33 euros.
Elle soutient que :
- les indus en cause résultent d'une erreur de la caisse d'allocations familiales qui n'a pas pris en compte sa déclaration relative à son statut d'apprentie ;
- s'agissant d'indus correspondant à une période au cours de laquelle elle était célibataire, sa nouvelle situation familiale ne doit pas être prise en compte pour évaluer sa capacité à les rembourser.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la décharge qui pourrait être accordée à la requérante soit limitée à 10 % des sommes dues.
Elle fait valoir que :
- les indus en cause trouve leur origine dans la déclaration par la requérante le 6 novembre 2020 d'une activité salariée et non du statut d'apprentie, cette erreur n'ayant été rectifiée que le 28 décembre 2022 ;
- Mme D ayant toutefois rectifié sa situation auprès de la caisse d'allocations familiales dès le mois d'octobre 2021, une remise partielle de sa seconde dette lui a été accordée à hauteur de 50 % ;
- sa situation financière lui permet de procéder au remboursement de la dette restant à sa charge.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme Dumont a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, alors affiliée à la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres, s'était déclarée en tant que salariée depuis août 2020 et bénéficiait à ce titre de la prime d'activité. Le 27 octobre 2021, elle a déclaré résider dans la Vienne à compter du 1er novembre 2021. A la suite d'un contact téléphonique le 28 décembre 2022 avec la caisse d'allocations familiales de ce département, elle a indiqué être apprentie et non salariée depuis le 26 août 2020. A l'occasion de cet entretien téléphonique, Mme D a également confirmé vivre avec M. C A depuis le 25 novembre 2022. Ces changements de statut et de situation familiale ont entraîné un nouveau calcul de ses droits au bénéfice de la prime d'activité, à l'issue duquel la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié, les 28 et 29 décembre 2022, deux dettes de prime d'activité d'un montant de 1 508,46 euros pour la période du 1er février 2021 au 31 octobre 2021 et d'un montant de 2 632,67 euros pour la période du 1er novembre 2021 au 30 novembre 2022, dont elle a sollicité la remise. Par une décision du 7 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté sa demande de remise de la dette de 1 508,46 euros. Par une décision du 2 mai 2023, elle lui a accordé la remise partielle de la dette de 2 632,67 euros à hauteur de 1 316,34 euros. Par sa requête, Mme D sollicite la remise totale des dettes demeurant à sa charge.
2. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu de prime d'activité, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.
4. Il résulte de l'instruction que les dettes de prime d'activité en cause s'expliquent tant par l'erreur initialement commise par Mme D en se déclarant en tant que salariée et non comme apprentie que par le retard mis par les deux caisses d'allocations familiales concernées à rectifier ce statut. Dans ces conditions, Mme D peut être considérée comme étant de bonne foi. Elle peut donc prétendre à une remise totale ou partielle des dettes demeurant à sa charge. Toutefois, elle n'établit pas qu'elle se trouve dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait pas assumer le remboursement, le cas échéant échelonné, de sa dette. Dès lors, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise gracieuse qu'elle demande.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
G. DUMONTLa greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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