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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301084

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301084

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de Mme A, qui contestait le refus du préfet de la Loire-Atlantique d'échanger son permis de conduire marocain contre un permis français. La décision de refus était fondée sur le dépassement du délai d'un an imparti pour demander l'échange, à compter de la délivrance de son premier titre de séjour le 29 janvier 2020. Le tribunal a jugé que ce délai court bien à partir de la date du premier titre de séjour, conformément à l'article R. 222-3 du code de la route et à l'arrêté du 12 janvier 2012. Les arguments de Mme A, tirés du défaut d'information et de la force majeure liée à la crise sanitaire, n'ont pas été retenus comme fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire marocain contre un permis français, ainsi que la décision par laquelle il a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé le 26 décembre 2022.

Elle soutient que :

- elle n'a pas été informée par la préfecture du délai d'un an qui lui était imparti pour demander l'échange de son permis de conduire à compter de l'acquisition de sa résidence en France ;

- en tout état de cause, elle n'a pas pu se procurer dans ce délai d'un an l'attestation de validité de son permis marocain requise auprès de l'administration marocaine, malgré la procuration qu'elle a établie pour que son père puisse la récupérer à sa place, et a donc dû attendre l'année 2022 pour se rendre au Maroc, compte tenu de l'impossibilité d'y aller en 2020 et 2021 en raison de la crise sanitaire, qui constitue un cas de force majeure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a présenté le 16 octobre 2022 une demande auprès du centre d'expertise et de ressources des titres de la préfecture de Loire-Atlantique afin d'échanger son permis de conduire marocain contre un permis de conduire français. Le préfet de la Loire-Atlantique, par une décision du 30 novembre 2022, a rejeté sa demande. Mme A a formé à l'encontre de ce rejet un recours gracieux le 26 décembre 2022, dont le centre d'expertise et de ressources des titres a accusé réception le 9 janvier 2023. Par sa requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 30 novembre 2022 et de celle ayant rejeté implicitement son recours gracieux.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " I. - Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. II. - A - Pour les ressortissants étrangers non-ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle du début de validité du premier titre de séjour. () ".

4. Tant qu'un titre de séjour ne lui a pas été délivré, un étranger ne saurait être regardé comme ayant acquis une résidence normale en France, au sens des dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route. Il suit de là que les dispositions des articles 4 et 11 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ne peuvent légalement avoir pour effet de fixer à une date antérieure à celle de la délivrance du premier titre de séjour ou, pour les réfugiés, du titre de séjour provisoire établi à la suite de la reconnaissance de la qualité de réfugié, le point de départ du délai d'un an imparti pour demander l'échange d'un permis délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen.

5. Pour refuser de faire droit à la demande de Mme A tendant à l'échange de son permis de conduire marocain délivré le 11 avril 2019 contre un permis français, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance qu'elle l'a présentée tardivement, le 16 octobre 2022, soit plus d'un an après le début de validité du premier titre de séjour de Mme A, qui lui a été octroyé le 29 janvier 2020 pour la période du 7 janvier 2020 au 6 janvier 2021.

6. Si Mme A soutient, d'une part, qu'elle n'a pas été informée du délai d'un an qui lui était imparti pour déposer sa demande, soit jusqu'au 29 janvier 2021, et, d'autre part, qu'elle a été empêchée de se procurer, dans ce délai, l'attestation d'authenticité de son permis de conduire marocain auprès des autorités marocaines, ces circonstances, à les supposer établies, sont sans influence sur la légalité de la décision en litige, l'arrêté du 12 janvier 2012 ne prévoyant aucune dérogation à la durée du délai qu'il fixe pour la demande d'échange de permis de conduire. En outre, les circonstances invoquées ne permettent pas, en tout état de cause et alors que la procédure d'échange de permis est accessible sur Internet, de justifier le temps écoulé entre la date d'acquisition de sa résidence normale en France et sa demande d'échange en date du 16 octobre 2022, postérieure à la crise sanitaire. Dans ces conditions, à la date de sa demande d'échange de permis de conduire, le délai d'un an prévu à l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 était expiré. Il s'ensuit que c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande d'échange de permis de conduire de Mme A.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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