mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301155 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 avril 2023 et le 21 novembre 2023, M. C B demande au tribunal la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle il a été assujettie au titre de l'année 2022, à raison du bien dont il est propriétaire situé 4, impasse des champs dans la commune de Port-des-Barques (Charente-Maritime).
Il soutient que :
- le bien en question est exclusivement dédié à la location toute l'année ; aucune date d'occupation personnelle n'est prévue dans le planning de location ; il gère cette location directement sans intermédiaire, et aucune disposition du code général des impôts n'impose de déléguer la gestion de la location pour être exonéré de l'imposition litigieuse ;
- il est fondé à se prévaloir des énonciations du paragraphe n°50 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TH-10-20-20, dès lors que le bien loué ne constitue pas son habitation personnelle et de la réponse ministérielle n°2144 du 27 octobre 1997 ;
- il est également assujetti à la cotisation foncière des entreprises pour le bien en question et est ainsi soumis à une double imposition ;
- la charge de la preuve repose sur l'administration fiscale, qui doit démontrer, en l'espèce, la mauvaise foi du propriétaire.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 octobre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de M. D représentant la direction départementale des finances publiques de la Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B a été assujetti à la taxe d'habitation au titre de l'année 2022 pour un montant de 551 euros à raison du bien qu'il donne en location meublée situé 4, impasse des champs dans la commune de Port-des-Barques (Charente-Maritime). Par une réclamation du 14 février 2023, rejetée le 28 mars 2023, il a contesté ladite imposition. Par la présente requête, M. B demande la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2022.
Sur la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 1407 du code général des impôts : " I. - La taxe d'habitation est due : 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation (). II. - Ne sont pas imposables à la taxe : 1° Les locaux passibles de la cotisation foncière des entreprises lorsqu'ils ne font pas partie de l'habitation personnelle des contribuables () ". L'article 1408 de ce code dispose : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. () ". Selon l'article 1415 du même code, la taxe d'habitation est établie pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition.
3. Il résulte de ces dispositions qu'est en principe redevable de la taxe d'habitation le locataire d'un local imposable au 1er janvier de l'année d'imposition. Toutefois, par dérogation à ce principe, lorsqu'un logement meublé fait l'objet de locations saisonnières ou de courte durée, le propriétaire du bien est redevable de la taxe d'habitation dès lors qu'au 1er janvier de l'année de l'imposition, il peut être regardé comme entendant en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année. En effet, dans ce dernier cas, le bien doit être regardé comme constituant une habitation personnelle du propriétaire. Dans pareil cas, le propriétaire est redevable tant de la taxe d'habitation que de la cotisation foncière des entreprises, sauf s'il en est exonéré par ailleurs.
4. Lorsqu'un propriétaire met son logement en location saisonnière ou de courte durée sans intermédiaire ou par des intermédiaires qui, comme des plateformes en ligne, se bornent à mettre en relation des propriétaires et des locataires, il conserve, juridiquement, la possibilité d'occuper le bien ou de le faire occuper gracieusement par des tiers, comme de la famille ou des proches. Il doit alors être regardé comme entendant en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année.
5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à la taxe d'habitation ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
6. Il résulte de l'instruction que l'appartement pour lequel M. B demande la décharge de la taxe d'habitation fait l'objet de locations de courte durée via des intermédiaires qui se bornent à mettre en relation des propriétaires et des locataires, comme le site " Le bon coin ". Ainsi, alors même que ce logement est loué une partie de l'année et que M. B a sa résidence principale en Ile-de-France, celui-ci ne s'est pas juridiquement dessaisi de la disposition et de la jouissance du bien, qu'il peut notamment, s'il le souhaite, faire occuper gracieusement par des tiers. Dans ces conditions, cet appartement est passible tant de la taxe d'habitation que de la cotisation foncière des entreprises.
Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :
7. Si M. B se prévaut des énonciations du paragraphe n°50 de la documentation administrative référencée BOI-IF-TH-10-20-20, et de la réponse ministérielle n°2144 du 27 octobre 1997, toutefois, celles-ci ne font pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle qui en a été faite aux points 3 à 5 du présent jugement dans la mesure, notamment, où constitue une habitation personnelle du loueur tout logement dont il a entendu conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. ALa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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