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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301294

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301294

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301294
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. D E et Mme A C demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime refusant une remise de dette d'aide personnelle au logement et laissant à leur charge la somme de 891 euros.

2°) de leur accorder la remise gracieuse totale de cette somme.

Ils soutiennent que :

- ils se sont trompés dans les déclarations en cochant " colocation " et non " vie maritale " ;

- ils ont un droit à l'erreur ;

- ils sont dans une situation financière précaire qui ne leur permet pas de rembourser leurs dettes.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par des courriers du 24 octobre et 5 novembre 2022, M. E et Mme C ont sollicité une remise gracieuse de leur dette concernant l'aide personnalisée au logement. Par une décision du 15 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime leur a refusé une remise gracieuse de leur dette, laissant ainsi à leur charge, compte tenu des remboursements déjà effectués, la somme de 891 euros. Par la présente requête, M. E et Mme C demandent l'annulation de cette dernière décision.

Sur la remise gracieuse :

2. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement de paiement d'un indu d'aide personnelle au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations () ". Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " () Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ".

3. Il résulte de ces dispositions que la procédure de remise gracieuse définie par le code de la sécurité sociale ne crée pas un droit à remise de dette au profit des bénéficiaires d'une aide personnelle au logement qui ont perçu des sommes indues, alors même que cet indu serait exclusivement imputable à une erreur commise par l'organisme payeur. Il appartient toutefois au tribunal administratif, saisi d'un recours contre la décision de l'instance gracieuse refusant d'accorder la remise de la dette à titre gracieux ou n'accordant qu'une remise partielle, de vérifier que cette décision n'est entachée d'aucune erreur de fait ou de droit et ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée des circonstances de l'affaire.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu ou ni faisant que partiellement droit, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

5. Il résulte de l'instruction que l'indu litigieux mis à la charge de M. E et Mme C, et dont ils sollicitent la remise gracieuse, a pour origine l'absence de déclaration par les intéressés de la réalité de leur situation de vie maritale. Il résulte de l'instruction que les requérants sont en situation de concubinage, qu'ils habitent au 9 rue des Charmes à Ecoyeux depuis le 2 juillet 2020 et qu'ils se sont déclarés être en colocation. Si les requérants soutiennent qu'ils se sont trompés dans les déclarations en cochant " colocation " et non " vie maritale " et qu'ils ont droit à l'erreur, dès lors que " le mot " marital " était à nos yeux, implicite d'une exécution formelle d'un acte écrit et validé par l'Etat " et que " notifier notre vie en concubinage était une première ", cette circonstance, à la supposer opérante dans le cadre d'une demande de remise gracieuse, n'est pas de nature à établir la bonne foi des requérants qui ont omis, depuis octobre 2020 jusqu'en septembre 2022, de déclarer aux services de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime la réalité de leur situation personnelle. En tout état de cause, alors qu'ils n'apportent aucun élément probant ou suffisamment précis au regard de leurs ressources et de leurs charges, M. E et Mme C ne démontrent pas qu'ils se trouveraient dans une situation de précarité telle qu'ils ne puissent faire face au remboursement du solde de leur dette. Par suite, et en vertu des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, aucune remise de dette ne peut leur être accordée.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E et Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à Mme A C, ainsi qu'à la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. B

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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