mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301316 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mai 2023, M. B A, représenté par Me Changeur demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision 48 SI en date du 4 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions individuelles de retrait de points, consécutives aux infractions commises les 14 mai 2022, 17 mars 2019 et 25 juillet 2017 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer le capital de points de son permis de conduire tel qu'arrêté par le tribunal, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Il soutient que :
- la décision 48 SI lui est inopposable, les délais de recours contentieux ne sauraient par conséquent non plus lui être opposés ;
- le ministre ne justifie pas avoir délivré, préalablement à chacun des retraits de points litigieux, les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- les retraits de points litigieux ne respectent pas l'article L. 223-2 du code de la route ;
- la décision 48 SI doit être annulée du fait de l'illégalité des décisions portant retrait de points.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est tardive ; en effet, elle a été enregistrée au greffe du tribunal le 15 mai 2023 alors que la décision 48 SI en litige, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifiée au requérant le 15 février 2023 par lettre recommandée avec accusé de réception, le pli ayant été retourné au service du fichier national du permis de conduire avec comme motif de non distribution " avisé non réclamé " ; le recours administratif du 9 mai 2023 introduit après l'expiration du délai de recours contentieux n'a pu conserver le délai de recours ;
- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 20 septembre 2020 sont irrecevables dès lors qu'il ressort du relevé d'information intégral du permis de conduire de l'intéressé que le point retiré consécutivement à cette infraction a été restitué au requérant le 26 octobre 2021, avant l'enregistrement de la requête ;
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. D. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande l'annulation de la décision 48 SI en date du 4 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a procédé à l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que des décisions de retraits de points afférentes aux infractions commises les 14 mai 2022, 17 mars 2019 et 25 juillet 2017.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. Lorsque la notification a été faite par lettre recommandée avec accusé de réception, cette preuve doit être regardée comme apportée lorsqu'il est établi que la lettre a été régulièrement présentée au domicile du destinataire. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
4. Il résulte de l'instruction que M. A s'est vu notifier une décision référencée 48 SI, récapitulant l'ensemble des décisions de retrait de points de son permis de conduire et constatant la perte de validité de ce titre en raison d'un solde de points nul. Le ministre produit la photocopie du pli afférent à la décision ministérielle récapitulative en cause. Il ressort de la mention précise portée sur l'avis de réception postal que ce pli a été notifié à M. A, en envoi recommandé avec accusé de réception, le 15 février 2023 à son adresse connue de l'administration. Si ce pli n'a pu être remis au requérant, il résulte toutefois de la mention manuscrite " absent le 14 avisé le 15/2/23 ", que l'intéressé a été avisé par le dépôt à son domicile d'un avis de passage, de la mise en instance du pli recommandé au bureau de poste pendant le délai réglementaire avant le renvoi de celui-ci à l'administration. L'intéressé s'étant abstenu d'aller le retirer au bureau de poste dans le délai de quinze jours imparti pour ce faire, le pli a été retourné à son expéditeur, conformément à la réglementation postale, assorti de la mention " Pli avisé et non réclamé ". De surcroît, le requérant n'établit pas que ce dernier contenait un document autre que cette décision. Au surplus, si le requérant fait valoir qu'il n'habitait pas au " 11 rue de Soquence, 76600 Le Havre " et s'il fournit à cet égard différents baux de location pour des logements à Briançon et à Rochefort, d'une part, cette élection de domicile ne permet pas d'exclure en tant que telle la détention d'une autre résidence et, d'autre part, il résulte de ce qui précède que l'adresse chez 11 rue de Soquence (76 600) doit être regardée comme correspondant à une résidence de l'intéressée dès lors que le pli n'a pas été retourné par les services postaux avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Ainsi, il doit être regardé comme ayant eu connaissance de la décision contestée le 15 février 2023, jour de présentation de la lettre recommandée à son adresse connue de l'administration dès lors que le pli n'a pas été retourné par les services postaux avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Cette présentation a valu notification et a fait courir le délai de deux mois dont le requérant disposait, en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, pour former un recours contentieux contre la décision contestée. Et la circonstance à la supposer établie qu'il n'aurait eu connaissance de la décision litigieuse qu'ultérieurement ne saurait, en tout état de cause, ni le relever de cette forclusion, ni lui ouvrir un nouveau délai de recours contentieux. Enfin si le requérant a adressé une demande pour obtenir copie de la décision du 4 février 2023 auprès du bureau national des droits à conduire le 4 mai 2023, reçue le 9 mai 2023 celle-ci ne pouvait conserver le délai de recours contentieux, qui avait expiré le 17 avril 2023, et se trouvait dépourvue de tout effet interruptif.
5. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 14 mai 2022, 17 mars 2019, du 25 juillet 2017, sont tardives et, par suite, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.".
7. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, soit condamné à payer à M. A la somme qu'il demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. DLa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour le Greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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