jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301394 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 23 mai et 12 juillet 2023, Mme B C demande au tribunal d'annuler la décision du 29 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté sa demande de remise de dette effectuée à l'encontre d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 266,18 euros pour la période du 1er juin 2021 au 30 novembre 2021.
Elle soutient qu'elle est de bonne foi, dès lors qu'elle allée à Madagascar en mars 2021 pour l'enterrement de son frère mais qu'elle est restée bloquée pendant cinq mois suite à l'épidémie de covid-19 et la fermeture des aéroports.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2023, le président du conseil départemental de la Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Vienne a notifié à Mme C un trop-perçu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 2 266,18 euros pour la période comprise entre le 1er juin 2021 et le 30 novembre 2021. La demande de remise de dette de l'intéressée reçue le 14 décembre 2022 a été rejetée par le président du conseil départemental de la Vienne par une décision du 29 mars 2023. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ( ) La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre (). ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
3. D'une part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité ou de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise totale ou partielle.
4. D'autre part, il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
5. Il résulte de l'instruction que, pour mettre à la charge de Mme C l'indu en litige, la caisse d'allocations familiales de la Vienne puis le président du conseil départemental de la Vienne se sont fondés sur le rapport d'enquête établi le 18 octobre 2022 par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, lequel a conclu à l'absence de résidence stable et effective de Mme C sur la période du 9 mars 2021 au 28 juillet 2021 et à la réception de plusieurs virements de la part de sa famille. Mme C reconnaît avoir quitté le territoire national en raison du décès de son frère survenu à Madagascar et qu'elle n'a pas été en mesure de revenir dans de brefs délais en raison de la crise du covid 19. Il ressort de l'enquête de la caisse d'allocations familiales de la Vienne que Mme C n'a pas informé la caisse d'allocations familiales de son changement de résidence pendant près de cinq mois et de la réception de plusieurs virements de la part de sa famille alors même qu'elle a effectué ses déclarations de ressources trimestrielles les 11 juillet et 1er septembre 2021. Ces omissions, eu égard à leur caractère répété durant toute la durée de cette période, permettent de retenir le caractère de fausses déclarations. Par suite, Mme C qui ne conteste aucune des constatations retenues par la caisse d'allocations familiales pour qualifier ses déclarations trimestrielles de ressources de frauduleuses, et qui ne justifie ni de la réalité du motif qu'elle invoque de son séjour à Madagascar, ni de l'impossibilité alléguée d'en revenir, ne peut se borner à soutenir qu'elle n'avait pas l'intention de frauder. Sa bonne foi ne peut être retenue. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le président du conseil départemental a mis à sa charge la somme de 2 266,18 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er juin 2021 et le 30 novembre 2021. En outre, alors qu'elle n'apporte aucun élément probant ou suffisamment précis au regard de ses ressources et de ses charges, Mme C ne démontre pas qu'elle se trouverait dans une situation de précarité telle qu'elle ne puisse faire face au remboursement du solde de sa dette. Par suite, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, aucune remise de dette ne peut lui être accordée.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de la Vienne.
Copie en sera adressée à la caisse des allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
V. A
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
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