mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301397 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mai et 21 novembre 2023, M. B A demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2022 à raison de l'appartement qu'il détient situé 45 boulevard du Pont Achard, dans la commune de Poitiers (Vienne) ;
2°) de mettre à de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son bien est mis en location via le site " Airbnb " et il a en outre recours aux services d'une société de conciergerie ; il n'a jamais occupé l'appartement au cours de l'année 2022 ; il est par ailleurs assujetti à la cotisation foncière des entreprises pour le même bien ;
- le logement a été proposé à la location tout au long de l'année 2022 ; la circonstance que le contrat passé avec la société de conciergerie stipule que le propriétaire peut prévoir des périodes pendant lesquelles le logement n'est pas mis en location n'implique pas qu'il s'en est réservé la jouissance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pipart, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer seul sur les litiges énumérés par cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Pipart a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été assujetti à la taxe d'habitation au titre de l'année 2022 à raison du bien qu'il détient et met en location situé 45 boulevard du Pont Achard, dans la commune de Poitiers (Vienne). Par une réclamation du 30 décembre 2022, rejetée le 18 janvier 2023, il a contesté son assujettissement à ladite taxe. Par la présente requête, il demande la décharge de l'imposition litigieuse.
2. Aux termes de l'article 1407 du code général des impôts : " I. - La taxe d'habitation est due : 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation (). II. - Ne sont pas imposables à la taxe : 1° Les locaux passibles de la cotisation foncière des entreprises lorsqu'ils ne font pas partie de l'habitation personnelle des contribuables () ". L'article 1408 de ce code dispose : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. () ". Selon l'article 1415 du même code, la taxe d'habitation est établie pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition.
3. Il résulte de ces dispositions qu'est en principe redevable de la taxe d'habitation le locataire d'un local imposable au 1er janvier de l'année d'imposition. Toutefois, par dérogation à ce principe, lorsqu'un logement meublé fait l'objet de locations saisonnières ou de courte durée, le propriétaire du bien est redevable de la taxe d'habitation dès lors qu'au 1er janvier de l'année de l'imposition, il peut être regardé comme entendant en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année. En effet, dans ce dernier cas, le bien doit être regardé comme constituant une habitation personnelle du propriétaire. Dans pareil cas, le propriétaire est redevable tant de la taxe d'habitation que de la cotisation foncière des entreprises, sauf s'il en est exonéré par ailleurs.
4. Lorsqu'un propriétaire met son logement en location saisonnière ou de courte durée sans intermédiaire ou par des intermédiaires qui, comme des plateformes en ligne, se bornent à mettre en relation des propriétaires et des locataires, il conserve, juridiquement, la possibilité d'occuper le bien ou de le faire occuper gracieusement par des tiers, comme de la famille ou des proches. Il doit alors être regardé comme entendant en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année.
5. Il résulte de l'instruction que l'appartement pour lequel M. A demande la décharge de la cotisation de taxe d'habitation fait l'objet de locations de courte durée via des intermédiaires qui se bornent à mettre en relation des propriétaires et des locataires. Pour la prise en charge des locataires, il a recours aux services d'une société de conciergerie, avec laquelle il a signé un contrat, qui lui offre la possibilité de conserver la disposition ou la jouissance de ce bien au cours de l'année. Ainsi, alors même que ce logement est loué une très grande partie de l'année et que M. A a sa résidence principale en Espagne, celui-ci ne s'est pas juridiquement dessaisi de la disposition et de la jouissance du bien, qu'il peut notamment, s'il le souhaite, faire occuper gracieusement par des tiers. Dans ces conditions, cet appartement est passible tant de la taxe d'habitation que de la cotisation foncière des entreprises.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fins de décharge de la requête de M. A ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. PIPARTLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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