mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2301772 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2023 et 25 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Changeur, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 48 SI " en date du 4 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de restituer son permis de conduire ainsi que les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions commises les 7 mai 2022, 25 mars 2022, 24 février 2022, 9 août 2021 et 23 août 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer le capital affecté à son permis de conduire à hauteur des points irrégulièrement retirés, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les retraits de points en date du 24 septembre 2022 ne respectent pas l'article L. 223-2 du code de la route ; elle n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points contestés, qui ne lui ont jamais été communiqués ;
- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante contre les décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. B. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision référencée " 48 SI " du 4 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité du permis de conduire de Mme C à la suite des infractions au code de la route qu'elle a commises les 7 mai 2022, 25 mars 2022, 24 février 2022, 21 octobre 2021, 9 août 2021 et 23 août 2021, 4 juillet 2021, 6 juin 2021 et 9 septembre 2021, et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision " 48 SI " et des décisions antérieures portant retrait de points de son permis de conduire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable pour les infractions commises les 24 février 2022, 25 mars 2022, 7 mai 2022, 9 août 2021 et 23 août 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.
4. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.
5. En l'espèce, les cinq infractions des 24 février 2022, 25 mars 2022, 7 mai 2022, 9 août 2021 et 23 août 2021 relevées par radar automatique, ont donné lieu à des amendes forfaitaires majorées. Il ressort des attestations de paiement de ces cinq amendes forfaitaires majorées, produites en défense, qu'elles ont toutes été encaissées par la trésorerie du contrôle automatisé, les 12 juin 2023, 12 avril 2023 et 19 avril 2022. Si Mme C soutient que ces paiements sont intervenus par la voie du recouvrement forcé, elle n'en produit pas la preuve à l'instance. Par suite ces paiements apportent la preuve que la requérante s'était vu délivrer l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions commises les 24 février 2022, 25 mars 2022, 7 mai 2022, 9 août 2021 et 23 août 2021 :
6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".
7. Il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes, prévus par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. Il appartient à l'officier du ministère public d'apprécier la recevabilité de la réclamation, sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
7. Il résulte de l'instruction que les infractions au code de la route commises les 24 février 2022, 25 mars 2022, 7 mai 2022, 9 août 2021 et 23 août 2021 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Si, à l'appui de son recours, Mme C soutient avoir formé une réclamation contre ces titres exécutoires auprès de l'officier du ministère public compétent, elle ne produit aucun document permettant d'établir que sa réclamation a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation de ces titres. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de réalité de ces infractions doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions de retraits de points au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision référencée 48 SI du 4 mai 2023 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par suite, la requête de Mme C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celle présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. B
La greffière,
Signé
N. COLLETLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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